Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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J’ai décidé dès lors d’aller à Paris pour la grande manif’ du dimanche entre Denfert et Nation. On a vu des choses qu’on ne voyait pas à la télé comme un slogan qui revenait tout le temps : « ouvrez les yeux, fermez la télé ». Il y avait des images très fortes comme les prisonniers de la Santé qui nous saluaient au passage en agitant les mains derrière les barreaux et en criant « Solidarité ». Ce n’était pas rien.

Tous les 100 mètres, nous passions devant des kiosques à journaux avec tout le temps la même affiche : une publicité pour les « Cahiers du cinéma », spécial cinéma et musique. La France est à feu et à sang, un million de personnes sont dans la rue et les « Cahiers du cinéma » sortent un spécial cinéma et musique, que j’ai acheté.

A l’intérieur, les 100 cd’s de l’histoire du cinéma à acheter d’urgence. Il faut du temps pour préparer un dossier spécial mais jamais les « Cahiers » ne se sont posés la question d’un rapport éventuel entre ce qui se passait dans la rue et le cinéma. Après tout, 99% des films sont produits par des conglomérats bancaires et financiers, des télévisions, qui sont exactement les gens contre qui on manifestait dans la rue.

Est-ce que par hasard l’image n’est pas devenue le vecteur d’intégration de tous dans un marché unique des modes de vie et de comportements ? Est-ce que le cinéma n’a pas là un rôle à jouer ? N’est-il pas lui aussi victime des mêmes ? D’où peut-être son formatage, sa standardisation ; plus rien ne nous arrive quand nous allons au cinéma. Tout cela me paraissait lié.

Penser le cinéma autrement est depuis lors mon projet. Cela a donné lieu à une revue aujourd’hui défunte, « L’image, le monde ». Le nom dit tout : penser le monde et l’image conjointement dans leur interaction, avec un outil magnifique que j’appelle cinéma.

Qu’est-ce que c’est le cinéma et en quoi concerne-t-il notre rapport au monde ? La thèse, vous la connaissez : d’un côté le marché, de l’autre, l’art. L’art comme antidote au marché. Le cinéma transforme, voilà un mot que le marché n’aime pas trop. Il faut si l’on veut réfléchir à tout cela savoir à quel moment nous parlons.

C’est quoi penser le cinéma à Liège en décembre 2004. C’est une question cruciale : nous ne sommes plus à l’époque d’Hitchcock. Ce n’est pas les mêmes enjeux. Vivre à Liège en 2004 est exactement la même chose que vivre à Honolulu ou à Kuala Lumpur ou à Oulan-Bator. Le monde planétarisé, ses images globales, ce n’est plus Tintin et les terres infinies. Si le Pape fait un pet au Vatican, on le sait aussi en Papouasie. CNN y est diffusé.

Malheureusement, ce que nous avons en commun aujourd’hui, c’est une norme : le marché. Si l’on veut saisir un geste artistique, il faut repartir de là. Je ne suis pas économiste. Je peux néanmoins vous parler de ma modeste expérience du marché.

D’abord, le marché, c’est une injonction à tout vendre. Tout est vendable. Tout doit être converti en produits, et pas seulement votre vieille force de travail, mais aussi votre démarche, vos chaussures, votre coupe de cheveux, votre manière de vous habiller, de vivre. Comment engage-t-on les vendeuses de chez « Zara » ? Il faut mesurer maximum 1m 72 et ne pas dépasser un certain poids d’après une enquête dans les pages économiques du « Monde ». Il faut plutôt ressembler aux petites jeunettes de « Star Académy ».

Il ne faut pas demander la culture et l’enseignement qui sont des bastions, les derniers endroits qui résistent encore un peu. Je ne vais pas vous faire un dessin : vous êtes Liégeois, vous connaissez l’histoire de la RTBF. Cela a un peu changé là-bas : c’est à vendre. L’enseignement est soumis aux lois du marché. C’est “Star Académy”. Il faut regarder cette émission évidemment, c’est un documentaire formidable sur le marché, sur ce qu’il nous veut.

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