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Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire IV / Jean-Louis Comolli et la valeur travail / 08 Jean-Louis Comolli - Quelques femmes dans les révoltes ouvrières

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Thomas Heller
- Quelques réactions : d’abord sur l’extrait de Reprise du travail aux usines Wonder. Lorsque l’on parle de filmer le travail, il y a quelque chose qui m’étonne le plus souvent : l’activité du travail traité est une activité ouvrière prise souvent avant ou durant les années 70 et renvoient à la chaîne. Pourquoi ? C’est une vision du travail qui renvoie à la discipline et je pense qu’aujourd’hui, on est passé complètement à autre chose. Il y a toujours de la discipline mais le travail renvoie moins aux corps qu’à la psyché. La question n’est donc pas de filmer le geste mais comment le travailleur aborde son travail et comment le management l’amène à aborder psychologiquement son travail. Je voudrais cadrer l’extrait que l’on a vu avec un monde du travail en pleine évolution.

A propos de l’extrait, un de ses intérêts est qu’il ravive des expériences indirectes. J’étais trop jeune pour Mai 68. C’est un contexte particulier qu’on apprend soit par les films, soit par les livres. La séquence en soi ne dit rien par elle-même ; elle convoque des choses. Au fur et à mesure se profilent quand même des choses. La scène construit sa propre histoire, révèle des identités, des gens et des positions politiques. Il reste quand même du flou et c’est pour cela que le film d’Hervé Le Roux, Reprise, est intéressant : il enrichit cette séquence autour de cette femme et de ce qu’elle est devenue.

Il y a aussi quand même une chose claire : une femme avec plein de mecs qui essaient de la remettre en cause.. Il y a du collectif dans son cri mais d’abord une solitude et une souffrance individuelle. Ce qui est pas mal, c’est qu’à la fin, elle va quand même retourner au boulot, Le Roux le dit dans son film. Quelques mois plus tard, elle se syndique. Ce que montre le film de Le Roux, c’est qu’une parole seule est une parole dans le vide. Une parole en représentation, syndicale ou autre, a beaucoup plus de force et s’inscrit davantage dans les mémoires et dans une histoire. Alors que cette fille est oubliée et laissée par le film finalement.

Marc Mélon
- Je me suis fait la même réflexion : une femme au milieu des hommes. Une femme qui crie. Le film des Lumière et Classe de lutte sont pareils à ce niveau : ce sont des femmes. Elles sont prises dans un double conflit : face aux patrons d’une part et face aux hommes d’autre part. Des grèves ont souvent été conduites durant plusieurs mois grâce à la pugnacité des femmes.

Patrick Leboutte
- Il y a Ouvrières du monde de Marie-France Collard où la cinéaste filme des ouvrières de Levi’s dans le Nord de la France et ensuite, en remontant la filière, elle arrive en Indonésie et montre aux ouvrières de là-bas les Françaises qui perdent leur emploi et parlent de syndicalisme. Les ouvrières là-bas découvrent les moyens de lutter que les femmes françaises ont. Il y a aussi Femmes-machines de Marie Anne Thunissen qui relate une grève à la FN de Herstal, près de Liège. Donc, effectivement, il y a souvent des femmes dans les luttes ouvrières.

Jean-Louis Comolli
- Il y a également ce film célèbre : Harlan County (de Barbara Kopple, 1977, 103’, n.d.l.r.) qui raconte une suite de grèves terribles de mineurs à Harlan County donc. Ce sont les femmes qui là encore radicalisent le mouvement et qui poussent leur mari dans la lutte et à s’armer contre les gros bras du patron. Les femmes sortent le revolver. Il faudrait interroger la relation du corps féminin à la révolte.

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Toutes les pages de la rubrique « Séminaire » sont des retranscriptions de prises de parole et non des textes écrits. Le séminaire Des Images est animé par Patrick Leboutte. Lorsqu’aucun nom n’est mentionné pour l’intervention dans le cadre de ce séminaire IV, Jean-Louis Comolli en est considéré comme l’auteur.

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