Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Beribou (Lieu-Dit), Cerexhe (rue Jules) , Chapelle (rue de la), Dison (rue de), Régence (rue de) , Spintay (rue de)

Pour notre première sortie, il fait plein soleil. Tant mieux ! On part vers la rue Cerexhe, devant la Vesdre. Si nous avons une certitude sur les limites de Hodimont, c’est bien la frontière naturelle de la rivière. De l’autre côté, c’est le centre, les magasins, notamment. De ce côté, nous voyons pourtant plusieurs enseignes de restaurant, un certain chic bien différent de la rue de Hodimont.

A l’angle de la rue de la Régence, une maison de maître est condamnée par des barrières et tranche avec les alentours. Un vieux Turc vient se mettre devant nous et nous interpelle. Première rencontre. Il nous apprend que cela fait quelques temps que l’endroit est ainsi, à l’abandon. Ses gestes vifs traduisent l’exaspération. Voyant notre caméra, il nous demande de dénoncer ce chancre. Nous apprenons qu’il est un vieil ouvrier venu il y a trente ans travailler par ici. Il habite au bord de l’eau, à un jet de pierres.

Peu après, un restaurateur, assis à sa terrasse, ajoute qu’il s’agit de faire un restaurant mais que les travaux ont été stoppés parce qu’un mur classé a été abattu. C’est la première contradiction entre passé et présent dans Hodimont. Conserver le passé signifie-t-il interdire le présent ? De l’autre côté de la rue, une vieille machine du temps des industries et repeinte en vert (le slogan de Verviers n’est-il pas : « vert et vieux » ?) dore son flanc au soleil, recouverte de tags colorés qui témoignent d’une autre présence que le témoignage du passé.

Au milieu d’un espace vert, un panneau violet avec une inscription poétique tient sur un vieux pneu. Il est question en italique de se laisser embobiner par l’amour. Ce quai serait-il un rendez-vous romantique ? Un bouquet de fleurs abandonné sur le parking peut laisser le penser. Nous devrions demander aux personnes que nous rencontrons si l’endroit attire les amoureux.

En longeant le quai dans la direction de l’autoroute, un vieil entrepôt apparaît au bout d’un chemin de pierres. Une inscription : « bureaux. » Une femme descend vers nous. Carine, ancienne ouvrière des textiles Nyssen, nous explique les lieux : l’usine fermée il y a cinq ans alors que ne demeuraient qu’une poignée d’ouvriers. Les logements à côté, les déversements d’ordures de l’autre côté de la rivière, la fin de quelque chose. Le collectif a disparu, à mesure des licenciements successifs. « J’ai connu l’ancien et le nouveau. » Carine désire pourtant rester ici et trouver du travail, se battre même si c’est seule.

L’entrepôt, en attente de devenir un loft si les autorités laissent enfin le projet aboutir, est un cul-de-sac coincé lui-même entre la Vesdre en-dessous et l’autoroute au-dessus. Une sorte d’îlot étrange car Carine voit cet endroit comme partie de Lambermont mais le chemin d’accès unique mène après une cinquantaine de mètres au pont Léopold. Elle parlera à son père de notre projet car il a filmé quelques scènes de Verviers et du quartier il y a quelques décennies de cela. On prend note. Le parvis de l’usine Nyssen est assez agréable, donne envie de s’arrêter et jeter un œil à la rivière. C’est un endroit qui a une âme.

Nous remontons vers la rue de la Chapelle quand nous sommes interpellés par Mustapha, un jeune marocain de 16 ans. Il est prêt à nous montrer Hodimont mais quand nous lui demandons comment il le perçoit, il lâche : « un manque de respect, des ordures partout. » Il est arrivé il y a un peu plus d’un an de Bologne, parle l’arabe en plus du français et de l’Italien. Il ne pense qu’à devenir indépendant, carrossier alors qu’il est en apprentissage. Et enfin, partir. Surtout, partir.

Nous le suivons dans les rues, rue de Dison, rue Spintay. Nous nous arrêtons dans une boulangerie où nous goûtons quelques pâtisseries maghrébines. « La meilleure boulangerie du quartier. » Les hommes, sur le trottoir, sont intrigués par notre présence et notre matériel, mais dans les pas de Mustapha, nous ne nous arrêtons pas. C’est notre premier trajet dans le quartier et nous ne sommes pas seuls. Il salue les plus vieux, raconte la saleté. Malgré notre insistance, il ne voit pas de beauté à Hodimont. Notre présence semble le ravir, sauf qu’il ne désire pas être filmé.

La journée touche à sa fin. Nous retenons la curiosité des passants et des habitants derrière leur fenêtre. Nous retenons la grande facilité à entrer en contact avec les habitants. Nous n’avons pas filmé, seulement enregistré quelques images fixes en plus du son.

Un détail nous frappe dans cette approche par le bord de l’eau : rien n’indique Hodimont, pas une seule inscription. Notamment, des indicateurs pour les cyclistes pointent vers Ensival et le centre de la ville mais rien ne signe l’endroit où nous trouvons, suggérant un entre-deux, un territoire sans existence propre. A creuser.

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