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Nuit et brouillard, Alain Resnais, 1955. Il est modeste, c’est tout à son honneur. Une demi-heure, 35 minutes. Ca raconte l’histoire, toute l’histoire des camps. Depuis le concours pour architectes organisé par le régime nazi où l’on voit les plans, toutes sortes de plans ; le film en témoigne avec des images d’archives. Jusqu’à la libération des camps. Entre les deux, ce qui s’est passé à l’intérieur et dont nous ne verrons rien hormis le visage des quelques rescapés.

Un film avec 269 plans en noir et blanc et 28 en couleur. Nous sommes en 1955 : la couleur n’est pas encore la norme majoritaire dans le cinéma. Voilà qu’Alain Resnais se pose la question de la forme : noir et blanc ou couleur ? Il choisit la couleur pour 28 plans, des travellings qui ne sont pas des images d’archives. 28 plans sur les barbelés d’Auschwitz tournés en 1954 ou 1955. Après. Il n’y a rien à voir que des bâtiments, ceux qui restent.

Il y a une caméra qui, de la gauche vers la droite, lentement, très lentement, se déplace. 28 plans intercalés entre les images d’archives pour éviter le spectacle. Les seuls plans qui appartiennent à Resnais sont d’une modestie absolue. Il n’y a pas d’effet d’auteur. Cela veut simplement dire : pendant ces plans en couleur, moi, spectateur, je me calme. J’arrête le flux, j’arrête le romantisme du noir et blanc. J’arrête l’anecdote. Je pense. Ces plans me permettent de penser ce que je viens de voir. Cela me paraît capital.

« Etrange baptême des images. Comprendre en même temps que les camps étaient vrais et que le film était juste et que le cinéma, lui seul, était capable de camper aux limites d’une humanité dénaturée. Je sentais que les distances mises par Resnais entre les sujets filmés, le sujet filmant et le spectateur était en 1959 comme en 1955 les seuls possibles.Nuit et brouillard, un beau film ? Non, un film juste. C’est Kapo qui voulait être un beau film et qui ne l’était pas. Et c’est moi qui ne ferai jamais très bien la différence entre le juste et le beau. Aucune belle image, a fortiori dessinée, ne me laisserait quitte de l’émotion, crainte et tremblement devant les choses enregistrées. »

Serge Daney, « Persévérance », P.O.L., 1994, P. 19.

Par ailleurs sur le net

Serge Daney, Les images et l’horreur.

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