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Accueil du site / Grands entretiens / GE n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux / 03 - Benoît Dervaux : sortir du champ de la caméra

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Cet article fait partie du grand entretien n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux de la série des grands entretiens disponible dans la rubrique correspondante du site.

Tu dis que ton regard s’est construit au fil du temps… Dans l’autre sens, les résidents t’ont-ils accepté d’emblée ?

Avant de prendre des images j’étais simplement une personne. Je n’ai d’ailleurs pas sorti la caméra tout de suite bien qu’ils n’aient aucun problème avec ça. Bien au contraire…. La première fois que Michel a eu la possibilité de demander quelque chose grâce au don du Rotary ou du Lion’s, il a répondu : « je veux une super 8. » C’est d’ailleurs ses images qui ouvrent le film.

Dès le départ, la caméra faisait partie intégrante du lieu, élément pouvant reconstruire une mémoire. Parce que quand on a 15 ans et que l’on a déjà fait 20 établissements, on n’a plus de mémoire. Dans la mesure où ce lieu devient petit à petit le leur, une mémoire doit pouvoir s’y élaborer. Ainsi se succèdent les fêtes : Noël, Pâques, Saint-Nicolas,… Ce sont des évènements réglés par le calendrier qui contribuent à reconstruire une histoire. Donc la caméra n’a jamais posé aucun problème. C’est la façon dont on filme qui a pu poser problème.

Ils acquièrent un univers personnel là-bas : des photos, des choses comme ça ? Y a-t-il des albums d’eux plus jeunes ?

Oui, énormément de photos, des images. Egalement des peintures, des œuvres. J’ai ainsi organisé une exposition à l’Albertine à Bruxelles avec eux. L’envie de faire cette expo est née quand j’ai découvert ces milliers de peintures. Le patrimoine là-bas est énorme.

Mais pour revenir au tournage, je voulais en fait filmer l’arrivée de Stéphanie. L’hôpital psychiatrique où elle était cherchait à tout prix à s’en séparer parce qu’elle posait beaucoup de problèmes. J’ai introduit une demande d’autorisation de tournage, refusée par le comité d’éthique de l’hôpital parce qu’il considère qu’une personne n’ayant pas la faculté de formuler verbalement un accord ne pouvait pas me donner cette autorisation. Même si l’on peut envisager les choses autrement, je considère que filmer quelqu’un participe à un processus de valorisation. J’étais très amer parce que je voulais justement montrer qu’un établissement comme « La devinière » sert d’alternative là où la psychiatrie classique se révèle un échec.

Il y a peut-être moyen de formuler autrement que verbalement un refus ou un assentiment ?

Zacharias, lui, adore être filmé. (C’est le personnage dansant au milieu du film, notamment) Zacharias le jour où il n’avait pas envie d’être filmé, il sortait du champ. Et si je faisais un pano pour le suivre, il faisait un pas de côté. Sortir du champ, c’est vraiment montrer à quel point ils intègrent ce que c’est qu’une image et un cadrage. Parce que cadrer est une décision de montrer telle portion de la réalité. Et sortir du champ, ça veut dire qu’il a tout compris, qu’il a compris ce que c’était que filmer. Donc oui, il peut formuler. Il y a donc de l’hypocrisie à avancer que quelqu’un n’a pas la possibilité de dire s’il a, ou non, l’envie d’être filmé…

Tu leur as montré le film ?

Oui. Ce sont les premiers à l’avoir vu.

Et leur réaction ?

C’était une fête. Le film ce soir était une copie vidéo. Mais il a eu une sortie en salle et donc quand le film est sorti du labo, on a loué un cinéma à Charleroi et on a fait une projection avec une fête après, et c’était bon… Par exemple, Zacharias se voit au début du film en super 8, hirsute, et il était à côté de moi et il me dit : « oh, un enfant autiste ! » C’est le genre de truc qui fusait en permanence.

Comment Jean-Claude a-t-il accueilli le film ?

Très bien. Il y a eu un instant de silence quand il est chez sa mère parce que c’est un moment assez fort. Mais il était très content. Il riait beaucoup de lui. Ça aussi, c’est formidable ! Parce qu’à nos yeux, la maladie mentale est une souffrance telle… Quand ils arrivent à rire d’eux-mêmes… C’est une chose que nous n’arrivons pas à faire assez souvent nous-mêmes… Rire de notre malheur…

Mais, au cours du processus, tu ne leur montrais pas d’image ?

Non. Moi-même, je regarde très peu en tournage. Je regarde quasiment pas mes rushes. Je donne un petit coup de sonde de temps à autre pour voir s’il n’y a pas de problème. Mais je déteste ce que je fais quand je suis en train de le faire. Je ne suis pas content. C’est seulement avec le recul que je me dis que ça va, que ce n’est pas mal. Sinon, en tournage, je ne regarde pas souvent mes rushes. Donc je ne les montre pas non plus.

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