Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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JML
Il faut quand même bien être clair, ce rapport est illisible pour 99,8 % des jeunes. Nous avons un devoir de poursuite vis-à-vis du groupe de jeunes avec lequel nous avons travaillé directement au fil des mois mais au-delà, cela me paraît difficile.

EM
La pensée qui est là, il est possible de la travailler.

JML
Ca ne sera pas lu parce que c’est un rapport d’adulte pour adultes. Le niveau de langage n’est pas accessible à la moitié des adultes. Un adulte sur deux normalement constitué aura des difficultés pour saisir ça et même dans l’Aide à la Jeunesse, beaucoup n’achèveront pas la lecture… Quand tu fais appel à des gens comme Majo Hansotte (Les intelligences citoyennes, De Boeck, n.d.l.r.) ou des philosophes, tu t’adresses à 5 % de la population qui sont capables d’entrer dans cette pensée… Ca n’enlève pas la moindre virgule de valeur à la chose mais il faut savoir que ça s’adresse à une petite minorité …

Ce rapport fait drôlement mal à toute personne qui a en charge de transmettre quelque chose aux jeunes … or l’émancipation n’aura pas lieu sans transmission, il n’y a rien à faire à ça … Pour pouvoir ce situer dans le monde, l’enfant a besoin d’outils et ces outils il ne peut pas aller les sucer, ils ne viennent pas du ciel, il faut qu’il y ait un processus peu importe sa forme pour acquérir des compétences et forcément ce rapport ne dit rien de cela précisément.

Pour que des jeunes puissent accéder à l’émancipation, à la construction personnelle individuelle et collective, et se projeter dans l’avenir, et être capable ensemble de construire une vision d’avenir, il faut qu’ils accèdent à l’outil de communication, à toute une série d’outils de langage. Ils ont besoin aujourd’hui que quelqu’un leur donne l’accès au savoir, …

EM
Je suis en train de visionner des films du pédagogue Jacques Duez, un prof de morale qui travaille avec une caméra et des enfants de 10 ans… Il dit : Ce qui m’intéresse est que les enfants accèdent à la singularité. Par exemple, ils parlent de l’amour mais de manière très vague : C’est des bisous,… L’enjeu au départ de cela est de poser question pour accéder à un discours qui leur soit propre, singulier, et dans la même foulée, que ce singulier-là ne demeure pas un affect individuel mais que l’on puisse en faire une question commune …

Au détour des discussions, les enfants parlent de leur relation aux parents, ils parlent de leur expérience et puis Jacques Duez reformule ce que l’un ou l’autre avance pour en faire une question : Est-ce que finalement ce n’est pas la peur de ne pas être aimé qui est là ? Les enfants sont capables de dire : Oui, à partir de leur propre histoire mais ce n’est déjà plus leur propre histoire, c’est déjà une question commune et c’est ce passage-là qui est très difficile… Arriver à poser une question à partir du vécu.

Pour reprendre l’exemple du projet, quand nous sommes partis à Daverdisse (week-end avec le groupe des jeunes, huit personnes entre 16 et 25 ans, autour des thèmes du rapport, n.d.l.r.), alors que le débat portait sur la sexualité, l’affectif, les garçons étaient d’un côté et les filles de l’autre. Ils ne se connaissaient pourtant pas depuis 24 heures mais c’était la guerre entre les filles et les garçons. Je suis intervenu : Y a-t-il quelque chose sur lequel vous ne vous opposez pas mais qui vous réunit à propos de cette question ? C’était un pont trop loin… Ils m’ont regardé parce qu’ils étaient en pleine guerre. Je ne vais pas dire qu’ils allaient se frapper mais ils avaient des gestes guerriers, ils étaient debout… mais la question était celle-là : Tiens est-ce qu’au-delà de tout ce qui est singulier, y a-t-il quelque chose qui est commun ? Là est l’enjeu : arriver à poser la question qui rassemble les protagonistes.

JML
C’est un des enjeux. Le problème de la formulation d’une question à rapport au développement mental, à rapport également au développement de l’ensemble des capacités de réflexions, d’expression et de communication de l’individu et ça, ça commence très tôt … C’est l’objet du travail des enseignants de la maternelle, du primaire, du secondaire par exemple et des parents bien entendu. Mais tous ces outils de base sont absolument indispensables à ce que tu puisses arriver à formuler la bonne question, que tu puisses formuler des questions. Même dans ces fondements-là, ce document-ci pose question, interroge la pratique et c’est salutaire… Le problème, c’est que ceci ne dit pas un traître mot de par quoi il faut remplacer … Ca n’enlève rien au mérite du travail.

EM
Il dit quand même la notion de glissement du quoi vers le comment.

JML
J’avoue avoir des difficultés à faire la jonction d’une rive à l’autre. J’ai du mal pourtant, c’est une de mes préoccupations quotidiennes. J’aimais bien à propos de Jacques Duez entendre « la singularité », « entrer dans la singularité. » Parler d’émancipation, c’est le faire entrer dans la singularité. Albert Jacquard dit ça aussi très bien : Je dis « je » parce que l’on m’a dit « tu ». C’est un peu plus compliqué que ça évidemment mais c’est ça … c’est un processus mental complexe fondé sur des outils de communication, de langage. Aujourd’hui, apprendre à parler aux enfants est devenu problématique, lourdement problématique. Maîtriser une langue ne va plus du tout de soi. Même ça aujourd’hui, cet outil-là, beaucoup d’enfants ont du mal à y entrer. Ils ont du mal à entrer dans leur tête.

EM
Tu dis que les gens ne sont pas capable. A la fois c’est vrai et en même temps il y a un ensemble de gens qui sont dans un imaginaire d’attente très fort… Si tu trouves la brèche, il ont ce regard : Mais pourquoi est-ce qu’on ne m’a jamais parlé comme ça ? Ca m’est arrivé plusieurs fois avec des jeunes, avec des adultes. Je donne un atelier de cinéma à Wanze. Certaines personnes se sont libérées. D’abord, ils se disent : Il n’y a pas besoin de faire 5 ans de cinéma. Moi je venais pour filmer mes enfants et puis je me rends compte que je peux filmer le monde entier. C’est des choses toutes simples mais ça les libère complètement… A partir de ce moment-là, ils sont en questionnement… L’important n’est pas le savoir, ce sont les questions.

JML
Tu as raison. Je me suis retrouvé il y a quelques semaines à l’école européenne… Enfant de diplomates, de fonctionnaires. J’allais parler du développement durable dans une école où l’on n’en fait pas du tout. Le prof n’est pas là ; je suis seul avec 25 types ; il y a un surveillant dans le fond de la classe qui corrige ses trucs… Ce sont des ados de 16-18 ans. Il ne me faut pas longtemps pour comprendre qu’ils n’en n’ont rien à battre. Alors je les provoque. Je fais un peu du rentre-dedans pour essayer de susciter des réactions de leurs part … Ils disent : Mais enfin, vous n’allez pas nous demander de payer pour des erreurs que les adultes ont faites. Soudain, le débat se concentre parmi eux. Une fille se lève : Mais enfin, tu ne serais tout de même pas heureux d’être à la place de monsieur dans 20 ans si rien ne se passe. Bref un chahut monstre, un débat fabuleux. A la fin, un petit gars vient me trouver : Je viens d’Allemagne, d’une école Steiner où il y a une pédagogie très active. Il m’a dit tout le bonheur qu’il a eu d’entendre ce qui venait de se passer.
Pour dire que dans toutes les boîtes, il faut chercher ce genre de situation en choisissant quelque part le conflit.


Groupe de pilotage « Paroles des jeunes »

Jean-Michel Lex
Président du Conseil d’Arrondissement de l’Aide à la Jeunesse et par ailleurs coordinateur environnement et développement durable à l’Institut Robert Schuman à Eupen

Elisabeth Fettweis
Responsable de la section de prévention générale du Service de l’Aide à la Jeunesse de Verviers et par ailleurs professeur en sciences sociales à l’ESAS de Liège

Alain Moreau
Directeur de l’Aide en Milieu Ouvert (AMO) « Le Cap » à Verviers, structure de prévention en communauté française

Luc Médart
Directeur de l’Aide en Milieu Ouvert (AMO) « Cap-sud » à Stavelot, structure de prévention en communauté française - absent lors de cette discussion

Emmanuel Massart
Auteur du rapport « Paroles de jeunes » 2007 et par ailleurs animateur de l’association « Des Images »

Invitée de la discussion :

Audrey Mathy
Educatrice fraîchement diplômée et nouvellement engagée par l’AMO « Le Cap » .

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