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Accueil du site / Geste quotidien / Quartier de Sainte-Walburge : journal de travail / Page 04 : Découverte du parc de la Paix

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Cet article fait partie du journal de travail de l’atelier Vues Liégeoises dans le quartier Sainte-Walburge commencé fin janvier 2008.

Vendredi 15 février

Aux escaliers de Thier Savary, les maisons mitoyennes rythment leurs briques rouges monotones jusqu’en bas. Volets baissés le plus souvent. Remontant la rue Jean Haust afin de regravir la colline jusqu’à la rue Sainte-Walburge, j’ai l’œil attiré assez vite par un terrain de mini-foot un peu en retrait de la voirie, sur un terre-plein annonçant la côte même. Pas de poésie sans terrain de foot. Et celui-ci n’a pas de lignes tracées fermement mais demeure un espace vague, râpé par les gens du coin, traces de pieds dans l’herbe disparue au devant des goals. Cela s’annonce bien.

Faustine et Black

Derrière le terrain, je découvre un sentier à même la terre battue jusqu’à un premier plat, un chemin longeant la colline, et plus haut, d’autres saillies du même ordre, anneaux scandant l’endroit. J’ai ainsi l’espoir d’arriver derrière les maisons, longer des jardins particuliers. Une dame, la cinquantaine, calme son chien à mon passage. J’avise la bête. Vous ne devez pas à voir peur. Quand il ne connaît pas, il se méfie. Tendez la main. Non, la paume. Il va vous renifler. Je vois ma vie défiler d’un trait. Le berger allemand, heureusement, se calme. Nous discutons. J’apprends que nous sommes parc de la Paix. La dame habite rue de Campine, en haut du parc. Elle préfère Naimette pour promener son cabot mais l’endroit ne la déplaît pas non plus. – C’est Sainte-Walburge, ici ? – C’est Sainte-Walburge, ici. Elle me questionne à son tour. Je viens de chez ma copine et préfère venir par ici plutôt que descendre vers le centre. Elle sourit, désigne son chien de l’œil : Elle s’appelle Faustine.

Je remonte le chemin et me retourne quelques mètres plus haut, découvrant le spectacle du soleil croisant Saint-Martin et vibrant de la cité entière. Etonnant ce parc que je ne connaissais pas ou, plus sûrement, que je ne soupçonnais pas, sorte de travées enrobant le spectacle de la ville au loin. Lieu sauvage et désert, un des plus beaux parcs jamais vu, dans sa simplicité, dans son évidence de la ville si proche et si loin. Quelque chose qui ne s’épuise pas, laissé libre des politiques urbaines prêtes à planter un parterre de fleurs pour désigner l’endroit aux passants avides d’aménagements. Il y a trop peu. Il y a beaucoup.

Je tombe sur un cul-de-sac, rebrousse chemin, m’engage vers un type au regard vaseux, capuche blanche sur son training, occupé à faire asseoir son chien depuis 5 minutes. - Ca va, je ne risque rien ? – Il y a deux semaines, ce n’aurait pas été possible mais maintenant, elle est calme. On parle des lieux où il peut la lâcher, au contraire de la Citadelle et de tous ces touristes : On a de la chance d’avoir ce parc, tout près de la ville. C’est un peu la campagne. Il regarde, fier, son malinois : J’en ai besoin pour mon boulot. Il suit une formation pour devenir gardien, habite également rue de Campine, parle volubile de son chien, de sa lignée et du nécessaire dressage pour cette race, caractérielle. Il sourit. - Il s’appelle Black. – Belle bête. – Merci. Tire un coup sur sa cigarette, fier : C’est ce que tout le monde me dit.

Je pense aux 101 dalmatiens, à la rencontre dans un parc des deux maîtres via leur fidèle compagnon respectif.

Plus tard, une femme en fourrure, accent indéfinissable me demande, en baissant la vitre de sa voiture, avenue Hugo, comment on descend vers le centre. Je note l’église Sainte-Walburge, affiche « ouverte » sur la porte. Intérieur dépouillé des édifices religieux récents. Personne. Je pense au prêtre qui pourrait un jour nous aider. « Venez me voir après l’office » indique sa porte. Y a-t-il beaucoup de gens qui viennent aux offices ? Derrière l’église, sur le côté, une jeune fille griffonne sur une feuille. - Vous faites une enquête ? – Non, je travaille pour Belgique-Loisirs. Devant elle, le clos Servarius, que je n’avais jamais remarqué jusqu’ici, enfilement de maisons annoncées par un jardinet.

Elle s’avance vers la première porte de l’enfilade. – Je peux me joindre à vous, juste par curiosité de voir comment les gens réagissent ? – Vous savez, j’ai peur d’avoir un problème. Je suis encore en période de stage. Je la laisse derrière moi, remarque un autocollant du PC sur une barrière plus loin, revient sur mes pas assez vite – il n’y a que quelques maisons aux briques noircies – pour demander comment fut le premier visité. Il est écolo et ne veut pas entendre parler de catalogue papier. Je lui souhaite bon courage, reprend le long de l’école Justin Bloom.

J’aimerais aller cette fois encore jusqu’au terril de la Batterie, saisir dans les sons résonants au sein de la dépression, toute l’amplitude de l’espace qui monte jusque Thier-à-Liège. J’avise le temps qui me reste, trop bref. Je prends rue de Vottem, note au 76 un panneau indiquant une porte de garage où l’entrée de service est demeurée ouverte. Je découvre là derrière une vieille maison, briques coupées à même la fondation, comme extraite d’une série d’autres à présent disparues. Personne. Le jardin descend vers une cabane plutôt neuve une dizaine de mètres plus loin, faisant buter sur son flanc d’autres jardins, attachés aux maisons de la rue. Le point de vue des jardins, propres à ces quartiers de Liège vallonnés où l’on peut voir loin. J’en reste là, curieux de l’endroit, abandonné. Pas de sonnette, rien qui n’indique une présence.

Je repasse impasse de Vottem et rue des cotillages. Pas de colombophile, pas de Louise. Je réfléchis au futur enjeu qui se posera quand je reverrai l’un ou l’autre déjà croisé. Me reconnaîtra-t-il ? Parlerons-nous ? En dirai-je plus sur les raisons lentes de nos balades ? Aujourd’hui, j’ai choisi d’être un simple passant, ne rien dire d’une association qui s’intéresserait… Je sens bien à un certain recul de mes interlocuteurs qu’il apparaît trop tôt pour y aller. Je prends du plaisir de toute façon à être là, simplement là. Et le temps, aujourd’hui encore, me fait signe.

En haut de la rue de la Chaîne, je demande à un vieil homme pourquoi la maison en face de nous s’appelle : « Mon rêve ». Il se tourne, ne peut répondre. Vous savez, je ne suis pas d’ici. J’attends ma fille qui déménage en haut de la rue. Au fond, on aperçoit le terril de la Batterie. Je viens des Guillemins et c’est vrai que j’aime marcher. J’irai jeter un œil au quartier. Ca a l’air boisé, là-bas. On parle de Flémalle, des Trixhes. De la Provence à Liège. Je coupe à travers le parc, rentre chez moi. Pourvu qu’il fasse encore bon.

Emmanuel Massart

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