Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Accueil du site / L’association / Archives / La prévention jeunesse aux environs de Verviers / Le rapport de prévention générale « Paroles des jeunes » / Besoin de réfléchir nos pratiques : quel lieu et quel temps disponible ?

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AM
Je pense que ce rapport est source de beaucoup de frustration et de beaucoup de déstabilisation. Frustration parce qu’on n’a pas l’occasion de poursuivre la démarche de réflexion avec des accélérateurs de pensée. Déstabilisation parce qu’il pointe un certain nombre de pratiques développées notamment par des AMO en disant : Attention, vous êtes peut-être à côté de la plaque. Nous sommes en train d’échanger sur un projet politique, sur un projet de société. On parle de lutte contre les inégalités, favoriser le multiculturalisme, l’intergénérationnel. Je ne suis pas sûr que les travailleurs sociaux qui sont sur le terrain ont souvent l’occasion de discuter à ce niveau des choses. Discuter ainsi demande une identité forte. Et cette identité s’appuie sur des valeurs, concepts, sur des idées, sur une idéologie. Je ne suis pas sûr que les travailleurs sociaux sur le terrain sont capables, de par leur formation et leur expérience, d’affirmer une telle identité. Et avoir un projet politique qui fonde leurs actions.

Comment fait-on pour la suite ? Je pense qu’il faut travailler sur les deux tableaux. A la fois, travailler sur l’affirmation d’une identité propre au secteur de l’Aide à la Jeunesse, propre aux AMO mais partagée par d’autres acteurs, que ce soient des acteurs de la jeunesse ou autres. Il y a effectivement des associations et autres avec qui partager des conceptions politiques. Je dis « politique » au sens noble du terme. J’ai l’impression de faire de la politique au jour le jour quand bien même je ne suis pas inscrit dans un parti politique. Il faut que ces gens se rencontrent et affirment une identité, partagent des valeurs communes.

En même temps, je crois que les travailleurs sociaux ont besoin de passer au crible de ce projet politique leurs pratiques. Et le rapport le fait un peu. Il ne se passe pas une semaine sans que je ne parle au sein de l’équipe d’ Emmanuel Massart. On disait tout à l’heure : Ce rapport parle d’égalité. C’est clair que cette notion est centrale dans notre travail en milieu ouvert. On met une action en place. Bon, en quoi cette action vise-t-elle plus d’égalité au sein de notre société ? En interne, dans notre petite équipe, on a du mal à répondre à ça. Il faudrait Manu Massart quand on en a envie. Tiens, on veut mettre un truc en place. Tiens, on veut faire un ciné-débat. C’est important de créer des lieux de débats avec les jeunes. Tu as été critique avec certaines de nos pratiques et à terme, je pense que nous serions également en capacité d’avoir ce regard critique si tu nous donnes les clés d’analyse.

Je plaiderais pour que la démarche soit effectivement poursuivie, plus dans le projet « Paroles des jeunes » en tant que tel puisqu’il doit être abandonné, mais dans le cadre de la commission de prévention générale qui est en voie d’être constituée et qui a aussi une fonction de regard critique à développer sur nos pratiques.

JML
Il faut distinguer les niveaux. Plutôt que « clés d’analyse », je préfèrerais le terme d’ « outils d’analyse ». Comme le dit Alain, être individuellement et collectivement en capacité de maîtriser nos pratiques, de mieux comprendre le monde qui nous entoure et de mieux intervenir. Ce qui me pose question, je me tourne vers toi Elisabeth, formatrice en école sociale, est de mieux connaître la formation dispensée dans ces écoles ? Quels sont les contenus des adultes face au défi des adolescents ? Où sont les priorités et où sont les outils ? Il y a ainsi le dialogue aux institutions et comme on l’a déjà dit, le dialogue avec d’autres acteurs de la société avec qui nous partageons certains constats.

EM
Pour moi, il y a le micro et le macro. Le macro représente la vision globale, les objectifs poursuivis et le micro traite de ce qui se passe au présent, comment on l’analyse et comment on y répond au moment même. C’est une dimension désinvestie en général. Ne serait-ce que parce que comprendre et réagir demandent du temps. Je prends l’exemple du ciné-club (Parole n°17 dans le rapport, n.d.l.r) avec la projection du film d’Al Gore en partenariat avec un centre culturel. Entre le moment où je vis les choses, que je sens que quelque chose ne va pas pour seulement ensuite petit à petit le comprendre, dominer le sentiment de colère, savoir comment réagir et le faire effectivement… C’est fini. Le ciné-club est déjà fini.

Durant le voyage intergénérationnel l’été 2007, c’est pareil. Je sens que le rapport entre adultes et jeunes glisse et s’établit sur d’autres bases que celles voulues et défendues à l’origine. Même en ayant des alliés, je n’arrive pas à inverser la situation. Ne serait-ce que parce que les gens doivent se mettre un peu en danger. C’est difficile dans un voyage intergénérationnel avec des personnes adultes qui viennent là d’abord en vacances… Il n’y a pas d’écoute face aux jeunes ou face à moi. J’ai beau dire au milieu du débat que l’on est là pour rencontrer les autres et que les adultes ne savent rien des jeunes qu’ils côtoient, qu’ils ne leur posent pas de question.

Je vais revoir toutes ces personnes prochainement, leur montrer le film que j’ai tiré de ce séjour notamment. A un moment, dans ce film, un type de 16 ans dit : Mais pourquoi ils sont venus les adultes ? Ils sont venus pour nous surveiller ? Ils sont venus pour faire copain/copain parce que c’est sympa d’être avec des jeunes ? Il le dit clairement. Je suis certain qu’après la projection du film, ce soir-là, il ne va rien se dire : on va se chambrer. On va manger ensemble et boire un coup. Tout cela sera bien sympathique mais cette dimension-là sera complètement escamotée. Sauf que les gens après, ils se retrouvent tout seuls chez eux avec la difficulté à nommer ce qu’ils vivent, la sensation de ne pas avoir d’écoute en face de soi.

Lors des soirées de représentation du rapport, je l’ai également remarqué. Remarqué à quel point il y avait décalage vis-à-vis d’une majorité de gens à propos de ce que je pouvais dire. Ce discours n’était pas évident : il était concentré en deux heures, amenait des choses peut-être bien inhabituelles pour certains. Les questions, les remarques donnaient l’impression d’une digestion de mes mots jusqu’à en faire disparaître le sens, jusqu’à faire émerger de nouveau des positions problématiques. Je me disais : Comment peut-on écouter des jeunes si d’emblée, je constate un problème d’écoute à mon égard ?

JML
Il faudrait d’abord interroger notre manière de présenter le rapport, comme en amont tu as questionné le choix de nos trois thèmes de travail. (avenir de la planète, affectif, participation, n.d.l.r.) Effectivement, il faut se mettre en danger. On essaie de faire des choses au milieu de contraintes. L’important pour moi est d’être un moment en capacité de regarder cela, ces critiques sur les choix stratégiques. Il faut pouvoir mettre en place une évaluation de ces choix, des orientations, des stratégies. Il faut la volonté de se mettre en danger et avoir les outils pour s’interroger. On a du souci à se faire sur nos méthodes de travail. Des erreurs, on en fait. L’important n’est pas là mais dans les critères que nous mettons en place pour juger de nos orientations, de nos animations,… Il faut avoir ce temps rétrospectif du « Qu’avons-nous fait ? » pour aussi lancer le « Que faisons-nous à présent ? » C’est le choix de suspendre le quotidien quand c’est possible.

AM
Ma question est : Où doit se faire cette réflexion quant à juger des pratiques et les relancer ? Avec qui autour de la table ? Est-ce la responsabilité d’un chef d’équipe, partagé avec un superviseur ? Est-ce que le Conseil d’Arrondissement a-t-il un rôle à jouer là-dedans ? Est-ce qu’une commission de prévention générale peut contribuer à la réflexion ? Est-ce que les équipes ont une démarche de formation continuée ? Est-ce que les établissements de formation des assistants sociaux et des éducateurs peuvent être sensibilisés à ça aussi ?

Je viens d’engager Audrey il y a deux jours et je ne lui ai pas demandé par exemple : Quelle est ta vision de la société ? Le politique, l’émancipation des jeunes ? Je n’ai pas posé ces questions. Je vais passer du temps pour voir où elle en est sur ces questions et j’espère que dans les mois et les années qui viennent, la conception qu’est la nôtre va être partagée. J’espère que ce qu’elle va mettre en place tiendra compte de ces questions et réflexions. C’est déjà bien du boulot pour une personne. Nous sommes 9 dans l’équipe et tout le monde doit mouiller là-dedans, dans un contexte politique volatil et peu favorable.

JML
Un élément de réponse peut-être… On a eu la sagesse en configurant la commission de prévention générale demandée par la ministre (Catherine Fonck, Ministre de l’Aide à la Jeunesse, n.d.l.r.) de définir les deux piliers du travail. D’une part, continuer la collecte de la parole des jeunes au travers de la statistique et des paroles et d’autre part, une expérimentation par des AMO ou d’autres partenaires. Ce qui manque encore, c’est la manière d’alimenter la réflexion. Où sont les accélérateurs de pensée ? Où sont les temps de travail dégagés pour cela ?


Groupe de pilotage « Paroles des jeunes »

Jean-Michel Lex
Président du Conseil d’Arrondissement de l’Aide à la Jeunesse et par ailleurs coordinateur environnement et développement durable à l’Institut Robert Schuman à Eupen

Elisabeth Fettweis
Responsable de la section de prévention générale du Service de l’Aide à la Jeunesse de Verviers et par ailleurs professeur en sciences sociales à l’ESAS de Liège

Alain Moreau
Directeur de l’Aide en Milieu Ouvert (AMO) « Le Cap » à Verviers, structure de prévention en communauté française

Luc Médart
Directeur de l’Aide en Milieu Ouvert (AMO) « Cap-sud » à Stavelot, structure de prévention en communauté française - absent lors de cette discussion

Emmanuel Massart
Auteur du rapport « Paroles de jeunes » 2007 et par ailleurs animateur de l’association « Des Images »

Invitée de la discussion :

Audrey Mathy
Educatrice fraîchement diplômée et nouvellement engagée par l’AMO « Le Cap » .

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