Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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C’est un peu une expérience que nous proposons. Ce n’est pas vraiment une conférence où souvent il y a un côté culturel et docte et quand le conférencier est parti, nous sommes là avec le maigre savoir qu’il nous a donnés sans savoir qu’en faire. Dans le mot séminaire, il y a le mot « semence », c’est-à-dire plantation, petite graine avec l’espoir de trouver un champ de tulipes à l’arrivée. Dans l’idée de séminaire se trouve également l’idée de régularité. En général, un conférencier s’en va après. Moi, j’ai l’intention de revenir. J’espère que vous aussi.

L’idée est de vous proposer une fois par mois des rencontres avec quelqu’un qui au départ prend la parole mais où un dialogue se développe permettant à chaque séance de se construire sur la base de la précédente : les questions, les objections, les contradictions. Mon but est d’essayer de penser ensemble. Penser ensemble ne veut pas dire penser tous la même chose mais penser en commun. Plus particulièrement, élaborer une pensée du commun.

Qu’est-ce que ce serait le commun à une époque très particulière de notre histoire que j’appelle tyrannie du marché et qui vise à la séparation. Ma théorie est que le cinéma, en tout cas le geste cinématographique, crée du lien, du commun là où le marché sépare. Le marché segmente, l’art - la peinture, le cinéma, la sculpture - soude, suture. Ce n’est pas tout à fait la même logique. C’est pourquoi je pense qu’il est grand temps que nous redéfinissions les mots.

Qu’est-ce que cela veut dire cinéma ? Qu’est-ce que cela veut dire peinture ? Qu’est-ce que cela veut dire geste ? Qu’est-ce que cela veut dire pratique artistique ? Qu’est-ce que cela veut dire expérience ?

Autant de mots qui nous ont été confisqués depuis plus ou moins 20 ans par le marché dont l’arme absolue est de s’emparer de notre vocabulaire, de le vider de sa substance et de le remplir, comme une araignée, d’autres substances généralement venimeuses. A l’arrivée, les mots veulent dire le contraire de ce qu’ils disaient au départ. Il est urgent de mener la bataille des mots et cette première séance s’attachera à cela. L’ambition est de questionner des mots avec l’envie de créer un groupe autour de cela comme il en existe ailleurs à Liège.

Je suis assez frappé de voir que depuis 4 ou 5 ans, face au formatage des images, à la standardisation des pratiques culturelles, face à la pauvreté de ce que l’on voit dans les salles de cinéma, de plus en plus de choses s’inventent mais hors institution, hors marché culturel, hors marché tout court. Groupes de réflexion, salles de cinéma mais qui ne fonctionnent plus comme auparavant sur le principe de la projection, en tout cas sur la sortie des films en salles. Des salles fonctionnent plutôt sur des rencontres, l’idée de faire venir un cinéaste, travailler son œuvre mais en même temps inviter un philosophe, un écrivain et là aussi de travailler ensemble.

Cela existe beaucoup en France. Cela existe un peu à Bruxelles autour du ciné-club du « P’tit Ciné » animé par Javier Packer. Mon envie est d’inscrire Liège sur cette carte-là. Il y a actuellement un réseau en train de se constituer avec des gens qui se retrouvent pour penser l’image dans son rapport au monde. C’est cela que je propose.

J’avais aussi envie de répondre à deux, trois interrogations que me pose Manu. On se parle souvent et une question est régulièrement revenue et m’a donné envie de faire ce séminaire : C’est quoi avoir 20 ans aujourd’hui ?

Je ne pense pas que cela soit fondamentalement différent d’il y a 20, 40, 60 ans ; il y a malgré tout quelque chose qui me chipote. Avoir 20 ans aujourd’hui, c’est n’avoir connu que la tyrannie du marché. Avoir 20 ans en 80, c’était déjà le début de ça mais subsistaient encore, çà et là, des traces de lumière, d’autres choses.

Une phrase m’a beaucoup frappé, phrase tirée d’une conversation avec le philosophe Miguel Benasayag : « la grande question des 50 années à venir, c’est de savoir comment tous, ou chacun individuellement, nous allons faire pour vivre dans l’obscurité. » Lui pense que nous rentrons dans une époque d’obscurantisme total. Pas seulement économique mais aussi mental, moral, culturel, intellectuel. Comment faire avec ça ?

R

Séminaire I - Avoir 20 ans

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