Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Sylvain George a eu un parcours sinueux avant d’en venir au cinéma. Philosophe de formation, il a fait un crochet par les sciences politiques puis a fait une maîtrise en cinéma. Avant de prendre une caméra en main, il a travaillé dans le social et plus particulièrement dans un centre pour toxicomanes. Il n’y restera pas longtemps car il ne cautionne pas la philosophie de l’institution qui l’emploie. Une porte se ferme mais une autre s’ouvre : le cinéma. Vingt ans que ça le démangeait.

Il commence à tourner ce qu’il appelle des « communiqués visuels », sorte de ciné-tracts. Pas étonnant dès lors qu’il revendique une filiation avec les Groupes Medvedkine ou encore les Newsreel dont Robert Kramer et Jonas Mekas furent entre autre les représentants . En effet, ils partent du même constat : Pourquoi laissons-nous l’exclusivité des reportages à la presse et à la télé ? Sylvain George veut ouvrir le regard, laisser des traces de ce et ceux qu’on ne voit jamais dans les médias traditionnels. Pour lui, pas besoin de matériel lourd une petite caméra numérique familial ou un téléphone portable suffit.

Dans le premier film, présenté ce jeudi 21 août à Lussas, intitulé N’entre pas sans violence dans la nuit (2007), George nous montre une rafle de sans-papiers qui a eu lieu dans le quartier de Belleville à Paris en octobre 2005. Muni d’une petite caméra mini-dv, il devient le témoin de cette rafle. Petit à petit, un basculement s’opère. Les habitants du quartier s’amoncellent autour des cars de CRS. Leurs voix s’unissent pour scander les mêmes slogans de protestation. Certains s’emparent de la caméra pour hurler leur indignation. La lutte s’organise dans la joie. Nous voilà plongés dans un climat insurrectionnel.

Ce qu’on ressent en regardant un de ses films, c’est le plaisir du cinéaste d’être avec l’Autre. C’est un cinéma de la rencontre. C’est le cinéma vu comme une manière d’établir une relation au monde. Par le biais d’un noir et blanc très contrasté, un processus de distanciation se crée face à l’évènement. Ce noir et blanc renvoie également aux références de Sylvain George comme le film des Newsreel sur les Black Panthers, nous dit-il. Il y a chez lui une véritable volonté de construire une esthétique, de considérer ses films à la fois comme politiques mais également comme poétiques.

George ne nous ramène pas des images à la manière d’un journaliste qui doit boucler son sujet en une après-midi. Il y a dans sa démarche quelque chose de très épidermique – par le biais de ses contre-feux – et en même temps un sens de la durée. Il nous l’a montré à Lussas, en venant présenter la première partie d’un documentaire long format intitulé provisoirement Qu’ils reposent en révolte (Des figures de guerre). Voilà deux ans et demi qu’il travail sur ce projet : révéler le traitement souvent indigne que nos états européens réservent aux sans-papiers et les luttes qui en résultent.

Un autre film marquant fut Un homme idéal (Contre-feux n°4 / 2007). Ce film a été tourné à partir d’un téléphone portable dans le but de participer au festival Pocketfilms. Il nous conte l’histoire de monsieur K., un algérien de 35 ans vivant depuis 5 ans en France et toujours sans papier. Il fait partie de ces 35 000 familles qui fondent un espoir de régularisation dans la circulaire du 13 juin 2006 de Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur à cette époque.

Nous le suivons au quotidien pendant qu’il nous raconte son histoire, son envie de faire partie intégrante de la société française. Face à cela, la froideur brutale des mots de la circulaire vient cogner l’écran. Ce que nous montre Sylvain George, c’est ce gouffre qui se creuse chaque jour un peu plus entre la société française et la réalité de ces personnes en attente de régularisation.

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