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Accueil du site / Geste cinématographique / Cinéma et travail / « Avec le sang des autres » du Groupe Medvedkine Sochaux - 1974 - 50 min.

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Et nous nous sommes retrouvés pas très nombreux pour faire Avec le sang des autres... Les « établis » de 68 étaient déjà repartis, ils avaient repris leurs études pour la plupart... La société ronronnait à nouveau... Et avec Bruno Muel et quelques autres, nous étions complètement dans la merde. Bruno a fini son film pratiquement seul. C’est là que j’ai enregistré au magnétophone ce texte sur mes mains parce que Bruno ne me lâchait pas. Parce que ça aussi, c’est un truc très intello de venir t’emmerder, te relancer sans cesse. [...] Et donc, on avait le sentiment que c’était la fin d’un moment, c’est pour ça, comme ça, que j’ai enregistré le texte sur les mains qui ne s’adressait pas à Bruno, qui s’adressait à d’autres, qui s’adressait aussi à ceux qui ne comprenaient pas. Donc une espèce d’incompréhension par rapport à la violence de tous les jours, à la pression, au vieillissement... que je sentais venir... Cette fatigue quand tu n’arrives plus à voir le jour...Quand tu as l’impression de ne plus arriver à survivre. Donc il y avait un peu de ça, et à un moment c’est sorti, c’était adressé à qui je ne pouvais plus parler... Bruno s’est appuyé sur ce texte pour finir son film... C’est un des meilleurs documents sur le monde ouvrier de ces années-là.

Extrait d’un entretien avec Christian Corouge, membre du groupe Medvedkine Sochaux à propos du film Avec le sang des autres. (Entretien avec Michel Pialoux, 7 juin 2002. Repris dans la revue « L’image, le monde » n°3, Automne 2002, P.52)

... C’est pas simple de décrire une chaîne... Ce qui est dur en fin de compte, c’est d’avoir un métier dans les mains. Moi, je vois, je suis ajusteur, j’ai fait trois ans d’ajustage, pendant trois ans j’ai été premier à l’école... Et puis, qu’est-ce que j’en ai fait ? Au bout de cinq ans, je peux plus me servir de mes mains, j’ai mal aux mains. J’ai un doigt, le gros, j’ai du mal à le bouger, j’ai du mal à toucher Dominique le soir. Ca me fait mal aux mains. La gamine, quand je la change, je peux pas lui dégrafer ses boutons. Tu sais, t’as envie de pleurer dans ces coups-là. Ils ont bouffé tes mains. J’ai envie de faire un tas de choses et puis, je me vois maintenant avec un marteau, je sais à peine m’en servir. C’est tout ça, tu comprends. T’as du mal à écrire, j’ai du mal à écrire, j’ai de plus en plus de mal à m’exprimer. Ca aussi, c’est la chaîne...

Extrait du texte sur les mains de Christian Corouge enregistré pour Avec le sang des autres, 1974

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35 heures, retraites, conditions de travail, vie culturelle : le coup de gueule d’un prolo survivant. Christian Corouge est ouvrier chez Peugeot depuis 1968. Il a été membre des groupes d’ouvriers-cinéastes Medvedkine fondés par Chris Marker.

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