Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Le rapport que vous avez sous les yeux à présent et que j’espère vous voir saisir à pleines mains est le fruit d’un travail commencé pour moi il y a deux ans environ, dans le cadre du projet « Paroles de jeunes » développé par le Conseil d’Arrondissement de l’Aide à la Jeunesse de Verviers depuis plus longtemps encore.

J’ai été engagé sur ce projet avec un double positionnement : un travail préalable de terrain pour écouter, dialoguer, sentir les jeunes que je rencontrais lors d’animations, débats, voyages en collaboration avec nos partenaires. (AMO, Maisons de jeunes, écoles, mouvements de jeunesse,…) Je peux résumer stricto sensu ce premier temps comme « la récolte de la parole »… Cette récolte a été suivie d’un travail de réflexion afin de saisir le sens de ces mots : ce qu’ils disent et ce qu’ils cachent.

Cette double identité aboutit aujourd’hui au rapport « Paroles des jeunes », un point de vue sur la jeunesse et les questions qu’elle pose à la politique de prévention.

Il m’a fallu du temps pour tracer au travers des rencontres, d’abord avec les adultes partenaires puis avec des adolescents de tout horizon, un fil rouge suffisamment solide que pour ne pas me lâcher à la première contrariété, suffisamment souple que pour ne pas devoir plier les mots des adolescents aux idées, même les plus généreuses.

Le parti-pris de ce travail est de n’avoir jamais considéré les jeunes comme ceux et celles qui ont besoin de notre aide précisément pour avancer. J’ai au contraire envisagé ces ados – j’ai travaillé surtout sur la tranche âgée de l’adolescence – comme des acteurs dont l’intelligence ne se discute pas, parce qu’ils sont engagés tout entiers dans leur vie et que celle-ci les oblige tous les jours à se positionner.

Au fil du temps, je me suis déplacé des contenus – des thèmes de discussion comme l’écologie, la participation,… - vers les dynamiques de relation entre acteurs et faire apparaître là des relations inégalitaires entre adultes et jeunes. D’autres enjeux apparaissent dans la foulée comme la nécessité de nommer ce que l’on vit, prendre nos réalités « ici et maintenant » au sérieux et proposer des expériences plutôt que de poser des problématiques abstraites alourdies par des bonnes paroles formelles de la part de l’adulte. Ce sont quelques dimensions de la lecture de ce rapport que le lecteur pourra lire en tournant les pages.

Si vous désirez accéder directement à mes conclusions, je vous invite à lire le chapitre 6 « Relancer le processus égalitaire avec les jeunes » qui reviendra succinctement sur les observations des chapitres précédents avant de faire des propositions dans le cadre de situations concrètes et se clore par la présentation de la relation horizontale avec imaginaire, relation possible entre adultes et jeunes dans l’optique de projets de participation.

Avant ce chapitre, j’entame ce rapport en mêlant un ensemble conséquent de paroles mises en contexte – 96 pour être exact – avec mes réflexions autour des trois questions que le groupe de pilotage m’a demandé d’investiguer auprès des jeunes.

1. Qu’est-ce que je suis prêt à faire pour l’avenir de la planète ?
2. Vie affective et sexuelle, sujet complexe… tabou… mais
3. Des conseils de jeunes dans les écoles, les quartiers, les communes, les associations : je suis pour !

Entre ces trois questions et mes conclusions, vous pourrez retrouver avec le chapitre 5, « La culture des précédents », une reprise grandeur nature des idées soulevées dans le cadre de discussions suivies avec une cité sociale de l’arrondissement de Verviers, discussions dessinant une histoire concrète de jeunes de cités aujourd’hui.

Le dernier chapitre, « Qu’est-ce qu’une parole ? » peut être lu comme un mode d’emploi personnel – perfectible bien entendu – dans l’approche de ces jeunes via les institutions ainsi que la manière de lire ces torrents de mots que le travail de terrain ne manque pas d’appeler. Qu’est-ce qu’une parole ? était une question essentielle au jour le jour et je vous laisse ici mes notes.

Ce rapport se veut une boîte à outils et c’est pourquoi il peut être lu de différentes manières… L’on peut bien entendu suivre l’écriture page après page et effectuer une lecture complète.

Le lecteur peut aussi retrouver deux résumés au sein des chapitres abordant directement les trois questions posées plus haut, un intermédiaire au sein du texte même et un autre clôturant celui-ci. Ces résumés sont signalés par un liseré bleu afin d’être rapidement retrouvés. Les chapitres 5, 6 et 7 peuvent par la suite être lus de manière relativement autonome comme je l’ai indiqué plus haut.

Un plan des idées est disponible en annexe de cet ouvrage, suivi d’une brève définition des trois cercles moteurs dans le projet. (groupe de pilotage, groupe de base, groupe des partenaires) Il n’est pas interdit enfin de picorer au sein des paroles mises en exergue au fil des pages et d’ailleurs numérotées. Il vous est simplement demandé d’extraire les paroles avec précaution… Les mots sont une espèce rare et fragile.

Ajoutons enfin que chaque point des trois chapitres abordant nos questions s’ouvre sur un cadre orange soulignant une parole frappante ou une réflexion afin de dynamiser votre lecture.

Avant d’entrer à présent dans le vif du sujet, une série de notes et mises en garde m’apparaissent nécessaires pour le lecteur.

Dans le cadre de mes réflexions, j’ai fait appel à quelques auteurs de référence tout au long de ce rapport mais vous retrouverez peu de citations car je n’ai pas pour ambition de confronter le contenu de mes observations à toute la littérature existante ni poser des constats irréfutables. Mon but initial est de faire réfléchir le lecteur comme le travail de terrain a pu lui-même poser question aux jeunes rencontrés. A côté de ces notes, d’autres reprennent ma lecture quotidienne des médias afin de faire résonner le travail « ici et maintenant » avec ce que l’on peut croiser ailleurs.

Quant au choix d’un travail de terrain subjectif et de sa représentativité, quelques commentaires s’imposent. Un certain nombre d’enquêtes sondant la jeunesse actuelle s’appuie sur quantité de chiffres et statistiques comme moteur de réflexions ponctuant ces études. Le rapport que vous tenez en ce moment dans les mains ne peut et ne souhaite pas prétendre à ce type de travail quantitatif. Premièrement, parce que nous avons déjà réalisé un travail de ce type il y a un an, en collaboration avec l’AMO Le Cap de Verviers. [1]

Deuxièmement, s’agissant de paroles, les chiffres suivis de virgule ne paraissent pas efficaces. Cela ne rend pas un visage, une pratique du monde, une complexité et ce génie-là nous apparaît crucial à bien des égards, ne serait-ce que par respect pour ces jeunes avec qui nous travaillons. Nous en tenir à un questionnaire distribué tous azimuts escamoterait la chaleur d’un échange. Ce choix – je dirais même : cette conviction – permet de faire affleurer des réalités qui, même si elles ne peuvent être martelées concernant une majorité de jeunes, donnent à réfléchir. C’est l’un des buts principaux de ce rapport.

A la suite, ce rapport tient à se débarrasser de la volonté d’objectivité. Peu de chiffres, pas de constat posé une fois pour toutes. Tout ce qui est dit est le fruit d’une observation et de la réflexion y attenante. Si quelqu’un d’autre m’avait accompagné sur le terrain de ces rencontres, il aurait pu peut-être engager son travail vers d’autres horizons. L’avantage du parti-pris est de pouvoir se permettre d’avancer des pistes, hypothèses, sans devoir sans cesse les justifier a priori. Le lecteur aura sous ses yeux les paroles et situations qui sont à la base de la rédaction et pourra donc demeurer critique et renvoyer à son tour, son propre regard, subjectif et limité.

Cette subjectivité revendiquée ne doit pas laisser entendre que la place est nette pour un relativisme absolu. Tout ne se vaut pas. La force des hypothèses posées tiennent à l’acuité du regard et à la volonté de rassembler des moments vécus, aux raisonnements élaborés patiemment sur le fil des paroles entendues. Si un adolescent renvoie un sentiment particulier, cela peut suffire à mettre le travail de réflexion en route, quitte à l’affiner par la suite en entendant d’autres venir confirmer ou infirmer cette première parole. Tous ces mots entre les lèvres de ceux et celles rencontrés, ces réalités exprimées et ressenties dessinent des cohérences, des axes et pistes de réflexions.

Pour le dire plus concrètement, je me suis appuyé sur des gestes simples : observer, être à l’écoute, passer du temps avec les acteurs et enfin réfléchir avec eux. Cette façon d’aborder les jeunes via des partenaires accrochés au projet comme les écoles, AMO, Mouvements de jeunesse,… doit laisser percevoir un positionnement singulier en regard de ces partenaires et du projet lui-même : j’ai pu jouer le rôle d’électron libre, croisant les publics, venant du dehors et donc libéré de certaines stratégies propres au professeur, à l’animateur ou à l’éducateur aux côtés duquel j’ai pu me retrouver sporadiquement. Ce regard en diagonale sur ces adolescents a pu également enrichir la pratique des gens de terrain tout autant que leurs sentiments m’ont été précieux. Je tiens ici à leur rendre hommage.

Une dernière note concernant la visibilité des paroles issues de mes rencontres et reprises au fil des pages. Elles n’apparaissent jamais nues et laissées complètement à l’appréciation du lecteur. Elles font l’objet d’une mise en situation, devenant presque un fragment de journal personnel. C’est que ces paroles sont passées au travers d’un prisme subjectif et donc, il convient de ne pas se laisser emporter par la fougue trompeuse des mots quitte à donner la sensation de lire un roman. De mémoire, ce n’est jamais absolument ce qui a été dit et de plus, une certaine réplique dite contre un mur ou sur le fond d’une rue peut changer de sens. [2] Appelons cela une mise en garde.

Bonne lecture.

Emmanuel Massart

- La démarche « Paroles des jeunes »

notes:

[1] Jeunes en questions, une enquête du Centre d’Accompagnements et de Préventions de Verviers, en synergie avec le projet de Récolte de la Parole des Jeunes du Conseil d’Arrondissement de l’Aide à la Jeunesse, 2006

[2] Conférence donnée par le cinéaste Michelangelo Antonioni au Centre Sperimentale di Cinematografia de Ferrare, 1961.

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