Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire III / Shoah et cinéma / 03 - La Shoah : images de l’après par des opérateurs alliés/ne pas montrer tout de suite

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Lorsque l’on parle donc dans l’histoire de la représentation, des images des camps, on ne parle pas de ce qui s’est passé. Les images sont toujours de l’après. Les seules images que nous avons sont des images de la libération des camps tournées par les caméramans des forces alliées, soviétiques et anglo-américaines. Caméramans parmi lesquels quelques futurs grands noms du cinéma hollywoodiens : Samuel Fuller par exemple qui a débarqué en 1942 en Sicile pour remonter jusque Berlin et qui a été parmi ceux qui ont filmé la libération des camps.

Ces images n’ont pas été faites pour faire des films. J’ai assisté à un colloque à la Cinémathèque de Toulouse il y a quelques années où ces images d’opérateurs ont été diffusées trois jours durant avec les quelques caméramans encore vivants qui témoignaient avec une grande émotion de celles-ci.

Nous avions vu des plans, des rushs, rarement des films. Ce sont des images qui ont été faites d’abord parce qu’ils n’en croyaient pas leurs yeux. La plupart tremblent. Au départ, ils se sont mis à tourner spontanément, sans ordre de la hiérarchie militaire. Sidération absolue. Ensuite des ordres sont venus pour demander de filmer cela, sans intention d’en faire un film en direction d’une salle de cinéma et de ses spectateurs mais simplement pour avoir la trace de cela a été. Ca a été, cela a eu lieu, on ne nous croira pas.

L’une de leurs questions était de savoir comment éviter en filmant l’accusation de trucage. Ces plans ont commencé à être vus à très petites doses seulement vers 1946, 1947 en France, en Angleterre, dans des salles de cinéma. C’étaient les actualités avant le film et nous voyions timidement quelques images, les moins dures, de la réalité des camps.

Après guerre en France du moins, était au pouvoir un gouvernement d’union nationale réunissant les deux factions de la résistance : les gaullistes et les communistes. L’idée était de réconcilier la France avec elle-même. Montrer les images de libération des camps aurait été préoccupant pour le régime pour deux raisons. D’abord, parce que tout le monde n’est pas encore revenu. Ceux qui ont survécu ne reviennent pas tout de suite. Beaucoup n’ont plus d’identité, n’ont plus de papiers, de famille. Il faut les accueillir en parant au plus pressé. Pour ne pas décourager les familles sans nouvelle d’un proche et qui sont dans l’espoir de son retour, les images des charniers ne sont pas montrées. Ce sont plutôt donc des images de retour que l’on voit, images d’espoir.

La seconde raison était que montrer ces images, c’était dire que la France, du moins le régime, n’avait pas été tout à fait dans le bon camp de 39 à 45. Il faut se souvenir que Pétain et son régime a été plutôt zélé dans la déportation. Hitler n’a pas demandé les déportations tout de suite. Cela s’est fait un peu tout seul. Il faut se souvenir que le premier convoi en partance de Drancy, camp de transit français, était un convoi français avec un conducteur de train français, avec des cheminots français, et gardé par l’armée française, celle de Pétain.

Dans Nuit et brouillard, il y a dans la version originale un plan où l’on voit très bien un gendarme français dans ce camp de Drancy, avec une casquette, un képi d’officier français. Pour qu’Alain Resnais puisse sortir en salle en 1955 Nuit et brouillard, la censure du gouvernement suivant a demandé que l’on retire ce plan : ne pas réveiller de trop mauvais souvenirs. Ne pas trop montrer la collaboration française durant cette guerre.

Dernière question préalable : « Qui a vu ces images ? » Au lendemain du conflit, il y avait dans les salles de très jeunes gens qui n’ont pas trop connu la guerre parce qu’enfants. Ces gens s’appelaient Jean-Luc Godard, François Truffaut, Serge Daney, quelques-uns qui ont fait la Nouvelle Vague, les Cahiers du Cinéma. C’est frappant de voir dans les témoignages de ces jeunes gens, pourtant assez différents les uns des autres, que ceux-ci se réclament tous de ces images.

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