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Accueil du site / Grands entretiens / GE n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux / 01 - Benoît Dervaux : arriver à « La devinière »

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Cet article fait partie du grand entretien n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux de la série des grands entretiens disponible dans la rubrique correspondante du site.

Comment es-tu arrivé à « La devinière » ?

Je suis arrivé là-bas parce qu’en fait, Michel, qui a ouvert « La devinière », possède une association , « L’espace roumain » et pour Gigi, Monica et… Bianca, qui était mon premier film, je n’arrivais pas à trouver de l’argent. Les commissions n’étaient pas du tout chaudes pour donner de l’argent pour un film sur les adolescents de rues en Roumanie. Ce n’était plus du tout à la mode (« Encore un film sur les enfants de rues… »). J’avais passé cinq mois là-bas, travaillant pour une ONG et ce travail était mon repérage pour le film. Je n’arrivais pas à trouver des producteurs ici donc et je voulais retourner là-bas pour tourner des images pour appuyer mon dossier mais je n’avais pas d’argent. Michel, rencontré par un tissu de relations établi en Roumanie, devait s’y rendre également. On est partis ensemble. C’est comme ça que j’ai découvert « La devinière ».

Au préalable, j’avais fait un film comme assistant pour Manu Bonmariage dans un hôpital psychiatrique à Dave, où là c’est vraiment l’hôpital tel qu’on l’imagine : grands corridors, fous qui se balancent dans des rocking-chairs… Quand je suis arrivé à « La devinière », ils m’ont pris par la main : « Viens, on va te montrer nos peintures, viens… ». Et là j’ai ressenti une formidable impulsion. Je me suis dit : « Ici, il faut faire un film. Je ne sais pas encore lequel mais il faut le faire ».

C’était en 1994 et j’ai commencé à tourner en 1998. Pendant quatre ans, j’y suis allé en me demandant : « Qu’est-ce que je vais faire ici ». J’avais envie mais je ne savais pas quoi, je ne savais pas quoi faire. Puis après, au bout de quatre ans j’ai écrit un dossier, les lignes s’établissaient et le film est venu.

Parce que moi je trouve, enfin c’est ma façon d’envisager les choses, que quand on est en documentaire, on peut écrire et réfléchir autant qu’on veut, après… C’est une vision d’esprit, l’écriture. Quand on est face au réel, il n’y a que ça qui compte. Parce qu’un film à faire est un film à venir. Le futur, par essence, nous échappe. Je n’ai donc pas fait le film que j’avais imaginé. Toute l’étape de l’écriture, par ailleurs nécessaire pour mûrir un projet, va parfois devoir être véritablement remise en cause pour sentir ce qui est en train de se passer. Parce que souvent, ce qui se passe au présent est beaucoup plus fort que ce qu’on a pu imaginer. C’est ce vers quoi on voudrait arriver. Et moi j’ai toujours cet état de remise en cause.

Par exemple, concrètement, dans la manière de travailler, j’ai tourné quatre mois et le projet initial était de tourner un mois par saison pour montrer la relation très étroite entre les gens de « La devinière » et le climat. Or, ce fut une année sans réelles saisons, c’est-à-dire qu’il a fait très doux l’hiver, il a plu l’été… J’ai dû complètement revoir ma manière de travailler. J’ai quand même tenu quatre mois.

Toute une série de choses, observées en repérage, étaient très construites, par exemple l’œuf… Parce que ça, c’est Jean-Claude. (un habitant de « La devinière », ndlr) Il fait tenir un œuf. C’est son truc, quoi… Je l’avais vu faire souvent. C’est mis en place, tourné de telle façon que j’ai choisi l’endroit où j’allais le filmer. Parallèlement à ça, il y a des choses qui sont complètement spontanées. Je donnais un plan de travail à mon assistant pour la journée : « On va filmer ça, ça, et ça », et parfois je faisais tout à fait autre chose, et lui reportait au lendemain ou plus tard encore ce qui n’avait pas été fait. Le film est un mélange de choses construites et d’improvisations.

Comment sont recrutés les gens de l’équipe de « La devinière » ?

Il y a plus ou moins deux employés par résident. Le principe de « La devinière », c’est qu’on est surtout là pour ne pas faire ce pour quoi on est engagé, c’est-à-dire que chacun doit investir le projet. C’est ça le principe de la psychothérapie institutionnelle : le tissu social reconstruit l’individu alors que le soignant stricto sensu est un intrus. On tente d’offrir là ce dont tout le monde rêve : avoir un chez soi. On tente d’amener un groupe de personnes dans un lieu qui va devenir le leur, qu’ils peuvent s’approprier. Et tout qui vient de l’extérieur est quelque part, pas un intrus, mais …

Une forme d’ingérence…

Voilà, il est en visite. Moi j’ai été accueilli quand j’ai fait ce film-là. Dès mon premier repérage, j’ai été accueilli. Mais je savais que je n’étais pas chez moi. Et que c’était un privilège pour moi de pouvoir y être et d’être accueilli. C’était une ligne de conduite.

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