Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

(pointeur vers le haut pour revenir à la page)

Accueil du site / Geste cinématographique / Nouvelle tentative de nous décrire / Nouvelle tentative de nous décrire n°02

Articles associés

Autres articles dans cette rubrique

Recherche

Chers amis,

Le 29 mars dernier, à Bruxelles, dans la salle de projection de l’Insas tout d’abord, ensuite à l’étage d’un bistrot « fumeurs admis » proche de la Porte de Namur, un groupe de travail s’est constitué. Il réunit un grand nombre d’étudiants de l’école, mais pas seulement ; en sont membres également des personnes venues d’autres horizons : cinéastes indépendants, techniciens, praticiens autodidactes du cinéma, étudiants d’autres établissements, spectateurs découragés par ce qu’ils voient d’ordinaire dans les salles, quant bien même arboreraient-elles le label « art et essai ». Lassés de ce cinéma « code-barre » - qui nous regarde si peu - comme des petits rots de la consommation culturelle, ceux qui composent ce groupe, ouvert à tous sans droit d’entrée et ne demandant qu’à s’élargir, se sont donnés trois objectifs :

- Réfléchir conjointement les images et le monde contemporains, les unes par rapport à l’autre, dans leur interaction, à partir de notre bien commun, le cinéma.

- Relancer la réflexion sur celui-ci au départ du geste documentaire qui le fonde, de ce qui arrive toujours quand on filme/parce qu’on filme et qu’on ne connaissait pas au préalable, venant régulièrement modifier tout ce qu’on avait préparé ; repartir de la relation inédite qui s’instaure alors entre filmeurs et filmés et dont les traces nous parviennent devant un écran, comme une rencontre. Ou si l’on préfère, penser le cinéma loin de ses fastes et de sa pompe, mais sur son versant le plus démuni ; penser non le cinéma de boulevard, mais le cinéma dans son plus simple appareil.

- Elaborer ensemble les outils, aujourd’hui inexistants, dont nous avons besoin pour penser le cinéma comme il advient lorsqu’il se conçoit hors des circuits traditionnels de formation, de production et de diffusion, autrement dit lorsqu’il s’évade du marché : pratique à présent majoritaire, en particulier dans le cinéma documentaire, ni souterraine ni marginale, mais ayant désormais pignon sur rue, et qui nous amène à parler d’un tiers-état du cinéma soufflant fort sur les braises d’une histoire du cinéma léger dont les opérateurs Lumière, Flaherty, Rouch, Rossellini, Deligny, Lehman, Perrault, Kramer, Gheerbrant, Comolli, Wang Bing ou les groupes Medvedkine furent quelques uns des pionniers.

La deuxième session de notre groupe de travail se tiendra comme promis ce prochain samedi 21 avril, de 10h à 12h30 et de 13h15 à 15h, dans la salle 35 de l’Insas (8 rue Thérésienne à Bruxelles, métro Porte de Namur) et vous y êtes naturellement les bienvenus. Si la séance du 29 mars se voulait encore programmatique, décrivant un contexte historique, émettant l’hypothèse d’un tiers-état du cinéma, celle de ce samedi nous mettra déjà à pied d’œuvre.

Notre méthode, certes empirique et modeste, sera celle que nous nous sommes fixés : d’abord voir ensemble, répertorier, décrire ces films inassimilables qui nous parviennent maintenant d’un peu partout, interroger leurs pratiques comme leur usage de la caméra, repérer les questions qu’ils nous posent, penser leurs conditions d’existence et notamment cet accord qu’ils ne cessent d’inventer entre leur projet esthétique et leur économie. Constituer ainsi, dans la rencontre avec eux, partant de notre expérience de spectateur, une documentation inédite où nous forgerons chemin faisant les outils de pensée qui nous manquent.

Trois films sont au menu de cette journée, accompagnés par leurs auteurs : le matin, Il y a encore de la lumière de Lydie Wisshaupt-Claudel, journal d’un voyage en Islande et lettre cinématographique portant les traces d’un nécessaire apprentissage de la solitude, et Le zoo, l’usine et la prison, d’Eve Duchemin et Jean-Pierre Griez, mélodrame prolétarien filmé comme une comédie musicale en forme de retour à Clabecq, haut lieu s’il en est de l’histoire ouvrière de Wallonie.

Roberto d’Orazzio, l’un des acteurs du film et symbole des luttes ouvrières de ces dernières années, par ailleurs fin connaisseur du néoralisme italien, nous fera l’honneur d’être des nôtres ; à 13 h 15, La Galerie de la mer de Philippe Van Cutsem, où l’on suit trois marcheurs légèrement décalés, arpentant les quartiers du Nord de Marseille en quête d’espace commun, s’inquiéter tout comme nous de ne jamais voir le bout du tunnel. Ayant personnellement collaboré à ce film - de l’intérieur comme acteur documentaire, de l’extérieur comme collaborateur au montage -, vous le présenter est aussi pour moi une manière de m’exposer à mon tour c’est-à-dire d’être avec vous sur un pied d’égalité.

Merci de bien vouloir faire circuler cette invitation à toute personne de votre entourage susceptible de trouver de l’intérêt à cette proposition. Merci aussi aux étudiants de bien vouloir assurer l’enregistrement sonore de cette séance.

A samedi

Patrick Leboutte

PS : retenez déjà dans votre agenda la date du 30 juin où nous nous offrons rien que pour nous, au café l’Aquilone à Liège (sa cour fleurie, ses débats au soleil, sa cuisine de la Méditerranée, sa salle de projection) une journée de projection et de réflexion en présence de quelques fameux invités.

Répondre à cet article