Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Accueil du site / Geste cinématographique / Nouvelle tentative de nous décrire / A propos de « Le zoo, l’usine et la prison », d’Eve Duchemin et Jean-Pierre Griez

J’ai pleuré à la fin du film Le Zoo, l’usine et la prison ce matin à l’Insas, pour trois raisons je crois : parce que la petite fille est vraiment super sur ce terril avec son cerf-volant (comme tout au long du film qu’elle irradie de sa bonne gueule, même quand elle peine à dire les mots des autres), parce que l’aventure sociale est vraiment belle, et surtout parce que cette même aventure ne parvient pas à dissimuler l’évident aveu du profond asservissement populaire à l’imagerie du capital de cette tentative de cinéma social que Patrick Leboutte pense être celle d’un ‘tiers état’, et du triste échec intrinsèque qu’elle véhicule.

Je pense à Afrique sur Seine où Paulin Vieyra, alors étudiant à l’IDHEC, pensait franchir une étape décisive dans la libération de l’Afrique colonisée en étant le premier noir africain à réaliser un petit film, alors que ses images exhibent comme le nez au milieu de la figure sa profonde soumission - et celle de ses pairs - au modèle colonial métropolitain.

Le Zoo, l’usine et la prison réunit avec zèle une imitation pauvre des ingrédients caractéristiques du téléfilm type de la ligne éditoriale qu’emploie actuellement Patrick de Carolis et sa sacro-sainte régie pub pour anéantir la télévision publique française sous une consensuelle flopée de produits audiovisuels mous. Il y a un peu de rap (mais gentil), une petite grève (mais gentille), un beau syndicaliste avec des bretelles, des petits enfants et des animaux, de l’espoir dans le modèle social, un monde plus juste et très manichéen donc décomplexifié, un happy end et un super long générique. Pour le coup, je manque d’oxygène. Et si la télévision ne veut pas du film, ce n’est à mon sentiment pas parce qu’il dérange, comme le prétendent les réalisateurs, mais plutôt parce qu’il ne parvient pas à copier avec une virtuosité suffisante la production dominante.

Malgré tout le respect et l’admiration que j’ai pour cette aventure, je ne parviens pas à comprendre ni pourquoi ni comment la reproduction de cette imagerie oppressive s’impose. Et cela m’attriste d’entendre opposer à cette remarque l’argument : pour faire passer notre propos auprès du public avec lequel on travaille, on a besoin de l’asséner un peu lourdement comme ça, sinon il ne comprend pas. Ah bon.

Quarante ans nous séparent de l’aventure des groupes Medvedkine. Ce qui me touche chez les compagnons de Georges Binetruy, c’est l’intelligence de la pensée de l’aventure cinéma au service d’un combat, la manière avec laquelle un groupe d’ouvriers s’empare d’un langage cinématographique, se l’approprie, le réinvente, le fait leur pour dire le monde. Bien sûr, il y avait Chris Marker et les autres. Mais ici, il n’y a pas d’aventure cinéma.

Peut-être que le cinéma du ‘tiers état’ d’aujourd’hui n’est plus là où il était en 1967. Peut-être faut-il se donner les moyens de le chercher ailleurs qu’après des syndicats, dans le pré-institutionnel tout de même subventionné. Le zoo, l’usine et la prison n’est pas une production de la rue. La révolution en cinéma aujourd’hui n’est peut-être pas là où on l’attend, sur ce chemin pavé de bonnes intentions où flottent les drapeaux rouges un peu poussiéreux de Che Guevara que papa a pourtant depuis longtemps rangés dans son garage et qui ne sortent que le premier mai.

Se donner les moyens de cette découverte et de ces travaux, auxquels je crois intimement, c’est à mon sentiment donner à voir des films, et non des lieux communs.

Amicalement,

Thibaut Wenger

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