Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire IV / Jean-Louis Comolli et la valeur travail / 09 Jean-Louis Comolli - Filmer le travail : l’ouvrier comme collectif et parole écoutée

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Patrick Leboutte
- Par rapport à ce qu’a dit Thomas, notamment pourquoi les images renvoient beaucoup aux années 68-70, les deux films que je viens de citer parlent de choses plus récentes.

Thomas Heller
- Cela reste des conditions de travail tayloriennes.

Patrick Leboutte
- Ces années-là en tout cas, il y avait encore une croyance dans le fait qu’un ouvrier plus un ouvrier plus... Cela faisait une classe. Aujourd’hui un ouvrier plus un ouvrier X quelques millions, cela fait toujours un. On émiette, on parcellise. C’est l’isolement qui est travaillé. Le monde ouvrier s’appuie sur une histoire, une culture... Tout cela change aujourd’hui. Ils sont dépossédés de leur savoir-faire d’une part et d’autre part aujourd’hui, ils sont aussi dépossédés d’une culture.

Un autre élément est que ces films le plus souvent passent par la parole et un corps particulier qui sont d’ailleurs rarement en position dominante face aux patrons. Mais pour qu’il y ait parole, il faut un désir de prise de parole. Or, cela n’est possible que s’il y a un désir d’écoute. Souvent les journaux disent qu’il n’y a plus de classe ouvrière mais c’est d’abord parce qu’on n’a plus envie de la voir. Le travail d’un cinéaste, c’est de créer les conditions pour que cette parole soit désirée. Travailler pour que cette parole puisse se déposer quelque part.

Jean-Louis Comolli
- Dans l’interaction entre le monde des luttes autour du travail et le monde du cinéma, un chassé-croisé s’opère. Les nouvelles formes d’exploitation liées au capital affectent l’organisation même du travail et la possibilité de transmettre l’histoire ouvrière. Les délocalisations ne détruisent pas uniquement l’outil de travail mais aussi la mémoire qui n’est plus transmissible. En France, un exemple célèbre est celui de Saint-Nazaire qui a été pendant plusieurs décennies un haut-lieu des luttes ouvrières et qui aujourd’hui ne trouve pas d’héritage.

Le cinéma documentaire est un des rares à hériter de cette mémoire ouvrière qui ne se dépose plus que dans des films ou presque. C’est un peu caricatural mais c’est quand même comme cela que ça se passe. Je pense à Dinamite de Daniele Segre sur une lutte de mineurs en Sardaigne. Les mineurs disent à peu près : « A quoi cela sert-il de protester, d’aller à la révolte puisque plus personne ne nous écoute. » Le syndicat ne nous écoute plus et le reste du monde non plus sauf qu’ils le disent dans un film. Ce n’est plus dans la mine mais dans le film que la parole ouvrière continue d’être vivante et encore un peu transmissible.

Je pense aussi à un autre film : Charbons ardents de Jean-Michel Carré sur une mine au Pays de Galles. Les mineurs sont repris en main par un management up to date qui vise à transformer la mine en centre touristique, une sorte de Disneyland minier. Ils cherchent à associer les mineurs qui deviendraient leur propre figurant dans la mine. Tout fonctionne pour qu’ils soient partie prenante jusqu’au cinéaste qui essaie de les constituer comme personnages mais ils n’y croient plus. Ils ne croient plus du même coup au cinéma lui-même.

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Séminaire IV - Jean-Louis Comolli

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Toutes les pages de la rubrique « Séminaire » sont des retranscriptions de prises de parole et non des textes écrits. Le séminaire Des Images est animé par Patrick Leboutte. Lorsqu’aucun nom n’est mentionné pour l’intervention dans le cadre de ce séminaire IV, Jean-Louis Comolli en est considéré comme l’auteur.

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