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Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Accueil du site / Grands entretiens / GE n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux / 10 - Benoît Dervaux : envie d’être filmeur

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Cet article fait partie du grand entretien n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux de la série des grands entretiens disponible dans la rubrique correspondante du site.

Tu disais notamment que les gens d’Arte regardaient les images de « La devinière » et ne les reliaient à rien. Rien ne se passait. Or, tu fais un film pour que certaines images soient visibles et acceptables pour les spectateurs. Aujourd’hui, ce processus disparaît. Les images apparaissent directement, comme une sorte de miroir social.

J’essaie surtout de faire un film d’auteur, à faire le film qui est le mien, avec une réalité que j’aime bien. Après, il faut le faire accepter par les gens qui produisent. Il faut aussi imposer le film qu’on veut faire. À côté de ça, ce sont aussi des gens qui… Ce ne sont pas des monstres. Ils ont un point de vue critique qu’il faut pouvoir écouter très attentivement, parce qu’ils sont très enrichissants. Et par moments, il faut fermer ses oreilles parce qu’ils disent des conneries. Mais ça c’est un parcours individuel de l’auteur par rapport aux gens qui gravitent autour du projet.

C’est peut-être bête d’arrêter puisque vous êtes arrivés quand même à faire passer votre regard vis-à-vis d’Arte et relativement vers le public.

Sauf que maintenant les chaînes ont des lignes éditoriales beaucoup plus strictes.

Oui, mais on peut trouver la manière de faire passer en restant authentique et vrai, mais en…

Peut-être, oui, peut-être que je devrais retourner au combat…

Parce que c’est quand même terrible ce que vous dites pour des gens, enfin autour de la table je sais qu’il y en a plusieurs qui utilisent une caméra, ont envie de faire des films… Et vous dites : « Moi, je n’ai plus envie de faire de films parce que je ne pourrai pas les montrer dans les conditions que je veux, parce qu’une page est tournée ».

Non, moi je ne dis pas que je n’ai pas envie de faire des films. Si j’ai acheté une caméra, c’est que j’ai envie de filmer. Mais je suis dans une période qui n’est pas la même que celle dans laquelle j’étais au moment où j’ai tourné La devinière. Si j’ai acheté une caméra, je filme avec. Pour le moment j’ai plus envie d’être un filmeur en fait, prendre du plaisir à filmer.

Au lieu de penser à construire tout de suite ?

Voilà, oui. J’étais déjà comme ça quand j’étais à « La devinière ». J’ai une structure. Je sais qu’à l’arrivée, il y a un cahier des charges, que c’est produit, qu’il y a une date de livraison pour le film, une date de diffusion, que je suis payé, que j’ai un salaire, que je fais mon métier, que j’ai un contrat d’emploi, et tout et tout.

Mais sur place, pendant un mois, je me souviens de journées où l’on glandait… « Qu’est-ce qu’on fait ? Ben, on filme. » Mais en même temps, on ne filme pas tout le temps. Et à « La devinère », c’était très important de passer du temps à ne rien foutre, à jouer au foot, à fumer des clopes, à aller boire un verre. Ça passe par là je veux dire. Donc j’étais déjà aussi dans cette situation du filmeur.

Et ça tu peux l’avoir encore maintenant non ?

Oui, je l’ai encore maintenant. Mais ce qui est plus compliqué, c’est de… D’abord il n’y a pas un sujet qui, comme celui-là, me motive à construire un projet sur plusieurs années. Et d’autre part, c’est plus compliqué à construire. Mais par contre filmer, on peut le faire. Et je le fais avec énormément de plaisir.

Ça veut dire que tu vas vouloir arrondir les angles éventuellement, pour être produit par la télévision ? Ou bien…

Non, c’est-à-dire que quand on est filmeur comme ça et que l’on perd son temps pour parfois gagner à filmer certaines choses, il n’y a pas d’enjeu. On n’a rien à gagner, on n’a rien à perdre. On est là, on filme ou on ne filme pas. Sauf que quand on a comme ça un projet en ligne de mire, qu’il y a des chaînes derrière, bon ben il y a quand même un truc à faire. En espérant qu’il ne soit pas raté.

Donc c’est plus une question de discipline qu’autre chose…

Oui. Ou alors c’est une tout autre façon d’envisager les choses. Je ne sais pas moi, un peintre qui a une exposition avec des dates et puis un catalogue, il sait qu’il va accrocher à telle date et il a trois mois pour préparer, il va devoir peindre. À côté de ça, s’il n’a pas d’exposition en vue, il peut faire des croquis, il peut… Je suis plus dans ce rapport-là maintenant.

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