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Sentir quand le film se termine : « Parler, c’est la misère de l’homme »

Lors des plans au pied de l’arbre, Gigi dit : « Trop parler, c’est la misère de l’homme. » Ce jour-là, il m’a dit qu’il en avait marre d’être filmé. On arrivait au moment où j’ai senti qu’il fallait arrêter. Cette phrase sur la misère de l’homme m’était adressée. C’était l’avant-dernier jour du tournage. Ils ont été chassés du village suite à une violente dispute avec la vieille femme lors d’un repas réunissant le village dans la cour. Je ne voulais plus filmer, j’avais décidé que le tournage était fini et cette dispute était trop... Ils ont été chassés du village et là, j’ai repris la caméra. Ces images à la fin sont quasiment chronologiques. Le lendemain du départ, ils étaient chez la mère de Gigi. Nous avons été proches et puis à un moment donné, il faut partir.

Je ne sais pas exactement pourquoi ils ont dit ça. Peut-être qu’ils étouffaient avec moi qui allais de toute façon m’en aller un jour. Ce qui m’a plu d’emblée, c’est qu’ils sont épris de liberté. Ils préfèrent dormir dans la gare plutôt qu’avoir affaire à une contrainte. Le vagabondage est important en Roumanie. Malgré la dureté, la misère, on prend la route. J’ai lu à ce sujet, Panaït Istrati, un écrivain vagabond. (notamment, « Les chardons du Baragan »chez Grasset, n.d.l.r.)

L’histoire du dernier plan

Un jour, arrivé sur le lieu de tournage, je me rends compte que j’avais oublié de prendre des cassettes avec moi. J’avais tout le matériel sauf les cassettes. J’étais en rage et j’ai dû faire l’aller-retour jusqu’à l’hôtel. Deux heures pour venir sur le lieu de tournage et de nouveau quatre heures pour retourner chercher ces cassettes. J’étais tellement fâché une fois revenu que je me suis dit : « il faut que je filme. N’importe quoi mais il faut que je filme ». Ca a été cette séquence (qui clôt le film n.d.l.r.) où ils sont dans les bois et s’éloignent avec un énorme désintérêt pour moi parce que je n’étais évidemment pas dans ce qui se passait après ce contretemps.

J’ai filmé Monica en robe et Gigi en chemise blanche qui s’éloignent... sans y croire en fait. J’étais surtout fâché. Ensuite, on est face à cette matière et donc ce que j’avais filmé là en faisait partie. Cette matière prend sens en regard d’autres séquences. Toute l’anecdote de cette séquence passe au second plan. Ce sont des ingrédients pour faire une soupe où en faisant réduire à feu doux, l’arôme se dégage. J’aime bien monter comme ça, petit à petit. J’aime bien placer beaucoup de matière et réduire ensuite pour que des choses s’imposent, les arômes s’imposent. Sinon, on reste trop dans le souvenir de ce qu’on a filmé et comment cela a été filmé.

Ce que sont devenus Gigi, Monica et... Bianca

Après la fin du film, quand le beau-père de Gigi est revenu à la maison, la vie est redevenue un enfer immédiatement et ils ont rejoint la gare et une pédiatre dirigeant l’institut de pédiatrie de Bucarest et que je connaissais a pris Bianca sous sa protection. Monica lui rendait visite alors que le couple était à la rue.

Ensuite, une ONG roumaine a repris le flambeau d’une opération lancée par « Handicap international » destinée aux jeunes filles mères. Monica a pu y être accueillie avec Bianca. Gigi est resté seul du côté des marchands de la gare. La situation s’est stabilisée un peu et plus tard Monica a accouché d’une seconde fille, Stefania. Monica a obtenu un boulot comme femme à journée dans une ONG et ils ont vécu un peu plus d’un an dans une garçonnière. Une dispute a éclaté plus tard avec l’ONG et ils ont tout quitté pour repartir. Les dernières nouvelles en ma possession disent que Bucarest a changé : la gare a été modernisée. Les mendiants ont dû la fuir et un réseau de mendicité s’est mis en place avec des parrains qui vous protègent contre de l’argent.

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Forum

  • « Gigi... » - Benoît Dervaux à propos de la fin du film

    25 novembre 2013, par Gilles

    Bonsoir. J’avais pu voir votre documentaire il y des années.... à l’époque ou le net n’en etait qu’a ses balbutiements. J’ai eu la chance de retomber dessus cette nuit en zappant, sur la 3. C’est tjs aussi touchant : je me demandais ce qu’ils étaient devenus, au dela de cette mise a jour de 2005. Merci, et merci pour votre talent