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Accueil du site / Geste cinématographique / Le cinéma de Paul Meyer / Rencontrer Paul Meyer à 15 ans - Lettre de Christiane Perret-By

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A la mort du cinéaste Paul Meyer et notant le silence des médias belges, j’avais écrit au journaliste de Libération, Edouard Waintrop, espérant qu’il puisse répercuter la nouvelle sur son blog. Ce dernier avait publié mon mail, suscitant la réaction sous forme d’hommage de Christiane Perret-By, figurante dans La fleur maigre, à peine âgée de 15 ans. J’avais repris ce bref mot sur notre site, y joignant une photographie de tournage. Christiane Perret-By est tombée il y a peu sur cette page, se remémorant dans une lettre adressée à nous sa rencontre avec Paul. Nous avons demandé l’autorisation de publier cette lettre. La voici, à la suite de l’hommage rendu sur le blog de Libération.

Emmanuel Massart


Je viens d’apprendre la mort de quelqu’un qui a beaucoup compté pour moi.C’était la fin de cet été 1959.J’ai rencontré Paul Meyer qui m’a demandé de jouer dans « Déjà s’envole la fleur maigre » le rôle de la jeune fille qui invite Geppino à danser. Je n’avais pas encore 16 ans et il a du arracher avec beaucoup de diplomatie l’accord de mes grand-parents chez qui j’étais en vacances. Paul m’a alors expliqué le but qu’il poursuivait en réalisant ce film malgré les interdictions de l’Etat belge. Je peux dire sans exagérer qu’il a éveillé ma conscience politique. Je l’ai revu lors de projections en 1995 à Mons et en 2005 à Bobigny. C’est avec une grande tristesse au coeur que je vous confie ce témoignage. J’aimais beaucoup l’être humain et le personnage jusqu’au-boutiste qu’il était. Il m’a confié qu’il voulait terminer son dernier film avant de quitter ce monde. Hélas...Mais il nous reste le souvenir. C’est une grande joie pour moi de voir qu’il aura réussi à se faire reconnaitre, même si cette reconnaissance fut tardive. Adieu Paul...

Christiane Perret-by | le 05/10/2007 à 18:46
Commentaire sur le blog cinéma d’Edouard Waintrop
http://cinoque.blogs.liberation.fr/


Merci, pour la belle surprise que vous m’avez faite.

Je suis à la recherche de documents sur le film de Paul Meyer La fleur maigre. Par hasard, je suis tombée sur votre site et j’ai eu la bonne surprise d’y découvrir une photo de moi prise par Freddy Rents lors d’un essai avant le tournage. Mon regard était alors tourné vers Paul qui me taquinait joyeusement. Cette image ne fait pas partie de celles que l’ont peut voir dans le film. Elle est sans doute celle de moi que je préfère.

La mort de Paul est pour moi le signe d’un cycle qui se termine, comme si tout ceci s’était déroulé dans une vie antérieure. J’ai ressenti une grande peine et un grand vide lorsque j’ai lu sur le blog de Libération votre lettre si poignante. Je n’ai pu m’empêcher de m’y associer.

L’histoire que j’ai vécue à travers ce film est un peu surréaliste et pourrait être le sujet d’un roman, car je n’aurais jamais du me trouver à Jemappes cet été-là. Au moment de la guerre, ma mère avait fui l’occupation allemande et s’était réfugiée en zone libre où elle avait rencontré mon père, sculpteur lyonnais. A la libération, ils s’installèrent à Jemappes où j’ai vécu jusqu’à l’âge de quinze ans.

En janvier 1959, nous déménagions à Cannes, vieux rêve de mes parents. Suite à une dispute terrible avec eux, j’ai fait une fugue qui m’a conduite chez mes grands-parents maternels, purs produits du terroir borain. C’est donc fin août 1959 que ma route a croisé celle de Paul et que commence pour moi l’histoire de ce film qui devait alors s’appeler Les enfants du Borinage.

J’avais quinze ans et Paul quarante, j’étais très impressionnée par l’intelligence, la culture et la classe de cet homme, je sentais que c’était pour moi une grande chance de le rencontrer. J’étais très fière de l’intérêt qu’il semblait me porter.

Plus tard, en 1962, je suis allée assister à une projection privée du film en compagnie de Paul et de ma mère. J’étais très émue mais je me trouvais godiche et lourde ; je ne comprenais pas ce qu’il avait pu me trouver. Lui me disait qu’il voulait continuer à tourner avec moi, c’était un rêve éveillé. Hélas, les évènements ne lui ont pas permis de réaliser les projets qu’il avait en tête.

En 1963, au festival de Cannes, toute l’équipe du film me fit la surprise de débarquer chez moi, et ce fut une grande fête, car il rencontra un réel succès. Le représentant du ministère de l’Instruction Publique était présent, à mon grand étonnement. Ensuite ma route et celle de Paul se séparent et je n’entend plus parler de lui... Jusqu’en 1995, où j’apprends qu’il voudrait être entouré de ses « acteurs » restés en vie, pour la projection officielle de son film, à Mons. Comment y croire ? Quel étrange destin que le sien...

Ce film que je vois aujourd’hui avec une grande nostalgie, parle à mon cœur de nombreuses manières. Bien sûr, il fait partie de mon histoire, mais en dehors de ma modeste participation, je découvre un chef-d’œuvre que j’ai vu tourner dans des conditions artisanales qui défient l’imagination, avec des improvisations géniales. Et au-delà de tout cela : le message social auquel je suis si sensible et qui me restitue de manière douloureusement palpable mes racines minières et leur misère. L’aurais-je aussi bien compris ce message sans ma rencontre avec Paul ?

Sans doute, mais beaucoup plus tard et d’une autre manière...

Voilà, je pense que je vous aurai tout dit lorsque j’ajouterai que mon grand-père m’a raconté que petit garçon, il ramassait les morceaux de charbons sur les terrils, en compagnie de sa mère tandis que son père travaillait au fond de la mine. Ces récits ont toujours été très présents dans mon existence.

Bien cordialement.

Christiane Perret-By
Mardi 8 avril 2008

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