Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

(pointeur vers le haut pour revenir à la page)

Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire IV / Jean-Louis Comolli et la valeur travail / 10 Jean-Louis Comolli - Filmer le travail : cinéma et télévision

Autres articles dans cette rubrique

Recherche

Damien Henry
- C’est une question et un éclairage que je vous demande : on parle du monde ouvrier au cinéma mais à la télévision, j’ai été frappé récemment par une grève chez Splintex à Charleroi qui a duré longtemps et dans ce cadre, la présence ou non de la caméra. La scène que la caméra crée particulièrement avec les ouvriers mais à d’autres moments, le refus fait à la presse de filmer la grève. Vous avez parlé tout à l’heure de l’objectivité des médias et je pense que cela a à voir avec cela...

Jean-Louis Comolli
- Nous sommes tous malades des médias et les ouvriers en lutte le sont au moins sinon plus que nous. L’irruption d’une équipe de télévision dans un conflit est parfois vécu comme une souffrance supplémentaire. En 1988, j’avais fait un film Tous pour un sur des militants politiques. En plein milieu du tournage de ce film, il y a eu une grève importante à la Snecma, grande usine à la périphérie de Paris. Cette grève durait déjà depuis 40 jours. Je me suis dit qu’il fallait aller filmer ces ouvriers en grève. On nous a dits : « Vous venez maintenant, c’est beaucoup trop tard. On finit notre grève. »

On a senti presque l’hostilité dans ce cinéma qui arrive à contretemps. C’est paradoxal parce que notre présence a relancé d’une certaine manière la grève. Ils ont rejoué quelque chose de la grève. Notamment, un des leaders syndicalistes a commencé un discours devant la caméra, s’emparant du fait d’être filmé. Il a dit des choses qu’on imagine sur la grève, la solidarité, la révélation de liens entre ouvriers... Emporté par son élan, il a appelé les autres qui le regardait à distance et avec ironie ; il les a appelés à un meeting et il a continué à marcher et nous l’avons accompagné en travelling latéral. Il a changé de ton brusquement et s’est mis à haranguer.

A un moment, j’ai jeté un œil derrière et j’ai indiqué au cadreur de se mettre en travelling arrière pour placer le syndicaliste de face dans l’image : derrière, il n’y avait personne. Il a eu cette démarche tout de même parce qu’imaginairement, le cinéma faisait exister cette scène et la foule prête à écouter. Cela dit la relation ambivalente : le cinéma est assimilé à la télévision, donc aux médias, donc au pouvoir. A un autre moment, le cinéma approprié par les acteurs de la scène fait revivre un moment que nous avions manqué.

Précédent

Séminaire IV - Jean-Louis Comolli

Suivant

 

Toutes les pages de la rubrique « Séminaire » sont des retranscriptions de prises de parole et non des textes écrits. Le séminaire Des Images est animé par Patrick Leboutte. Lorsqu’aucun nom n’est mentionné pour l’intervention dans le cadre de ce séminaire IV, Jean-Louis Comolli en est considéré comme l’auteur.

Répondre à cet article