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Accueil du site / Grands entretiens / GE n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux / 04 - Benoît Dervaux : le principe de « La devinière »

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Cet article fait partie du grand entretien n°01 - le cinéaste Benoît Dervaux de la série des grands entretiens disponible dans la rubrique correspondante du site.

Tu as gardé des contacts avec eux ? Tu es retourné là-bas depuis ?

Oui, j’y vais au moins deux fois par an. Chaque année, il y a les fêtes de la Saint-Jean, où l’on fait un énorme feu dans la prairie à l’arrière du bâtiment. C’est quelque chose que le film ne montre pas tellement parce qu’on ne peut pas tout montrer. Je voulais de toute façon une unité de lieu. Dans les faits, « La devinière » a beaucoup de contacts avec l’extérieur. Et à la Saint-Jean reviennent tous les gens qui ont travaillé là ou qui ont côtoyé l’endroit comme les familles. j’y retourne également à la Saint-Nicolas où il y avait 160 personnes cette année. Saint-Nicolas vient, il distribue des jouets.

Comment le coût des résidents est pris en charge ? Doivent-ils payer leur séjour ?

Non, c’est un établissement subventionné par l’AWIPH (l’Agence Wallonne pour l’Intégration des Personnes Handicapées, ndlr), qui dépend de la Région Wallonne. Et il faut savoir que, par rapport à un hôpital, qui lui est subventionné par l’INAMI, ils reçoivent huit fois moins. D’où l’aspect fort déglingué du lieu. Mais depuis le film et grâce en partie à lui, ils ont gagné une reconnaissance. Les gens se sont dit : « Oui, ça fait quand même 25 ans qu’ils s’occupent des mêmes personnes, ces gens-là n’ont plus quitté l’établissement donc c’est quand même un peu sérieux… » Cette reconnaissance a gagné la France où le film est sorti, soutenu par des circuits de distribution.

Il y a un énorme problème de psychiatrie en France parce que ce genre d’établissement n’existe absolument pas. « La devinière » a suscité un intérêt réel là-bas.

En Belgique, c’est le seul endroit j’imagine… Ou un des seuls…

Non, il y a beaucoup d’endroits en Belgique. Mais c’est le seul endroit de cet ordre, qui accueille les gens toute l’année.

Combien de personnes maximum est-ce qu’ils peuvent accueillir ?

Là ils sont 25. Et pour accueillir d’autres personnes, il faut des nouveaux lits, il faut des travaux, il faut engager du personnel. Donc ils ne peuvent pas accueillir trop de gens. C’est aller au suicide que d’accueillir trop de gens.

De toute façon il vaut mieux démultiplier ce genre d’expérience que d’essayer de l’élargir, non ?

Oui ou alors il faut faire autre chose. Il ne faut pas faire la même chose ailleurs parce que ça ne marche pas. « La devinière » peut être rattaché à la mouvance de Fernand Deligny.

Oui sauf que ça n’existe plus je pense…

L’expérience de Deligny ? Non.

C’est quand même très ponctuel…

Il y a aussi « Le coral » dans le Gard. (Lieu de vie en autogestion accueillant des personnes en difficulté sociale ou psychologique, créé par l’éducateur Claude Sigala ndlr) Il y a la clinique de La borde dans le Loir-et-Cher, où Nicolas Philibert a fait son film La Moindre des choses. Ce n’est pas un hôpital psychiatrique mais c’est la même mouvance psychiatrique. Et Michel, qui a fait « La devinière », dit toujours « Il ne faut pas faire « La devinière » ailleurs, il faut faire autre chose, il faut créer d’autres projets, des alternatives. »

Il a une formation de psy ?

Psychologue oui.

Il est assez paternaliste non, avec certains ? Enfin je veux dire qu’on ressent fort qu’il représente…

Oui mais pour les besoins du film, j’avais vraiment besoin qu’il soit là. Dans la réalité il y est beaucoup moins.

Je n’ai pas trouvé pour ma part qu’il était paternaliste… Il touche quelque chose, je trouve. Il laisse exister les gens très fort, avec ce qu’ils sont. Il leur laisse le temps de laisser vivre ce qui vient en eux.

Le principe était : « Voilà, tu as ta folie. Tu as tes symptômes. On ne fait pas attention aux symptômes. Tu cries ? tu cries. Moi, ce langage-là ne m’intéresse pas… Si tu veux créer un autre langage, prends le temps nécessaire. Si tu ne veux pas, ne le fais pas. Mais ça ne m’intéresse pas. Tu peux crier, vivre ta folie comme tu veux : tu es libre. » C’est éprouvant les cris.

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