Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Cet article fait partie du journal de travail de l’atelier Vues Liégeoises dans le quartier Sainte-Walburge commencé fin janvier 2008.

Vendredi 14 mars

Emmanuelle et moi nous rendons tranquillement dans le quartier afin de le faire découvrir à Cindy qui déflore à nos côtés l’endroit, et ainsi lui montrer deux, trois points stratégiques. De tout cela, il n’y a rien à en dire précisément qui ne soit déjà rendu compte dans ce journal de travail : Louise, le colombophile, le terril de la batterie, la rue des cotillages, le fond des Tawes, le parc de la Paix… Nous égrenons les étapes principales de nos différentes promenades à ce jour, insistant là où l’on sent qu’une présence se dessine, où la rencontre est possible et aussi justement, ce qui s’est déjà passé.

Dans cette marche, nous avons toutefois rencontré quelqu’un, rue Beiroua, une étroite voie asphaltée perpendiculaire au fond des Tawes et qui, via des escaliers, rejoint la rue des Glacis et la Citadelle. Un homme était assis sur ces marches, seul dans cette matinée un peu froide. Je l’ai d’abord repéré de dos, curieux de mettre un visage, curieux inconsciemment de savoir ce qui poussait là, quelqu’un, à s’asseoir et regarder tranquillement le paysage : la rue se frayant entre les prés occupés par les basses-cours, la colline des Tawes à l’horizon.

Cette posture immobile du regard, c’était déjà une manière de se mettre en cinéma. Un badaud s’arrête et cadre quelque chose de l’œil. Il n’y a pas l’appareil caméra, il y a un même imaginaire pourtant.

Il s’appelle Marc, habite le quartier depuis 30 ans, faisant de lui l’un des plus anciens habitants du fond des Tawes, viscéralement accroché au lieu. Son père et son grand-père y était déjà. Et ce dernier a combattu dans la résistance aux côtés de Walthère Dewé, à qui la chapelle construite rue Coupée, visible depuis le fond des Tawes, est dédiée. Nous parlons des animaux présents dans les prés nous entourant. Il y a des autruches là-bas, vous savez.

Marc a le sourire accueillant malgré la présence saugrenue de notre groupe, bizarrement étalé sur tout l’escalier, hésitant entre parole et reprise de notre chemin. La conversation dure, je le relance au fur et à mesure, prenant confiance dans l’échange. Nous vivons en direct cette fameuse incertitude des mots, alors que nous ne savons pas vers où nous allons même si nous connaissons la raison de notre présence. A force, le quartier devient un espace dédié à ces rencontres occasionnelles, une zone sensible pour moi où je ne me vois plus croiser l’inconnu sans le saluer. Ainsi de Marc.

Nous finissons par lui conter qui nous sommes et lui proposer de faire partie du projet, d’accueillir une caméra chez lui. A mon grand étonnement, il répond positivement, sans l’ombre d’une hésitation. Il nous ouvre quelque chose d’inattendu, quelque chose de bien plus grand que cette simple discussion sur les marches de la rue Beiroua. A quoi ça tient, tout ça ? Je n’ai même jamais appuyé sur un bouton d’appareil photo. A quoi ça tient ? Je n’en sais rien. On s’en va avec une adresse griffonnée sur un ticket de train et une heure. On y viendra. On ne viendra pas les mains vides. On verra bien.

Emmanuel Massart

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