Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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AM
Dans le rapport, deux, trois petites notions encore ont été pour moi source de questionnement. Je pense au bien-être. Pour nous, poursuivre le bien-être en tant qu’acteur en AMO, c’était une manière de rentrer dans une logique d’action sociale qui ne serait ni sécuritaire ni sanitaire, en se disant qu’un jeune bien dans sa peau c’est un jeune pour lequel il y a plus de chance qu’il évite un certain nombre de dérives. Nos dossiers de prévention générale se sont par le passé fort appuyés sur cette notion de bien-être. (le dossier de prévention générale est remis au CAAJ. Il rassemble plusieurs acteurs de la région de Verviers (écoles, communes, Maisons de jeunes, AMO,...), proposant à la fois une philosophie, des projets et représentant une demande de financement à la Communauté Française, n.d.l.r.) Tu as été très critique par rapport à ça en disant : Attention, la notion de bien-être renvoie aussi à une certaine forme d’individualisme. Or l’individualisme n’est pas forcément l’objectif que l’on souhaite voir poursuivi. Il y a là un chantier de discussion parce que je sais que c’est une notion sur laquelle nous sommes amenés à discuter abondamment au sein du service.

JML
Et dans les écoles aussi, puisqu’on travaille aussi de plus en plus sur ce sujet et effectivement c’est un attrape-nigaud. N’oublions jamais que le règlement général pour la protection au travail s’est mué en code du bien-être au travail et ça dit beaucoup de chose sur la manière dont on veut … c’est énorme ça comme glissement comme dégradation. Ce n’est plus un droit.

AM
Ca, c’est le premier élément. Le second, c’est la question des inégalités mais surtout la question de la reproduction des inégalités selon les théories de Bourdieu où tu étais aussi en situation de remise en question par rapport à ça, il faudrait en débattre.

EM
C’est intéressant parce que quand moi je parle des inégalités, je ne parle pas des inégalités dans ce sens-là. Je ne dis pas qu’il est faux mais je n’ai pas lu tout ça. Je ne maîtrise pas. Il y a un bouquin très intéressant qui est sorti entre Rancière et Bourdieu sur la question des inégalités. (Bourdieu/Rancière. La politique entre sociologie et philosophie par Charlotte Nordmann, (ed.) Amsterdam, n.d.l.r.) Il faudrait le lire. En quoi les limites de l’un est complété par l’autre. A mon avis, la notion d’égalité est vraiment importante de ce point de vue-là. Rancière dit : On est à égalité dès le départ parce qu’on est des hommes et Bourdieu dit : Ben non, on n’est pas à égalité par ce que la société fait qu’on n’est pas à égalité. L’un parle de la société, l’autre parle de l’individu.

JML
Dans l’avant dernier numéro de la Revue nouvelle, il y a aussi un remarquable résumé d’un bouquin qui parle de l’exclusion, le fait d’être exclu, sur la place et le rôle que joue l’exclu dans la société. Ça va un peu plus loin que l’inégalité…

AM
Nous sommes de plus en plus confrontés à un discours qui consiste à dire : Les gens qui sont en situation d’exclusion, c’est parce qu’ils le veulent bien, c’est de leur responsabilité à eux. C’est un langage extrêmement simple. Y a qu’à . Ils n’ont qu’à suivre des formations. S’ils sont là, c’est parce qu’ils le veulent bien. C’est parce qu’ils y ont des avantages et des intérêts. Alors, je voudrais que nous voyons ensemble comment l’on peut lutter contre un discours comme celui-là. Parce que quand tu as en face de toi quelqu’un qui tient ce genre de discours, tu manques d’arguments… Quand tu as quelqu’un qui te dit : Il y a 30 000 emplois non occupés en Belgique. Il n’y a qu’à former les gens.

JML
Oui, mais ça dans le monde sociopolitique, tu as beaucoup de gens qui peuvent démonter ces mécanismes néolibéraux.

EM
Il y a déjà deux choses : que valent ces emplois-là ? Qu’est-ce qu’on appelle emploi ? Tous les emplois ne sont pas les mêmes. Le ministre qui dit : Il y a autant d’emploi. Il faut les pourvoir. Le ministre qui dit ça, ce n’est pas le type qui va aller travailler à la caisse du Lidl. Et puis, il faut voir comment ce nombre d’emploi est calculé. Ce type de calcul est totalement virtuel. Il n’y a pas 30.000 emplois devant le chômeur. C’est très schématique.

JML
Ils ne tiennent pas compte d’un certain nombre de paramètres comme la géographie des choses. Par exemple, tu as un emploi de plombier à Arlon…

AM
Mais ils n’ont qu’à déménager … Et si on te dit que ton allocation de chômage est de 800 euros et que ton emploi à mi-temps chez TNT va te rapporter 1000 euros ? Tu vas dire : Oui mais attends, moi, je vais pas travailler. Il y a alors une frange de la population de plus en plus grande qui dit : Moi, je refuse de payer pour des gens qui ne veulent pas se délocaliser parce que les emplois sont à Arlon, qui refusent un emploi chez TNT parce ça va leur rapporter à peine plus que les allocations de chômage. Et il y a une frange de la population de plus en plus importante qui dit : Ce que nous voulons, c’est une augmentation de notre pouvoir d’achat. La solidarité, on s’en fout. Comment lutte-t-on contre cela ?

JML
D’abord en comprenant bien quels sont les types de mécanismes par lesquels on impose ce type de vision des choses aux gens. Donc là, on a besoin de gens qui peuvent nous aider à voir clair sur la manière dont ce type de discours se structure et se valide dans une société. Je crois que c’est la première chose. Tu peux ensuite réfléchir sur les arguments.


Groupe de pilotage « Paroles des jeunes »

Jean-Michel Lex
Président du Conseil d’Arrondissement de l’Aide à la Jeunesse et par ailleurs coordinateur environnement et développement durable à l’Institut Robert Schuman à Eupen

Elisabeth Fettweis
Responsable de la section de prévention générale du Service de l’Aide à la Jeunesse de Verviers et par ailleurs professeur en sciences sociales à l’ESAS de Liège

Alain Moreau
Directeur de l’Aide en Milieu Ouvert (AMO) « Le Cap » à Verviers, structure de prévention en communauté française

Luc Médart
Directeur de l’Aide en Milieu Ouvert (AMO) « Cap-sud » à Stavelot, structure de prévention en communauté française - absent lors de cette discussion

Emmanuel Massart
Auteur du rapport « Paroles de jeunes » 2007 et par ailleurs animateur de l’association « Des Images »

Invitée de la discussion :

Audrey Mathy
Educatrice fraîchement diplômée et nouvellement engagée par l’AMO « Le Cap » .

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