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Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire V / cinémas de rupture / 05 - Petite histoire du documentaire - « Stromboli » de Roberto Rossellini

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L’histoire de Stromboli : une femme juive lituanienne sortie de la guerre erre en Italie et épouse le premier venu, c’est-à-dire un pêcheur sicilien. Elle se retrouve dans une communauté dont elle ne sait rien et dont elle ne parle pas la langue. Pratiquement, c’est l’actrice hollywoodienne Ingrid Bergman, grande star à l’époque, qui se retrouve sans dialogue, sans maquillage dans cette communauté italienne.

EXTRAIT [Stromboli de Roberto Rossellini (1949) - Scène où la jeune femme rend visite à son mari pêcheur au travail]

A l’époque du film, dans les salles, on voit Rita Hayworth, Ava Gardner, Humphrey Bogart, des comédies musicales, des westerns, des films noirs,... Et puis déboule ce film : la rupture est évidente. Le scénario de ce film s’arrête au bout d’un moment pour laisser la place à une longue plage documentaire. Le personnage est une étrangère face à un monde qu’elle ne peut pas comprendre. Ce monde-là, il nous est montrés. Il y a deux blocs qui ne raccordent pas : la fiction d’Ingrid Bergman et la réalité des pêcheurs. De vrais blocs documentaires, énigmatiques, mystérieux. A tel point qu’il n’y a pas un seul plan où les deux parties sont ensemble. Ca ne raccorde pas entre les deux mondes.

La question de ce cinéma des années 50, c’est comment raccorder entre le récit, la fiction, et le monde d’après les camps, tragique et énigmatique. Ce n’est plus le scénario qui règle le conflit des personnages, c’est le monde réel dans lequel sont projetés ces corps d’acteur. C’est ainsi que peut-être les conflits vont se résoudre. C’est l’expérience proposée au spectateur : se plonger dans la matière du monde. C’est un cinéma où les personnages sont filmés comme des personnes.

Auparavant, dans la conception classique, tout ce que faisait un personnage devait être explicable, utile à l’intrigue. Subitement, dans le cinéma moderne, les personnages font des choses gratuites, inutiles. S’ils vont dans un bistrot, c’est simplement pour ce plaisir d’y aller. Il n’y aura pas de raison précise comme y trouver l’amant de sa femme. Il y a du désir pour ces corps filmés, une joie à prendre le temps avec eux et ne pas d’emblée les ramener aux fils de l’histoire. Il y a un regard documentaire sur ces gens.

Dans les documentaires classiques, les images illustrent un projet préalable, une sorte de scénario. Une voix off couvrent ces images de tout son savoir, de toute la lecture qu’il convient de faire de ce qui se passe devant nos yeux. C’était comme cela que fonctionnait les films de propagande mais également les films pédagogiques. Ce rapport au commentaire va être également perverti par des gens comme Chris Marker ou Alain Resnais. Subitement, ce que l’on entend, ne cite pas l’image, ne la redouble pas. Il y a une méfiance quant à la manipulation possible du spectateur par le commentaire porté aux images.

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