Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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JML
Une des intuitions initiales du projet était de décloisonner les secteurs. Il y a des minorités de gens actifs autour des jeunes qui se posent ce type de questions, qui cherchent à mettre en place des stratégies mais qui s’ignorent un peu les uns les autres. Je suis intervenu récemment dans une journée à côté d’une association « Changements pour l’égalité ». (www.changement-egalite.be) Ils publiaient auparavant le journal « Echec à l’échec » par exemple. J’ai fait un exposé sur le développement durable et le CGE à propos de l’égalité. Une troisième personne représentant une association active dans l’empowerment (autonomisation, capacitation) abordait le travail effectué avec des exclus pour rendre la parole dans les structures locales, etc. Finalement, sans concertation préalable, nos trois discours se rejoignaient à propos de l’émancipation des jeunes. Nous avons donné des impulsions à la réflexion sur le rapport égalité/inégalité dans la relation éducative. Cela veut dire que ces questions, mises en lumière dans le rapport par Emmanuel, sont essentielles mais que nous devons trouver des alliances. Nous n’y arriverons pas avec l’arrondissement tout seul, avec nos maigres troupes.

EM
Quand tu parles d’alliance, tu parles avec des gens du secteur de la jeunesse ou au-delà ?

JML
Avec des gens au-delà du secteur de l’Aide à la Jeunesse. Entre le monde des travailleurs sociaux, des éducateurs et des enseignants par exemple. Mais aussi, du monde des animateurs en mouvements de jeunesse. Cela représente un nombre conséquent. Tous ces acteurs approchent les réalités socioculturelles, sociopolitiques avec leurs bagages, leurs formations, leurs itinéraires et ils ne se parlent pas ou trop peu. Face au défi de la jeunesse, on pédale dans la choucroute, on est dans des situations défensives par rapport aux visions sécuritaires.

EM
La vision sécuritaire, c’est rarement une vision intra-jeunesse. Elle provient plutôt de l’extérieur. Quand je pose la question d’alliances au-delà de la jeunesse, les trois exemples que tu me donnes demeurent dans le secteur de la jeunesse. J’étais récemment à la Fondation Roi Baudouin dans le cadre d’initiatives de quartier et j’ai pu rencontrer des associations, comités de quartiers, etc. Le comité de quartier Vennes-Fétinne par exemple dont l’un des enjeux est de pouvoir rassembler des habitants de longue date, plutôt âgés, avec la population étudiante, par nature plus éphémère. Ils sont là la semaine, non le week-end. Ils n’ont pas les mêmes heures et ne se définissent pas principalement comme Liégeois résidant dans 15 m2 mais comme venant d’ailleurs. Le week-end, ils disent ainsi : Je rentre chez moi, pour viser la maison parentale. Comment les amener sur le terrain du quartier ? est une question de ce comité. La distance est propice au sentiment d’insécurité chez les habitants de souche et cela commence simplement par le bruit : Les jeunes font du bruit.

JML
Tous les lieux qui portent et expérimentent des nouvelles formes de gouvernance, essentiellement chez les adultes, devraient nous intéresser. Cette problématique n’est pas exclusivement « jeunesse ». Le sentiment d’être débarqué de son univers, de son environnement, est un phénomène généralisé. Dans ce contexte, les jeunes sont eux stigmatisés… Il y a des actes violents dans le cadre d’un société qui vieillit. Mais la désaffiliation sociétale est d’abord un phénomène adulte.

Pour revenir à la déception vécue par Emmanuel lors des soirées de présentation publique du rapport, je ne suis pas surpris que le public présent tombe des nues.

EM
Ce qui me surprend justement est qu’il ne tombe pas des nues. Ceux qui vont recevoir véritablement le rapport sont peut-être ceux qui vont garder le silence, ne rien dire… Ils sont forcément moins visibles. Sinon, on part dans un débat qui après une demi heure devient autre chose. Ce n’est jamais dit comme ça mais : Il faut quand même les éduquer, ces jeunes ! On peut penser ce que l’on veut de tout cela. Mais, que je dise gris, blanc ou noir, je pense que les commentaires auraient été les mêmes pour un certain nombre de gens.

On parlait d’alliance et le rapport peut faire émerger ces alliances. Cela peut prendre du temps de le lire et de le croiser avec ses propres questions. Mais si l’on n’a pas de questions soi-même, on ne trouvera aucun intérêt à le lire et à se mettre autour de la table. Il faut se compter en définitive. J’ai, grâce au rapport, eu une discussion avec David Cornet de l’AMO « Latitude J » que je n’avais jamais eu jusqu’ici car le rapport agit comme un déclic : Tiens, on peut se dire ça.

JML
Je pense qu’ils sont tombés des nues mais dans le temps imparti et suivant la démarche choisie pour présenter ce rapport, la seule porte de sortie est de se raccrocher à ce que l’on sait, aux points de repères… C’est dommage mais c’est comme ça. La question est de savoir si nous allons trouver les moyens de continuer cette entreprise de déstabilisation dans les prochains mois.

AM
J’entends Manu dire qu’il va falloir se compter. Ceux avec qui on va travailler sont des gens qui sont convaincus, qui sont capables d’entendre ce discours politique qui je trouve était peu présent dans les soirées de présentation. Ce n’était pas suffisamment provocateur et à un moment, quand nous allons nous compter, il va falloir être provocateur et dire aux gens : Mais comment vous vous positionnez, vous, par rapport à ces notions ? Comment un directeur d’école peut, comme responsable d’une institution sur le marché de l’enseignement, d’une institution qui doit attirer un nombre d’élèves au moins aussi nombreux que l’année précédente parce qu’il y a des pressions des syndicats pour maintenir l’emploi, etc., comment un directeur d’école peut tenir un discours d’égalité au sein de son établissement alors qu’il peut faire fuir une partie de sa clientèle ? Tant que ces choses-là ne seront pas mises sur la table, ouvertement, on parlera la langue de bois.

JML
Oui, il faut pouvoir se compter pour lancer une démarche. Mais en même temps, on doit faire avancer les gens et donc l’idée est d’aller au-delà de ces alliances. Il faut faire tache d’huile. Il faut les deux. Dans la commission de prévention, certains sont à des années-lumière de ces idées.

AM
Faire tache d’huile oui, si nous sommes en capacité de le faire. Chacun à son niveau, travailleur de terrain ou directeur de service, doit pouvoir faire ce travail. Il ne le fera que s’il est capable de tenir un certain discours, d’affirmer des positions, de s’appuyer sur des concepts, des valeurs partagées. C’est un fameux boulot, en interne, au sein des services. Je prends l’exemple d’Audrey qui vient d’être engagée. (comme éducatrice d’AMO, n.d.l.r.) Demain, elle va se retrouver sur un terrain déterminé. Il va falloir défendre des positions. Il faut que le service l’aide à tenir ses positions, à défendre certaines idées. Nous, au sein de la commission, on doit apporter une pierre à cela. Après, on pourra aller plus loin. Mais pour cela, il faut savoir qui on a en face de soi. Il faut que les gens puissent se dévoiler.

Les inégalités sont de plus en plus acceptées dans la société, voire encouragées. Il est important de savoir que nous ne sommes pas seuls. Au « Cap », on est souvent en train de se dire qu’on est le village gaulois au milieu des Romains. Peut-être que finalement, on est pas tout seuls. Il faut pouvoir trouver ces endroits où l’on a un discours partagé.

JML
Mon point de vue est celui d’un type qui travaille au milieu de 150 adultes en milieu éducatif et qui rencontre toute la panoplie, de l’idéaliste téméraire à celui qui a complètement renoncé. Il faut faire avancer le bateau de toute façon. Acculer quelqu’un à dire ce qu’il pense, c’est utile. Mais jusqu’où ? Ayant fait ce travail, si un directeur d’école interdit l’accès à son école…

AM
Si tu ne sais pas qui tu as en face de toi, tu n’auras pas de bons arguments qui vont éventuellement l’infléchir.

EM
Le premier travail que j’ai fait en arrivant dans le projet était justement autour de cette question. Il y avait 30 personnes, 30 partenaires autour de la table mais qui sont-elles ? Que viennent-elles chercher ? Qu’y a-t-il en commun ? Sinon, on finit par tenir un discours très abstrait susceptible de réunir tout le monde mais qui masque les différences de positionnement.

EF
Entre hier et aujourd’hui, on a quelque chose pour rassembler des gens autour d’une table… On a un support d’analyse, de vision et la force du rapport est là. On peut se compter à partir de là, quoi faire et comment. La base était différente il y a trois ans.

JML
On vit dans une réalité, dans une société complexe, dans un univers socioculturel précis, un environnement précis, je ne suis pas un pur esprit, tu n’es pas un pur esprit, tu es confronté à plein de contradictions etc… Ca fait partie de notre vécu. Ensuite, que mettons nous en place pour rester conscients de nos choix et pouvoir les analyser ? Dans tous les lieux, des gens s’interrogent sur ces dimensions-là : le travail, l’émergence des générations futures. Le tout est de les rejoindre, de savoir comment on peut les rejoindre…

EM
C’est aussi ma question. Moi, je ne suis pas un spécialiste de l’éducation. Je viens ici avec un outil qui est le cinéma. Donc à un moment, une des questions c’est, comment moi je vais vous parler avec le cinéma pour avoir un discours intelligible et qui puisse vous servir. Si j’arrive ici, c’est au travers de ce glissement-là,… Les questions que je me pose avec le cinéma ne sont pas représentatives de ce milieu mais je perçois que ce sont les même questions que celles développées ici. Quand Patrick Leboutte, critique de cinéma, lit le rapport, il dit : Voilà, moi ça me renseigne sur ma pratique. Il ne fait pourtant pas de l’éducation telle que nous l’entendons ici… Comment ces gens, vont trouver un point au milieu, comment vont-ils se mettre en commun ?

EF
En mettant encore hier le nez dans le rapport, je réfléchissais à mes cours à l’ESAS… Comment pourrais-je tenir compte de ce que je lis et cela va passer par de l’expérimentation. Si tu es seule dans une équipe pédagogique à choisir cette optique…

JML
Ne sois pas pessimiste. Je suis persuadé qu’il existe à l’ESAS comme à l’institut R. Schuman ou dans n’importe quelle école, il existe, et c’est une question de stratégie personnelle, il existe des personnes attentives, inquiètes, en attente de … le tout est de trouver les mots, les circonstances, les moments, … pour signer des contrats, des alliances… et ça prend du temps… construire une équipe de gens sensibles à telle ou telle chose … Ca peut prendre 5 ans, ce travail.


Groupe de pilotage « Paroles des jeunes »

Jean-Michel Lex
Président du Conseil d’Arrondissement de l’Aide à la Jeunesse et par ailleurs coordinateur environnement et développement durable à l’Institut Robert Schuman à Eupen

Elisabeth Fettweis
Responsable de la section de prévention générale du Service de l’Aide à la Jeunesse de Verviers et par ailleurs professeur en sciences sociales à l’ESAS de Liège

Alain Moreau
Directeur de l’Aide en Milieu Ouvert (AMO) « Le Cap » à Verviers, structure de prévention en communauté française

Luc Médart
Directeur de l’Aide en Milieu Ouvert (AMO) « Cap-sud » à Stavelot, structure de prévention en communauté française - absent lors de cette discussion

Emmanuel Massart
Auteur du rapport « Paroles de jeunes » 2007 et par ailleurs animateur de l’association « Des Images »

Invitée de la discussion :

Audrey Mathy
Educatrice fraîchement diplômée et nouvellement engagée par l’AMO « Le Cap » .

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