Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire III / Shoah et cinéma / 02 - La Shoah : de quoi parle-t-on ?

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La seconde question est : « De quoi parle-t-on ici ? » « Génocide », dit-on. Il y a eu plusieurs génocides dans l’histoire mais il y a une spécificité du génocide perpétré par les Nazis. Il ne s’agissait pas seulement d’exterminer une population mais également toute trace de l’extermination elle-même, toute trace du processus. Le but à atteindre était : les Juifs n’ont pas existé. D’où le fait que nous n’ayons pas d’images, pas de sépultures.

La spécificité, c’est le recyclage des déchets si je puis dire. Des millions de corps recyclés en marchandise. Avec les ossements, du savon. Avec les dents, des balles puisque c’est la guerre. Avec les cheveux, des coussins. Vous avez sûrement vu ces images dans Nuit et brouillard, ces entassements de souliers, de cheveux, etc. Ce recyclage était planifié : on commande autant de tonnes de Juifs parce que l’on a besoin d’autant de tonnes de savon.

Nous n’avons pas d’images de ce qui s’est passé. Nous n’avons que des témoignages. Des témoignages, des mots toujours faibles pour dire ce qui s’est passé là. Difficile d’en parler pour la plupart des rescapés. Difficulté pour la parole et aussi parce que pour qu’il y ait parole - c’est une de mes convictions -, il faut écoute. L’auditoire qui vous fait face doit donner le sentiment d’une envie de vous écouter. C’est le cas à propos de la Guerre d’Algérie qui reste un tabou dans l’histoire politique française où l’époque n’avait pas envie d’écouter cela.

Pour avoir une parole, il faut qu’il y ait écoute. Pour qu’il y ait écoute, il faut créer les conditions pour obtenir cette écoute. Un dispositif d’écoute, j’appelle cela mise en scène. C’est une des fonctions du cinéma : obtenir une parole qui puisse se déposer quelque part, pour que nous puissions la recevoir.

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