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Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Cette première journée à Lussas fut l’occasion de découvrir le dernier film de David Teboul : La vie ailleurs. Le cinéaste y expose sa propre histoire. Fils d’immigré Algérien, il a passé son enfance dans la banlieue de Paris. Aujourd’hui, il vit dans la capitale et a décidé d’aller voir ceux qui y sont toujours. Il va donc se rendre dans leur appartement, dans leur intimité. Et ce, sans jamais être intrusif, sans jamais les stigmatiser, sans jamais leur renvoyer les images clichées que sont celles des médias.

C’est un fameux cadeau que lui ont fait ces gens, celle d’une parole intime que l’on n’entend jamais. Entre les interventions des habitants, des images – souvent floues - se glissent dans les interstices. Ce sont celles d’un homme qui a passé son enfance dans ces quartiers. Un homme qui essaie de se souvenir de l’enfant qu’il était. Les souvenirs sont incertains et ouvrent vers un imaginaire qui s’apparente au rêve de quitter la banlieue pour enfin atteindre la ville.

La première rencontre est celle de deux filles. Elles sont debout l’une derrière l’autre. On les sent coincées, mal à l’aise dans le cadre tout autant que dans leur appartement. Elles sont gitanes et ont passé les premières années de leur vie dans une caravane, respirant l’air de la liberté de mouvement. Aujourd’hui, les voilà statiques, emprisonnées dans leur salon, faisant déjà le deuil de leur enfance.

Ensuite, nous faisons la découverte d’une femme de petite taille venue de Paris et aujourd’hui seule dans son HLM. La difficulté de trouver un emploi combinée à l’absence d’un être aimé semblent faire d’elle une femme résignée. Mais cette femme, tout comme les deux jeunes filles gitanes sont encore debout car, malgré les apparences et ce qu’elles disent, l’imaginaire fonctionne toujours. Il y a toujours cette possibilité d’une vie ailleurs qui les travaille.

Toute la force du film réside dans cette circulation subtile de l’imaginaire. Cette circulation se fait entre les deux pôles du film. Le premier, l’histoire de l’homme –nous supposons le réalisateur- qui a quitté ces quartiers, racontée en off par une voix féminine. Le second étant constitué des habitants de la périphérie. D’un côté donc, un travail de remémoration d’où l’imaginaire ne peut que se développer. De l’autre, une réalité quotidienne qui ne peut finalement qu’ouvrir vers un ailleurs tellement l’environnement est étouffant. Ce sentiment est particulièrement représenté par des inserts des appartements vidés des corps qui l’occupent habituellement. C’est donc aussi un film sur la manière dont on raconte ses propres histoires.

Le dernier portrait fait exception. Il s’agit d’une vieille dame. Elle vit dans un tout petit pavillon avec un jardin dans lequel elle se promène. Nouvel espace de liberté ? Rien n’est moins sûr car elle nous dit son amour de la répétition des gestes du quotidien et de la fonction rassurante qui en découle. Elle nous dit qu’elle ne voudrait jamais quitter cet endroit. Ce moment vient faire écho à un autre témoignage. Celui d’un jeune homme d’une vingtaine d’années qui raconte un de ses rêves : il est enfermé dans une cage et veut y rester. Ce qui compte, c’est que je me sois réveillé, nous dit-il.

En fait, Teboul ne fait rien d’autre que nous montrer le processus d’aliénation qui est à l’œuvre dans ces quartiers. Il nous montre à quel point ce sentiment d’enfermement est intégré par l’individu dans sa chair.

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