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Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire V / cinémas de rupture / 10 - Alain Cavalier versus Michael Moore ou André Mordant et l’époque de la RTB

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Ingo Baltes
 Cavalier est un bon exemple mais je ne sais pas si l’on peut le généraliser. Si l’on prend Michael Moore, il authentifie son image mais parallèlement, il n’y a pas beaucoup en plus. Je n’aime pas du tout son procédé... S’il est à l’image ou en voix off, il y a peu de différences. Je pense à Bowling for Columbine où il y a l’institutrice après la mort d’un enfant qui se met à pleurer par la situation mais aussi par la présence du cinéaste qui a ce qu’il veut. Donc le procédé de l’inscription du cinéaste directement dans le film peut être utilisé à des fins de manipulation directe.

Chez Michael Moore, on a la version un peu vulgaire je dirais. Il n’y a pas beaucoup de jeu ; le film ramène beaucoup à lui. Ce n’est pas le même rapport. La scène dont tu parles est une instrumentalisation de l’autre. Il ne filme pas son usage de la réalité avec toute la relation qui s’y inscrit mais sa propre personne qui instrumentalise les autres filmés. Les gens sont à son service. Il y a néanmoins quelques moments assez beaux où il accepte d’être délibérément d’être acteur : Dans Fahrenheit 9/11, il y a une scène où il est devant le Congrès ayant appris que les politiques ont voté une loi sur les armes sans l’avoir lue. Il s’arme d’un micro et tourne en voiture autour de l’endroit. Il apostrophe les députés en leur lisant le texte qu’ils n’ont pas lu. Là, il y a un acte de mise en relation, de prise à partie, de riposte. C’est une exception dans son cinéma. En général, il n’est pas réfractaire.

Robert Stéphane
 La télé fait tout le temps cela. Elle prend la réalité et quelqu’un entre les deux pôles fait la liaison en se mettant en scène.

Pas en son nom propre comme ici. Pas en « je » et pas en jeu.

Robert Stéphane
 Quand Henri Mordant (ancien présentateur célèbre de la RTBF, NDLR) présentait la situation économique de la Wallonie, il se mettait en scène. Dans l’autre sens, quand on voit le Picasso de Clouzot, est-ce qu’il n’y a déjà pas cela ? Il y a une relation où Clouzot parle avec Picasso et le met en scène. L’image, c’est le point de vue de Clouzot sur Picasso. C’était dans les années 50.

Bien sûr qu’il y a des ancêtres de cela, il y a une histoire de cette relation documentaire. La différence peut-être, c’est qu’aujourd’hui les exemples de cette relation pullulent. Il y avait Clouzot et Marker avec cette présence de la voix. Dans les années 60, Pasolini faisait ça. Pas dans les fictions mais dans les appunti. En italien, des petites notes qui sont des essais filmés. Ca existe des cinéastes acteurs, mais c’est plutôt l’apanage du cinéma burlesque. Il y a Hitchcock ou Eastwood. Mais globalement, ce n’était pas une réalité documentaire. Aujourd’hui, le documentaire devient un terrain de jeu. La subjectivité est revendiquée au point d’être mise en scène. Et on trouve cela dans des formes didactiques habitées en général par la neutralité.

Robert Stéphane
 Ca ressemble à des émissions de télé

Ca ressemble à des anciennes émissions de télévision. Henri Mordant faisait cela et d’ailleurs il lui était parfois reproché. Lors d’une émission traitant d’économie, on le voit sortir de la Mer et commencer ainsi le film. Il y avait du jeu. C’était une télévision travaillée par le geste du cinéma. Le cinéma n’est pas une question de support, mais juste une façon de travailler la réalité avec une caméra. C’est de la télé comme certains cinéastes l’ont rêvée.

Rossellini par exemple après ses grands films a travaillé 10 ans à la télévision italienne. Godard a rêvé de la télévision. Il fut une époque où l’on pouvait aller en France et dire que la télévision belge était l’une des meilleures du monde. On n’était pas contredit. C’était en partie pour ses documentaires.

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