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Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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La question de la place du spectateur me paraît importante. On peut imaginer le cinéma comme un champ de bataille et l’enjeu de cette bataille est le spectateur. Il s’agit de l’impliquer ou pas, de le transformer ou pas, de l’inciter à aller sur tel ou tel chemin de traverse ou pas.

Quand je parle du spectateur, je n’entends pas par-là présence matérielle mais subjectivité. Serge Daney, un des grands référents de mon travail, disait qu’il n’y a cinéma que lorsqu’il y a spectateur dans la salle. Il faut que quelqu’un voie le film, le perçoive et se mette à jouer quelque chose de lui-même dans ce film. Le spectateur est un sujet et comme tout sujet, il porte en lui quelque chose d’une crise, d’une difficulté à vivre, à être, à se penser et à penser le monde. Ce spectateur en crise va être appelé à entrer en résonance avec le film qu’il regarde. Cela n’arrive évidemment que si le film est apprécié.

Le cinéma constitue le spectateur comme un sujet singulier quel que soit le nombre de spectateurs dans la salle. Chaque spectateur est unique et il a sa propre lecture du film. Certains verront le rouge et d’autres pas. D’autres seront les seuls à entendre tel mot... Il y a l’écran physique et l’écran mental qui lui est marqué par des filtres qui font la subjectivité de chacun. La durée de la projection au cinéma va mettre au travail le spectateur et ses structures mentales, sa vision de la vie, sa biographie,...

C’est dans l’après-coup de la projection que nous comprenons qu’il nous est arrivé quelque chose ; ce n’est pas un processus conscient en général. La question du spectateur est centrale aujourd’hui parce que c’est la place du spectateur et donc du sujet dans le monde qui est atteint. Pour schématiser, le développement du capital au XIXème siècle a accéléré, accentué l’individualisme. Paradoxalement, au fur et à mesure du développement de ces sociétés capitalistes à constituer des sujets, y compris par la publicité, par la propagande, marqués par le culte du subjectivisme, s’est développée l’idée de la complexité du sujet. Celui n’est pas maniable, n’est pas manipulable.

Le capitalisme a créé les conditions de sa mise en crise puisque la mise en avant de la subjectivité qui a permis au capital de se développer devient aujourd’hui un obstacle. Si nous ne cessions d’être capricieux, rêveurs, inattentifs ou indisciplinés, nous serions de bons consommateurs allant directement aux marchandises qui nous intéressent. Il me semble donc que nous sommes dans un moment historique : le sujet est menacé.

L’émergence des médias de masse a favorisé le leurre de l’objectivité. Une objectivité des relations, une objectivité des pouvoirs, une objectivité des ordres du monde. Leurre puisque nous sommes toujours dans des récits du monde. Ce récit est dénié. L’objectivité est censée provenir d’un pouvoir qui ne serait pas partisan.

R

Séminaire IV - Jean-Louis Comolli

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Toutes les pages de la rubrique « Séminaire » sont des retranscriptions de prises de parole et non des textes écrits. Le séminaire Des Images est animé par Patrick Leboutte. Lorsqu’aucun nom n’est mentionné pour l’intervention dans le cadre de ce séminaire IV, Jean-Louis Comolli en est considéré comme l’auteur.

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