Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

(pointeur vers le haut pour revenir à la page)

Accueil du site / L’association / Archives / La prévention jeunesse aux environs de Verviers / Le rapport de prévention générale « Paroles des jeunes » / Traduire le rapport sur le terrain : quelle relation éducative défendre ?

Autres articles dans cette rubrique

Recherche

EF
J’ai lu ce rapport par morceaux. Il est tellement riche et dense que cela mériterait de s’y replonger encore. Je n’ai pas l’impression aujourd’hui de maîtriser son contenu. Il y a beaucoup d’analyses, de décodages, d’interactions. Je n’ai pas été heurté par une idée ou l’autre, mais sur le terrain, en tant qu’éducateur ou enseignant, comment je peux traduire ce qui est écrit. Le travail se situe là à mon sens. Comment créer un cadre pour arriver à quelque chose ? Comment traduire concrètement cette idée d’égalité auprès des adultes encadrant si nous avons le souci de ce genre d’objectif. Les gens de terrain sont dans leur réalité, l’enseignant dans sa classe, il va avoir besoin de soutien pour rentrer dans quelque chose comme ceci. On y lit effectivement des pistes et ce serait nécessaire d’avoir des gens preneurs de ces possibilités mais il faut construire cela.

Si je reprends dans le rapport le chapitre 5, « La culture des précédents », l’analyse des évènements dans une cité. Les acteurs de cette cité, pas spécifiquement les jeunes, pouvaient-ils avoir cette analyse-là ? Je veux dire : ces gens qui œuvrent dans le social peuvent-ils dans leur quotidien en arriver là ? La position particulière de Manu, le recul et le regard, le travail de la parole, n’étaient-ils pas nécessaires pour faire émerger cette analyse ?

EM
La culture des précédents fait référence avant tout aux jeunes de la cité eux-mêmes. Ce n’est pas tout le monde qui a la culture des précédents face aux évènements. C’est quand les jeunes deviennent des acteurs, qu’ils lisent ce qui se passe, voient leur situation et élaborent des pistes pour toucher l’extérieur qu’ils mettent en place cette culture.

Si la cité met sur pied un village de Noël, cela va créer un appel de regards pour les habitants de la commune qui n’ont pas de raison de venir dans la cité. Ils viennent et ils accèdent à un nouveau type de relation avec les jeunes de la cité, qui n’est pas basé sur un problème préalable. Peut-être les gens de l’extérieur viennent avec une appréhension – le fameux sentiment d’insécurité – mais s’ils franchissent cette frontière invisible, ils se verront proposer une relation constructive. Dans ce sens-là, il y a effectivement précédent. Mais, cette réalité-là ne va pas se traduire forcément par un discours de la part des acteurs.

AM
Je pense que le rapport pose la question de la relation éducative, je crois que c’est un des éléments clés du rapport et du débat qu’on pourrait avoir. Quelle relation éducative veut-on promouvoir entre adultes et jeunes ? Et c’est vrai pour les parents qui sont aussi déstabilisés, c’est vrai pour les éducateurs, c’est vrai pour les travailleurs sociaux et c’est vrai pour les enseignants… Y a-t-il des lieux de débats, y a-t-il encore de grands débats par rapport à ça ?

JML
Je pense que oui, en tout cas, il y a de grand débatteur, des gens comme Ricardo Petrella ou Albert Jacquard et bien d’autres encore.

EM
Je ne pense pas qu’il y ait de grand débat parce qu’il y a des grands débatteurs. Ces grands débatteurs s’apparentent à la figure de l’expert. Quand je dis que le rapport est un travail de seconde main, cela signifie que des experts se sont déjà penchés sur les questions soulevées par le rapport… L’important est que les parents ne vont pas lire ce rapport. Ils vont se dire : Ce n’est pas pour moi. Alors qu’eux sont des acteurs. Petrella est sûrement parent mais il ne parle pas comme parent …

JML
Je parle de gens capables de traiter de la question.

AM
On en vient à des choses extrêmement simples… On entend dire de la part de directeurs d’établissement et d’enseignants : Nous sommes là uniquement pour transmettre du savoir. C’est un repli stratégique, une simplification et ce discours-là, je trouve qu’il est mis de plus en plus en avant.

Nous pourrions essayer de promouvoir ce débat de la relation éducative. Dans le contexte actuel, peut-on encore se permettre des positions de repli telles que celle-là et si c’est le cas, quelles sont les conséquences ? Moi, je vois que ça renforce les inégalités parce qu’il y a des catégories de gens, de jeunes pour qui cette transmission de savoir est quasiment la garantie d’occuper demain des postes-clés au sein de notre société, parce qu’ils seront en capacités de se tenir 8 heures sur une chaise sans bouger et d’écouter un prof qui va déverser un flot de connaissances et ce flot de connaissances, ce sont les connaissances sur lesquelles ils vont pouvoir s’appuyer demain pour occuper des postes cadres de notre future société. Et il y a toute une frange de la population qui n’est pas en capacité de faire ça. Donc la question de la relation éducative, elle n’est pas tellement éloignée de la question des inégalités que pose le rapport.

EM
Tout à fait et tout le monde s’en débarrasse. Si l’on prend les chauffeurs de bus par exemple, ce n’est pas leur boulot, la relation éducative. Leur boulot est de dire : S’il y a des jeunes qui posent problème, il faut les exclure…

JML
Dans toutes les écoles, il y a des acteurs de qualité, le problème c’est... Ici, nous sommes 5 ; nous sommes 5, pas 250… Et dans les écoles, c’est la même chose.

AM
Non seulement, nous sommes quelques-uns mais en plus, je ne suis pas sûr, moi, même avec un arrière-fond en tête que dans mes interventions, je suis toujours le plus performant et je ne suis pas sûr non plus qu’à travers toutes les actions que nous menons au sein d’une AMO, on est tout à fait en concordance avec …

EM
Sommes-nous structurés, c’est cela que tu veux dire ?


Groupe de pilotage « Paroles des jeunes »

Jean-Michel Lex
Président du Conseil d’Arrondissement de l’Aide à la Jeunesse et par ailleurs coordinateur environnement et développement durable à l’Institut Robert Schuman à Eupen

Elisabeth Fettweis
Responsable de la section de prévention générale du Service de l’Aide à la Jeunesse de Verviers et par ailleurs professeur en sciences sociales à l’ESAS de Liège

Alain Moreau
Directeur de l’Aide en Milieu Ouvert (AMO) « Le Cap » à Verviers, structure de prévention en communauté française

Luc Médart
Directeur de l’Aide en Milieu Ouvert (AMO) « Cap-sud » à Stavelot, structure de prévention en communauté française - absent lors de cette discussion

Emmanuel Massart
Auteur du rapport « Paroles de jeunes » 2007 et par ailleurs animateur de l’association « Des Images »

Invitée de la discussion :

Audrey Mathy
Educatrice fraîchement diplômée et nouvellement engagée par l’AMO « Le Cap » .

Répondre à cet article