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Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire I / Avoir 20 ans aujourd’hui / 07 - La Star Academy : la déliaison, le produit, le prof

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L’espace public, c’est le danger de l’autre. Tout cela doit être propre, que chacun soit transparent pour l’autre. Transparence et peur, cela va de pair. Puisque nous vivons dans une idéologie de la peur qui vise à la séparation, il faut que chacun puisse surveiller tout le monde. Cela donne la télé-réalité, « Loft Story » ou la « Star Academy », c’est-à-dire le marché par excellence. C’est quoi le scénario ?

Vous tous qui regardez la « Star Ac’ », vous n’allez pas me dire que c’est pour les chansons. C’est parce que c’est un feuilleton avec un scénario qui tient la route. Ce scénario, c’est la déliaison.

Pour une fois qu’à la télé, nous avons un feuilleton qui est basé sur du collectif, le principe est d’éliminer un petit jeune chaque semaine. Au départ, nous avons un groupe. Il y avait du commun. Il n’y en a plus à l’arrivée.

Par ailleurs, la « Star Academy » raconte comment le marché façonne un bon produit. Au départ, tous ces jeunes sont différents. Ils sont dans une certaine norme d’accord mais il y a des différences. Quatre semaines après, ils ont déjà tous la même coupe de cheveux.

Ils sont habillés par le sponsor de l’émission. On leur apprend à formater leur rapport à la musique et à la chanson. Le scénario est : « Devenez vous-mêmes le bon produit ». Avec la complicité de qui ? De l’enseignant.

Avez-vous remarqué le mot qui revient le plus souvent à la « Star Academy », hormis « après la pub » ? C’est « vos profs ». « On va demander l’avis à vos profs ? » « Qu’en pense votre professeur ? » Le prof à qui l’on doit tout, devant qui il faut s’agenouiller. Le prof qui vous humilie. Vous avez remarquez le retour de la grande figure du professeur des années 50 ?

« Le pensionnat de Chavannes ». Le professeur et le martinet, l’humiliation. TF1 à 19h, il y a Laurence Boccolini déguisée en instit des années 50. Et ça excite tout le monde. Nous sommes à genoux pour regarder des maître tyranniques à qui on doit tout. Grâce à eux, nous apprenons à être un produit.

Dans ma conception personnelle, j’enseigne c’est vrai mais je préfère utiliser le mot « pédagogue » que celui de « prof ». « Pédagogue », cela vient du grec : « pedagogos ». Cela désignait un esclave un peu plus disponible que les autres. L’esclave accompagnait le petit le matin à l’école, à pied. Et de même le soir où ils rentraient à la maison. En chemin, l’esclave faisait parler le gamin de son expérience scolaire du jour. A son insu, le gamin répétait ses leçons.

Cela veut dire que le pédagogue était du côté de l’esclave. Je n’aimerais pas être un esclave mais s’il faut choisir entre le maître et l’esclave, je choisirai évidemment l’esclave. Le pédagogue accompagne quelqu’un pour lui permettre de faire son expérience, d’en tirer quelque chose, de sortir tout cela.

Ce n’est pas imposer un format. Comparons le pédagogue grec à Kamel Ouahli, la figure absolue du prof aujourd’hui. La révolution copernicienne, c’est d’avoir basculé dans le marché.

Après 5 mois à regarder la Star Academy, je ne me souviens même pas de la chanson des finalistes. Quand je marche 5 mois, 5 semaines, voire 5 jours, je me souviens de chaque pas. J’ai fait une expérience. Le marché, c’est le vol de l’expérience, la dictature du temps, la simultanéité du temps, sans profondeur, sans perspective, sans devenir.

Le portable en est un bon exemple. Avant, alors que je devais trouver une cabine téléphonique pour appeler, j’avais le temps de marcher et de laisser ma colère éventuelle s’adoucir. A présent, si quelqu’un me fâche, je peux lui dire à la seconde même.

Un individu qu’on a privé de son expérience, en jargon marxiste, c’est un prolétaire. Un prolétaire ne peut plus utiliser son expérience du travail, elle est transférée à la machine. Nous vivons dans une époque qui nous prolétarise tous parce qu’on nous a volé notre expérience.

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