Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

(pointeur vers le haut pour revenir à la page)

Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire II / Les groupes Medvedkine / 010 - Le récit épique et l’abandon du sujet (Réflexions collectives sur « Classe de lutte »)

Autres articles dans cette rubrique

Recherche

(Harald Franssen)
- J’ai l’impression que l’expérience est à recommencer. Il faut de nouveau donner la caméra aux gens qui ont quelque chose à filmer avec un œil différent.

(Patrick Leboutte)
- Plutôt que de la donner, il faudrait que plus de gens la prennent. C’est ça qui est beau ici : ils avaient envie de la prendre cette caméra. Sinon, c’est la télé : quand je donne la parole aux gens, tout le monde a le droit de parler, on entend rien. Au JT, tu as une minute sur l’ouvrier et une minute sur le ministre. Ici c’est autre chose.

(Harald Franssen)
- Tu parles de transformation entre le début et la fin du film, c’est amusant parce que dans les règles scénaristiques, bien souvent, on demande au protagoniste la même chose. Ça rejoint une théorie assez classique du scénario.

(Patrick Leboutte)
- Ce n’est pas faux mais ici la beauté réside dans l’absence de théorie préconçue : le film se joue en cours de route. Ils ont vraiment tous changés ensemble.

(Philippe Marcewski)
- Justement sur ce changement. Ce que je trouve fascinant c’est que le film apparaît épique (au sens grec ancien du terme, pas au sens du récit épopée), c’est-à-dire qu’on suit un personnage, un héros (ici une héroïne) qui fait face à des choses plus fortes et plus grandes qu’elle. Cela passe par des transformations, par des changements brutaux. La chanson finale clôt le récit épique par une chanson revenant sur ce qui s’est passé. C’est la grande tradition des chants hagiographiques où on vante un héros pour clore l’histoire. Cela devient un mythe.

(Patrick Leboutte)
- Une chanson de gestes.

(Stefanie Bodien)
- Mais ça rejoint la remarque d’Harald qui parlait du scénario classique où il y aussi construction d’un personnage, ces règles d’or du scénario.

(Patrick Leboutte)
- Plutôt la base du récit classique, du théâtre classique aussi. Ce qui n’est pas étonnant quand on sait que ces gens ont passé des jours et des jours à lire la nuit en sortant de leur usine, en passant par la bibliothèque. Le mot qui revient toujours dans leur discours : « On voulait avoir accès au beau. » C’était ça pour eux le théâtre antique. Ils veulent avoir accès à la culture non comme consommateurs mais comme acteurs.

Le film est effectivement de facture assez classique, dans la manière de composer le récit, mais ce n’est pas classique au sens où on parlerait du cinéma classique parce que là il y a des choses vraiment très modernes qui se passent entre le corps et la voix, entre deux plans, entre un visage et celui qui le regarde.

(Philippe Marcewski)
- Ils ne filment jamais le travail, l’usine.

(Patrick Leboutte)
- Non, ils filment ce qui les travaillent. Ce qui n’est pas la même chose. D’abord parce qu’on ne pouvait pas filmer le travail à l’époque : on ne peut pas amener une caméra dans l’usine sans autorisation et, si tu l’as, ce n’est pas pour filmer n’importe quoi évidemment. Les Medvedkine l’ont quand même fait un petit peu. Ce n’est peut-être pas le sujet en définitive. Justement, il y a quelque chose de l’abandon du sujet dans ce film. On pourrait dire que le sujet c’est la classe ouvrière. En cours de route, cela devient un « nous » intérieur ; les choses bougent.

(Philippe Marcewski)
- Avec quelqu’un qui viendrait de l’extérieur pour les filmer - pas nécessairement un bourgeois -, le travail, la vie au travail, les conditions de travail seraient mis en avant. Et eux, en étant à l’intérieur, ils s’en détachent complètement.

Précédent

Séminaire II - les Medvedkine

Suivant

 

Répondre à cet article