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Cet article fait partie du journal de travail de l’atelier Vues Liégeoises dans le quartier Sainte-Walburge commencé fin janvier 2008.

Vendredi 22 février

Le parc de la Paix nous enthousiasme suffisamment, Laurent et moi, que pour y emmener Emmanuelle. Nous y venons par le haut, contournant le chantier rue de Campine. Un premier terre-plein, un second, un troisième et ensuite, l’enfilade de zigzags pour descendre tranquillement la colline de Sainte-Walburge, côté centre.

Une jeune femme plus bas promène son chien. J’engage la discussion de manière peut-être trop intrusive : Vous habitez dans le quartier ? Je sens qu’elle hésite devant moi, remarquant que nous sommes trois et Laurent d’approcher, écouteurs sur la tête. Elle finit par lâcher qu’elle est arrivée ici depuis peu, poussée par le prix du logement trop élevé ailleurs, signe que le quartier agit comme relégation à ses yeux.

Je me rends compte que ma question suivante laisse l’image du journaliste de terrain venu recueillir quelques témoignages brefs autour des grandes questions de société. Comment est la vie de quartier ? Le micro de Laurent et ma question jouent à plein. Elle fait un pas de côté, pose sa voix comme la porte-parole d’un comité imaginaire : - Beaucoup de drogués, l’insécurité. Je n’oserais pas sortir de chez moi, le soir. - C’est triste de déménager et d’en arriver si vite à cette conclusion. Je n’ai pas eu l’esprit de lui demander si elle avait observé ces choses concrètement. J’ai la sensation que nous jouons avec le maillot de Bel RTL, aujourd’hui.

Je suis à court de mots et la dame ne relancera pas la conversation elle-même. Nous nous saluons.

Nous arrivons en bas du parc, dépassons la plaine de jeu rue Jean Haust et remarquons une mère qui appelle inlassablement son rejeton affairé au pied d’un arbre de la plaine. Exaspérée, elle claque la porte de la maison. Le gosse revient tranquillement avant de planter violemment ses baskets dans la porte, excédé. La scène a quelque chose de surréaliste devant l’écho silencieux du parc. Plus loin, une dame âgée me sourit tranquillement. L’envie est là de lui parler mais notre dispositif à trois me retient. Le parc a un je ne sais quoi de mystérieux à force d’y croiser ces quelques gens faussement tranquilles alors qu’ils pourraient nous être invisibles 800 mètres plus loin, du côté de la Citadelle, envers touristique du parc de la Paix diluant chacun dans la masse, cartes et appareils photo tournés vers le centre.

Je me sens aimanté parce qu’ici, on sent le quartier.

Véronica, la première à accueillir une caméra chez elle pour notre projet, me confiera quelques jours plus tard que le parc avait été décidé par l’échevin Lejeune fin des années 70, responsable entre autres de la percée d’autoroute jusque Saint-Lambert alors que la voiture était reine et que les quartiers populaires paraissaient un archaïsme. Le parc a été construit à l’époque de l’arrivée d’Ecolo dans la majorité au début des années 80. Ernst, échevine écolo, avait le dossier en charge. Les gens du quartier, avaient chacun planté un arbre différent, un arbre de leur pays, faisant de l’endroit une curiosité pour sa flore. Depuis, nombre d’arbres ont disparu, arrachés par certains car précieux. Il en reste encore quantité malgré tout.

Le parc avait été prévu avec des jets d’eau, de manière assez dispendieuse, mais les caisses publiques asséchées des années 80 avaient fini par laisser ces aménagements à l’abandon. C’est de cette époque que datent les trois paliers pavés, en haut du parc, faits à la va-vite. Véronica a terminé en me disant qu’en-dessous des allées demeurent des galeries houillères datant du charbonnage du 17ème (Savary qui a donné son nom au Thiers jouxtant le parc était un maître houiller) et que l’eau s’écoulant dans le sol fait un bruit étonnant pour qui sait écouter, car le sous-sol est creux par endroits.

Enfin, en face de chez elle - Thiers Savary donc -, une zone un peu sauvage représente en fait un jardin communautaire concédé aux habitants mais laissé sans soin aujourd’hui.

Nous n’avons plus fait de prise son. Nous n’avons plus taillé de bavette avec un passant ou l’autre. Nous avons repiqué de l’autre côté de la colline pour aboutir vieille voie de Tongres et envisager la ferme aux enfants dédiée à la marmaille du quartier. Quelqu’un avait l’air de passer la serpillère derrière la porte mais notre coup de sonnette n’y a rien fait.

Il fait froid, le temps nous use. On est rentrés.

Emmanuel Massart

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