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Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Après avoir reçu Paul Meyer en octobre dernier pour Images sauvages n°4, Des Images continue au gré des rencontres possibles d’inviter des cinéastes à parler de leur pratique du cinéma et de ce qu’elle représente comme forme d’engagement, de démarche pour investir un territoire, enregistrer des gestes et des paroles, cerner une manière de se poser dans le monde et la société. Bref, l’envie est de demander cette simple question : A quoi vous sert le cinéma ?

René Vautier est tout comme Meyer un cinéaste qui a fécondé le cinéma de ceux qui l’ont suivi, souterrainement puisque tous les deux ont subi l’interdiction de projection de leurs films, réduits à tourner de ciné-clubs en associations pour n’être reconnus publiquement que beaucoup plus tard et encore, du coin des lèvres. C’est que leur engagement avec le cinéma était tout autant un engagement politique fondé sur ce simple postulat : Voir avant de savoir.

Vautier est encore adolescent lorsqu’il prend le maquis durant la seconde guerre mondiale, les bouquins d’Eluard dans la poche. Ensuite, après l’Idhec, l’école de cinéma française où il croisera par exemple Alain Resnais, il part en Afrique Occidentale pour réaliser une commande de la ligue d’Enseignement qui deviendra Afrique 50, la voix d’un jeune type de 21 ans menacé par la police qui lui a volé le texte de sa voix off, la voix d’un jeune type en colère qui veut faire un film avec les 6 bobines qui restent de la saisie de sa pellicule par les autorités. Ce sera le premier film anticolonial de l’histoire et il mènera le cinéaste à la prison.

Afrique 50 pour lequel en 1997, il reçoit cette lettre du Ministère français des Affaires Etrangères : On vous offre une copie du film interdit il y a 46 ans, qui vous a valu un an de prison à cette époque, et diffusé maintenant dans plus de 50 pays étrangers, sous l’égide de notre ministère. Une commission a décrété qu’il était utile pour le prestige de la France de montrer, par ce film, que dans les années 50, il existait dans notre pays un sentiment anticolonialiste prononcé.

Vautier a réalisé plusieurs films autour de l’Afrique et c’est quelques-uns de ceux-ci que nous avons choisi de vous montrer lors de la première partie de la soirée, à 18h30.

Afrique 50 (1951) donc mais également Le glas (1970) film court qui mélange peintures africaines et détournement de l’image de la Reine d’Angleterre en pleine période d’Apartheid pour constituer un poème visuel sur les victimes de l’histoire.

Enfin, des extraits de Peuple en marche (1962), premières images tournées au lendemain de la guerre par les cinéastes algériens formés par le cinéaste au Centre Audiovisuel d’Alger, permettra un dialogue avec Algérie en flammes (1958), film de Vautier reconnu par les Algériens comme le leur mais qui vaudra quand même à son auteur de se retrouver pour la seconde fois en prison. Point de vue du dehors et point de vue du dedans.

A 21h30, nous projetterons Avoir 20 ans dans les Aurès (1972), faisant partie du versant fiction de Vautier et qui se révèle une expérience pour des jeunes types engagés dans l’aventure, Bretons tout comme le cinéaste, et plongés dans le désert algérien des Aurès. C’est le lieutenant Perrin qui dans le récit les initie à la guerre comme mécanique et expose comment l’espace forme les hommes et comment la guerre demande de survivre et sauver sa peau. Au tournant du film, un soldat délivre un prisonnier algérien pour s’enfuir à ses côtés. Ce qui revient à réintroduire du choix, passer par l’autre et l’enfoncement dans son territoire, vraie rencontre avec un peuple et une culture, au risque même de la mort.

René Vautier sera des nôtres le 18 mars pour nous parler en définitive de l’engagement joyeux de faire des films malgré les censeurs, la guerre, la prison et les flics dans les manifs. Pour le dire avec ses propres mots, choisir le camp de la caméra et en faire une arme au sens figuré comme un sens propre.

La soirée sera animée par Des Images et Jérôme Laffont, collaborateur à la revue « View » et cinéaste actuellement au travail sur un portrait de René Vautier.

A bientôt, j’espère.

Emmanuel Massart

 Programme d’Images Sauvages n°5
 Biographie de René Vautier
 René Vautier à propos de la transmission

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