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Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire V / cinémas de rupture / 11 - De l’individu au collectif par le jeu / « Entretiens filmés » de Boris Lehman

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Emmanuel Massart
- Il y a une question que je me pose. Tu parles de journal filmé, on pourrait parler de lettre également. Quelque chose de personnel se dit par rapport à l’histoire de la peinture. Cet énoncé s’attache à quelqu’un avec la présence du « tu ». Cette donc une adresse singulière pour chacun d’entre nous. Comment, à partir de ce rapport intime, on recréerait quelque chose de collectif ? Tu parlais des années 60 et d’expériences collectives du cinéma. Des gens s’emparaient de caméras mais c’était en groupe. Aujourd’hui, on peut filmer seul avec une caméra DV. Comment s’adresser à une collectivité et pas seulement à un spectateur, pendant du cinéaste à l’image ?

C’est en effet un risque de l’outil DV. Ce cinéma prend le risque d’un confinement. Cela dépend de toute façon de la personnalité de chacun... Ce soir, je ne donne que quelques exemples. Pazienza y arrive très bien pour sa part. Il interviewe par exemple un homme qui a inventé une monnaie alternative et le cinéaste se rend ensuite dans une manifestation où il diffuse directement la parole enregistrée aux manifestants. Sauf que ce sont des images d’archives des grèves de 60 et que cette parole de nouveau, il l’apporte aux pères. Le bleu de travail qui lui permet de poser un point de vue et de parler aux pères, cela ouvre l’espace social. Il est vrai de toute façon que je vous parle d’une tendance et non du cinéma dans son entièreté.

Tendance présente chez Boris Lehman dont je vais vous montrer un extrait des entretiens filmés. Précisément, un entretien dont je suis l’interlocuteur. Comme cela fait 5 séances que je parle de cinéma ici, il faut bien un peu s’exposer. Ce sont des essais sur le cinéma où Lehman rencontre des cinéastes, critiques, historiens. Aujourd’hui, il y en a une cinquantaine. Il pose des questions de cinéma mais demande tout de même qu’on s’intéresse plus particulièrement à son cinéma à lui.

Tous les gens interviewés le connaissent un petit peu et l’on est pris dans un dispositif inhabituel, fait d’une seule prise, dans des lieux bizarres. Il m’avait ainsi amené sur un quai de gare. Ce n’est que plusieurs années après que j’ai compris qu’il avait voulu faire un jeu de mot avec mon nom, « Leboutte en train ». Enfin, Lehman est un cinéaste exemplaire de cette idée de geste et de mise en relation de soi avec l’autre en s’inscrivant dans l’image.

Il est effectivement acteur de ses propres films mais ce n’est pas que narcissique. Dans Babel, son grand film de 6 heures, à la fois journal intime et journal collectif de la Belgique, il est habillé pareillement du début à la fin. C’est une preuve qu’il se constitue en personnage. Qu’il pleuve ou qu’il fasse soleil, il a la même dégaine. Il y a même une scène où il arrive sur la plage d’Ostende en plein été avec sa veste d’hiver et son pantalon de velours.

EXTRAIT [Entretiens filmés de Boris Lehman - entretien avec Patrick Leboutte]

On dirait deux pieds nickelés qui essaient de parler de cinéma mais qui n’y arrivent pas parce que le réel interagit et cela devient comique finalement. Un espace de jeu se crée au fur et à mesure. C’est sûr que le cinéaste le maîtrise mieux que moi, qui ne suis pas acteur mais que l’on plonge dans ce dispositif et qui va bien devoir jouer à son tour.

J’ai découvert plus tard que la gare de Boitsfort où nous étions était la gare de Belgique où passent le plus de trains par heure. Tous les trains passent par là et l’on est donc tout le temps dérangés. Boris Lehman devait le savoir, lui qui filme Bruxelles depuis 40 ans. Je suis pris dans cet espace. Je deviens aussi un peu un personnage. C’est une vérité jouée avec une dimension clownesque. Tout comme Pazienza ou Cavalier. C’est sa version de Cinéastes de notre temps d’André Labarthe. Comme lui n’a pas été filmé là, il a décidé de le faire lui-même.

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Séminaire V - Cinémas de rupture

 

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