Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Le choix de Gigi et Monica

Dans le quartier de la gare dont s’occupait la fondation Teresa, l’ONG pour laquelle je travaillais comme bénévole, je me suis centré sur la bande de la poste puisqu’ils dormaient près des chariots de la poste. J’avais envie de travailler avec eux non pas pour individualiser deux personnes et en faire le portrait mais à travers le couple, il y avait un renvoi vers la famille. Ce qui m’intéressait : traiter un sujet universel à travers deux personnes et puis montrer que chaque enfant autour d’eux avait sa propre histoire tout aussi complexe que la leur.

[...] Au départ, il y avait deux couples qui faisaient partie de deux bandes. Gigi et Monica et un autre qui était dans la prostitution - un rapport vraiment dur, sans espoir apparent. Avec Gigi et Monica, il y avait un avenir possible. Lorsque le tournage a débuté, j’ai filmé les deux couples mais j’ai appris que Monica était enceinte. Cette histoire s’est imposée.

- Il y a une opposition dans ton film entre l’hôpital où naît Bianca et le quartier de la gare où les parents dorment. Les deux se mélangent par l’entremise du bébé, tout en blanc, autour duquel danse toute la bande des enfants de rue. C’est un beau moment.

La distance nécessaire

J’ai toujours essayé de mettre une distance. C’est une violence puisque tu côtoies ces jeunes la journée durant et que le soir, eux dorment dans un trou et toi dans un lit à l’hôtel. Lors de mon travail pour l’ONG, c’était ça : une présence. On s’assied et on discute. Ces gosses provoquent l’apitoiement ou le rejet. On connaît ça ici à Liège avec les toxicomanes. Ma présence a été suffisamment longue que pour qu’une confiance s’installe. Ensuite, la caméra peut venir. Cette caméra n’a pas un rôle revanchard. C’est simplement un instrument qui va témoigner d’une réalité. C’est le rôle du témoin.

Prendre le temps à la différence des télés

Beaucoup de films ont été faits sur ces enfants des rues après la chute de Ceausescu. Beaucoup de gens viennent, prennent leurs images et puis partent. Ils ne prennent pas le temps d’intégrer une réalité et d’en percevoir les multiples facettes. Quand on prend ce temps, on se rend compte que derrière chaque visage, chaque personne, il y a une histoire. Une histoire familiale, des déchirures, l’histoire de la Roumanie ; tout cela enchevêtré. Ceux qui viennent et ne prennent pas le temps ne tiennent pas ces aspects-là. Les enfants des rues mentent énormément. Ils savent ce qu’il faut dire, mettre un sachet de colle devant l’objectif, avoir une mine pitoyable... Ce sont d’énormes comédiens qui racontent des histoires rocambolesques sur leur famille. C’est leur manière de se protéger. La plupart de ces enfants sont en fugue. Dire la vérité, c’est se mettre en danger face à la police et d’autres gens. Ils savent que les équipes qui viennent les filmer n’iront pas chercher plus sur leur compte. Ils racontent n’importe quoi et tout le monde est content. Les télés ont de bonnes petites images et eux ont des cigarettes ou des vêtements. Je voulais éviter ce rapport et il me fallait prendre le temps pour baigner là-dedans.

Les enfants des rues ne sont pas orphelins mais en fugue

En Roumanie, sous Ceausescu, la contraception et l’avortement étaient sévèrement réprimés. Il y avait des dénonciations. C’était puni par la prison. Comme les familles étaient très pauvres et très nombreuses, elles recevaient les autorités à la maison et sous la pression, acceptaient de laisser leur enfant dans un « orphelinat », en fait des maisons d’état. C’était un vivier pour la police secrète, la Securitate. Après la chute du régime, la police était mal à l’aise avec ça parce que les « orphelinats » se vidaient et les enfants prenaient la route.

La police a laissé faire pour ne pas aggraver son image. L’Occident voit des orphelins alors qu’il n’y en a quasiment pas. Ces enfants partaient et cette gare du Nord de Bucarest est comme Paris-Nord : une gare terminus. On peut aller partout. Ces enfants rêvent de la famille mais ils n’osent plus. Ils sont dans un cercle vicieux de vagabondage et de clochardisation. Après la chute de Ceausescu, la première loi adoptée était pour l’avortement. Monica a fait face au problème : le comité de médecins l’a incitée à avorter mais elle a refusé. Avant la naissance, Monica paraît simple d’esprit mais en avançant, avec l’enfant, on s’aperçoit de la mutation. A 6 mois, nous étions plutôt inquiets.

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