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Le drame avec ces fictions est qu’elles ne peuvent pas rivaliser avec les camps. Dès lors, c’est la surenchère pour faire vrai. Ce qui m’a frappé avec Spielberg, c’est qu’il a clamé partout avoir rencontré tous les survivants américains des camps, lors d’entretiens filmés. Les questions étaient extrêmement précises : « Comment était-ce ? » Que mangiez-vous ? » Comment étiez-vous logé ? » Pour quelle raison ces entretiens ? Travail de mémoire ? Non, ce sont des repérages pour permettre de reconstituer en studio dans les moindres détails le fameux camp d’Auschwitz. Ces entretiens n’ont pas été diffusés : ce sont ses archives, son matériel de préparation.

L’histoire est connue : un patron allemand a à sa disposition 600 ouvriers juifs. Il va donc sauver 600 personnes de l’enfournement. Le problème, c’est qu’une petite erreur administrative envoie ces 600 ouvriers à Auschwitz. L’histoire est vraie et il faut donc les sauver. Il reste une heure de film sur trois heures.

Notre splendide héros, soit dit en passant un bon capitaliste, va-t-il arriver à sauver les femmes qui sont dans un wagon et les hommes dans un autre ? Montage. Plan sur les femmes, plan sur les hommes, plan sur la Mercedes de Schindler. Suspense. Chez Spielberg, il n’y a pas un héros, il y en a 600. C’est toujours un peu plus grand que chez les autres.

La caméra d’abord est mise dans le wagon, à l’intérieur. Nous voyons ces femmes s’inquiéter un petit peu car les fenêtres sont ouvertes et elles voient dans la campagne polonaise un petit garçon qui fait « Couic ». 3 fois, il y a un zoom et l’image est ralentie. Attention, indice téléspectateur : il va leur arriver des bricoles. Où est la caméra ? Dans le wagon. Les images d’archives n’existant pas car les Nazis ne voulaient pas de trace, Spielberg va nous les inventer.

Il n’y a pas de place pour mettre une caméra dans un wagon qui part à Auschwitz. Il y a 200 personnes les unes sur les autres qui font 3 jours de voyage. La moitié décède pendant le trajet, de froid et d’étouffement. Mais chez Spielberg, il y a place pour une caméra et une équipe technique : un opérateur, un preneur son, des éclairagistes et le réalisateur. Cela s’appelle révisionnisme.

Plan ensuite sur la Mercedes : manque de bol, elle est arrêtée par un convoi. Va-t-il arriver à temps ? Quel suspense ! Retour sur les wagons : nous arrivons à Auschwitz le soir, il y a de la neige. La caméra est en dessous du train : point de vue du berger allemand. Ensuite, la caméra est au-dessus : point de vue du mirador. Il n’y a pas de point de vue chez Spielberg, il y a tous les points de vue parce que c’est le Bon Dieu.

Les femmes arrivent donc dans la douche. Nous sommes à l’intérieur et nous pensons que c’est une chambre à gaz. Les portes se ferment et nous sommes toujours à l’intérieur. Jamais dans toute l’histoire des hommes, une caméra est rentrée dans une chambre à gaz, sauf chez Spielberg. Le principe du nazisme est qu’il n’y a pas d’images. Maintenant, vous en avez. Elles sont en noir et blanc pour faire archives.

Nous sommes dans le noir et nous entendons crier comme dans un train fantôme... Tous les Allemands au procès de Nuremberg ont dit que ce qui les avait impressionnés, c’était que pas un cri ne sortait des chambres à gaz. Ils savaient, on ne criait pas. C’est le seul souvenir teinté d’émotion si je puis dire que les Allemands ont gardé. Il n’y avait que des gens qui grattaient le mur pour sortir.

Ensuite, la lumière se rallume et figurez-vous que c’est bel et bien des douches, qu’il y a du savon et que tout le monde sourit et chante. Respiration... pour nous aussi sinon le film était terminé. Dans le plan suivant, nous retrouvons la Mercedes. Les gens sortent des douches et nous avons un travelling qui remonte vers les fours crématoires. Nous voyons de petits flocons de neige, se dit-on. S’il n’y a pas de chambre à gaz, alors bien sûr, il n’y a pas de cendres. Tout ce que dit Le Pen à longueur de journées, Spielberg le fait pour lui.

Elle fonctionne sur qui la scène de la chambre à gaz qui n’en est pas une ? Cela fonctionne sur qui en terme d’efficacité scénaristique telle qu’enseignée à Hollywood ? Cela fonctionne sur ceux qui savent. Si moi je ne sais pas qu’il y a des chambres à gaz, le suspense ne fonctionne plus. C’est parce que je sais que j’ai peur pour mes splendides héroïnes. Si je ne sais pas, que j’ai 12 ans, je vais apprendre avec Spielberg. Le suspense ne fonctionne plus.

Pourquoi ce film a été fait ? Pour transmettre ? Non, puisque les gens doivent savoir pour comprendre. Spielberg a fait ce film pour ceux qui savent ; c’est du cynisme, de la gestion cynique de notre savoir. Il fait ce film comme n’importe quel film hollywoodien. Qu’on ne vienne pas parler de transmission.

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