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Accueil du site / Geste cinématographique / Défendre des films et ceux qui les font / Réflexions du cinéaste sur « Berlin 10/90 » - Extraits d’un entretien avec Bernard Eisenschitz

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Robert Kramer n’était pas seulement cinéaste. Il était également pédagogue et critique dans l’acceptation la plus large du mot, reliant la pratique à la réflexion. Penser et filmer donc. Quelques extraits d’un entretien réalisé par Bernard Eisenschitz...

- Extrait du film :

Il est important que les plans ne forment pas un plan, un sentiment, une idée, représentation, événement fluide, mais plusieurs pièces réunies par la volonté. C’est en les rassemblant qu’il y a violence. Et l’obligation de vivre tout ça d’un bout à l’autre pour vous, l’observateur. Rien à faire : peut-être que le temps est continu mais nous le brisons en une explosion de fragments bondissant entre intérieur et extérieur.

- Extraits de Bernard Eisenschitz, Points de départs. Entretien avec Robert Kramer, Aix-en-Provence, Institut de l’image, coll. Polimago, 1997

Comme d’habitude, ce qui compte, pour démarrer, ce n’est pas : “A quoi tu penses ?” ou “A quoi penses-tu que tu devrais penser ?”, mais “Qu’est-ce que tu vis là ? Que se passe-t-il vraiment ici ?” Ce qui se passait vraiment là était cette ironie : l’unification était une note de bas de page d’une autre histoire. L’autre histoire se passait dans les années trente et quarante : la guerre, le nazisme et tout ce que cela disait de nous tous. Il se trouve que j’avais aussi un très fort lien familial avec cela. Tout ce que je faisais à Berlin, c’était visiter les monuments des années trente, découvrir tout ce que je pouvais sur les années trente. Je passais mon temps dans ce no man’s land qui s’évanouissait rapidement sous mes yeux, comme un testament à une infinité de choses. (page 85)

Qu’est-ce que l’unité de lieu et de temps, dans une situation où les implications même de cette unité sont que l’esprit est partout au même moment ? Mon corps est ici, mais mon esprit erre dans mon histoire, dans mes associations, dans l’histoire et les associations des autres. Il y a un déséquilibre dans l’idée classique de l’unité, elle n’a absolument rien à voir avec la manière dont nous vivons dans ce monde. Il suffit de penser au rôle de la télévision dans nos vies, particulièrement à ce moment-là : la guerre du Golfe n’avait pas encore commencé, mais on y allait. La télévision est allumée tout le temps, partout - en Amérique en tout cas. Cela fait partie de l’unité d’espace et de temps : la télévision est là, dans un coin de la pièce, le son est mis ou baissé, et les gens vaquent à leurs affaires. (page 103)

En fin de compte, un film ne tient pas en fonction du nombre des faits, de chiffres, d’idées, d’informations qu’il contient. Il existe dans un tout autre espace, par la création d’un certain type d’environnement, qui donne à d’autres la possibilité de vivre cette expérience. (page 107)

L’idée me plaît : quelque part entre contre l’oubli et oublier aussi rapidement que possible. (...) Les deux sont des illusions : l’illusion que nous vivons pour l’histoire, ou que je ne suis qu’un produit de l’histoire ; et l’illusion que nous pouvons nous dissocier de cette histoire. C’est toujours un aller-retour. (...) Les gens [en Europe] vivent depuis toujours avec ce type de contradiction. Ils ont vécu tous les extrêmes, de : “Brûlons tout pour repartir de zéro” à : “Ne touchons pas une seule pierre, parce que c’est sublime”. (page 115)

J’ai essayé de nombreux points de vue et aucun ne me donnait satisfaction. Les choses ont commencé à évoluer quand j’ai compris que je n’accordais pas une attention excessive aux grands événements contemporains ; et que je n’étais pas pris dans leur mouvement. Au contraire, c’est plutôt qu’ils m’arrivaient, à moi, ils étaient écrit sur moi, alors que j’étais irrésistiblement attiré dans le passé, jusque dans les années trente et quarante, dans les années nazies qui reposent de manière si visible juste derrière les cris et les flashes quotidiens d’images qui viennent de tous les journaux et les télévisions du monde. (page 146)

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