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Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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En 80, alors que j’avais 20 ans, les choses étaient pas tout à fait les mêmes : par exemple, j’achetais « Libération ».

Acheter « Libération », c’était lire Serge Daney. Daney, avec Bazin, Deleuze et Jean-Louis Comolli, est le plus grand penseur français du cinéma. Un texte de Serge Daney, ce n’était pas lire une critique de film. C’était penser le monde avec un outil qui s’appelle le cinéma. Avoir 20 ans en 1980, c’était en tout cas pour moi acheter les « Cahiers du cinéma ».

J’en avais pour un mois de travail. Chaque texte était intéressant. Chaque texte pensait, mettait en rapport le monde et l’image. Aujourd’hui, les « Cahiers du cinéma » se lisent en 20 minutes et cela sert à savoir quel DVD acheter. Le dernier numéro, spécial DVD, je pensais qu’il y aurait des textes théoriques sur la pratique du DVD... non, c’est un guide comme « Télérama ».

Avoir 20 ans en 1980, c’était aller au cinéma. A Liège, on allait au Parc. Il n’y avait qu’une salle à l’époque. C’était rencontrer Antonioni. J’ai vu son avant-dernier film : Identification d’une femme. C’était parler avec Paul Vecchiali qui venait de temps en temps. C’était voir Godard, Oliveira. C’était voir aussi des classiques.

Aujourd’hui, je ne vais plus au Parc. Tous les films se ressemblent. Ils sont éclairés de la même façon, joués de la même façon, parlent de la même chose. Voilà. Je veux dire qu’avoir 20 ans il y a 20 ans, c’était se dire que le rapport à l’image était également un rapport avec le monde. Et que sortir du cinéma dans ces conditions, c’était sortir d’une expérience avec le monde. Aujourd’hui, cette expérience est absente.

Cela ne veut pas dire que je suis déjà un vieux con, que je pense que c’était mieux avant. Il n’y a pas de nostalgie. Cela ne veut surtout pas dire que tout est foutu, qu’il n’y a plus rien. Des gens qui pensent, il y en a.

Des films magnifiques, il y en a mais ils ne sont pas dans l’espace public. Ils ne sont plus comme il y a 20 ans, ou à plus forte raison, il y a 40 ou 60 ans dans l’espace public. Ce qui veut dire que pour les gens de 20 ans aujourd’hui, l’accès est plus difficile à d’autres manières d’envisager le monde et le cinéma. Il y a là quelque chose à faire.

C’est le travail d’un intellectuel : aller au charbon. Puisque c’est un peu mon métier, je viens parler, on papote, je donne quelques petites idées. On réfléchit ensemble et j’espère qu’on va construire ensemble. Au départ, c’était plutôt conçu pour des gens de 20 ans. Manu m’en avait promis plus, il n’y en a pas des masses. Je suis content d’avoir plein de vieux complices qui pourront me repousser dans mes retranchements.

La fonction d’un intellectuel, c’est quelqu’un qui restitue, qui rend aux autres et non quelqu’un qui se rend chez Pivot ou ailleurs. BHL, ce n’est pas un intellectuel tel que je le conçois. Dans les années 50 et 60, les intellectuels donnaient des cours dans les usines.

Chris Marker, un des grands cinéastes de l’histoire, allait donner des cours de cinéma dans les usines à Besançon. Il a donné naissance à un groupe d’une quinzaine d’ouvriers qui ont fait quinze films : les groupes Medvedkine. On en montrera dans le cadre de ce séminaire. Et l’un de ces membres viendra ici pour vous parler. Il y aura des invités dans ce séminaire.

Il y a eu il n’y a pas si longtemps la Sorbonne du peuple, encore à Besançon. Elle existait encore dans les années 60. Cette Sorbonne-là était animée par des intellectuels qui venaient donner cours dans des usines.

Ce n’est pas tout à fait la même chose que BHL qui est plutôt selon moi un intellectuel domestique comme on parle d’un chien ou d’un chat domestique, du latin « dogo », de la maison. C’est un intellectuel de cour, de château, de pouvoir. L’intellectuel a en réalité la fonction d’aller voir, parler, écouter et transmettre un petit bout de savoir et d’expérience. Un savoir né de l’expérience, c’est un peu cela le projet.

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