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Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire V / cinémas de rupture / 01 - Le cinéma des Dardenne - Il a fallu rompre et repartir à zéro

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Je voudrais parler 5 minutes de la Palme d’Or qu’ont obtenue les Dardenne il y a quelques jours. Ce séminaire traite des tendances contemporaines du documentaire et les frères Dardenne viennent d’une pratique documentaire engagée. Même s’ils sont devenus des cinéastes auteurs un peu plus classiques si l’on veut, ils occupent une place un peu particulière au sein de l’industrie du cinéma d’auteur. Ce sont des cinéastes qui ont introduit à l’intérieur des pratiques habituelles de ce cinéma une conception plus artisanale que d’autres cinéastes.

Dimanche dernier, il y avait une émission d’1h30 sur la RTBF. Les Dardenne y rappelaient un échec qu’ils ont eu dans leur vie. Un film que j’aime moi-même plutôt bien : Je pense à vous (tourné en 1992 NDLR). Ils ont commencé donc par la vidéo documentaire avec comme sujet récurrent le monde ouvrier et sa fin certaine. Il y a eu Falsch (en 1986 NDLR) et donc Je pense à vous, toujours sur le monde ouvrier mais qui était ici une fiction avec un certain académisme lié à l’usage du scénario, d’acteurs classiques, etc.

Film qui a connu un échec monumental. Ils l’ont très mal vécu à l’époque mais cela leur a permis de comprendre quelque chose : il fallait rompre. Il fallait rompre avec un certain modèle du cinéma culturel. Ils ont eu peur en se disant : « Tout cela est trop grand pour nous. On y arrivera jamais. On a eu peur du scénariste : Jean Gruault. » Jean Gruault effectivement était un grand scénariste et a travaillé notamment avec Truffaut et Resnais. Un scénariste imposé par la production. Sans Gruault, ils n’auraient pas eu l’argent pour faire le film.

Quand on essaie des choses un peu expérimentales et que l’on arrive enfin à être un peu reconnu, il y a la tentation d’aller vers le centre : un cinéma d’auteur un peu plus classique. Akerman a connu la même évolution. On est pris dans un mécanisme qui vous échappe. Ils avaient peur parce qu’il y avait trop d’argent. Ils auraient pu faire avec moins, faire quelque chose qu’ils auraient pu aimer. Qui dit moyens dit grosse équipe et eux n’aimaient pas ça.

Conclusion : ils sont repartis de zéro. Il y a un héritage de la pratique bien sûr mais il fallait changer. Ils se sont repliés sur les rives mosanes et ont décidé de s’entourer d’une nouvelle équipe qui a en commun, hormis pour le preneur son, de n’avoir jamais fait de long métrage de fiction. Toute cette équipe a appris ensemble, film après film. C’est une des raisons pour laquelle on trouve le thème de l’apprentissage au sein de ceux-ci. C’est une économie singulière : des films de troupe.

Ce sont les mêmes acteurs qui accueillent de nouvelles têtes au fur et à mesure évidemment mais l’ancien réapparaîtra dans le film d’après pour un second rôle. Ce qui est beau aussi, c’est que l’équipe est constituée de gens très jeunes et d’ici. Cette Palme d’Or, c’est une bonne nouvelle.

Je me suis posé la question de savoir pourquoi ces cinéastes reviennent chaque fois de Cannes avec quelque chose. C’est une situation unique tout de même. Mon idée est qu’il y a rencontre entre la qualité des films et un moment de l’histoire. Quelque chose de beau entre ce que font les films et le moment de leur réception.

R

Séminaire V - Cinémas de rupture

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