Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

(pointeur vers le haut pour revenir à la page)

Accueil du site / Grands entretiens / GE n°02 - la jeune fille Christiane Perret-By / 01 - Christiane Perret-By : la rencontre avec Paul Meyer

Autres articles dans cette rubrique

Recherche

Cet article fait partie du grand entretien n°02 - la jeune fille Christiane Perret-By de la série des grands entretiens disponible dans la rubrique correspondante du site.

Peut-être nous pourrions repartir de ton expérience du tournage de Déjà s’envole la fleur maigre de Paul Meyer en 1959…

La dernière fois que j’ai revu Paul, c’était en 2005 et je me suis rendu compte que j’avais affaire à un vieux monsieur, c’est indéniable, mais un monsieur qui n’avait pas changé : la même humanité, la même intelligence que j’ai toujours considérée comme une intelligence du cœur.

Paul m’avait demandé d’intervenir à la fin de cette projection de 2005, à Bobigny. J’étais un peu prise de court et le journaliste m’a demandé : « Mais comment se fait-il que vous étiez là ? » « Pourquoi avez-vous tourné dans ce film ? » C’était trop long à expliquer. En deux mots, j’ai dit que j’étais en vacances chez mes grands-parents. Par hasard, Paul était tombé sur moi et il m’a dit que je correspondais physiquement à la personne qu’il cherchait. Il avait en effet une idée arrêtée du physique de ce personnage.

Il fallait que je sois blonde car le personnage masculin était brun. C’était une scène entre un garçon et une fille. J’avais comme partenaire Giuseppe Cerqua. C’était la famille sicilienne qui débarque en Belgique pour aller travailler dans la mine et Giuseppe était un peu le personnage central. J’étais blonde et petite tout comme Giuseppe. Une copine de classe avait croisé Paul la veille et lui avait dit : « J’ai une copine qui peut correspondre à ce que vous cherchez ».

La rencontre est digne d’un roman : je le vois débarquer en décapotable dans la rue avec la scripte du film. Il me demande : « Vous êtes Christiane Perret-By ? Je vous cherche depuis deux jours. » Je suis tombée des nues devant ce personnage atypique.

Pourquoi atypique ?

C’était quelqu’un que l’on ne pouvait pas ne pas remarquer. Je dis toujours : « Paul Meyer, c’est Gandhi ». Paul Meyer à 40 ans : il était chauve, avait des petites lunettes, était très maigre, pas très grand. Il était en décapotable et l’on ne voyait pas des voitures ainsi à Jemappes. C’était surréaliste.

Il me fait monter dans sa voiture et me dit : « Nous allons aller voir vos grands-parents et leur expliquer l’histoire. Ils accepteront ». Et je dois dire qu’il a sorti toute sa diplomatie. Il a dit que c’était pour l’éducation nationale, que c’était sérieux. Il a convaincu mes grands-parents. Moi, j’étais déjà conquise. Je voulais le faire. Ca a été une aventure extraordinaire.

Tu étais dans le Borinage à 15 ans. Comment voit-on la vie à cet âge ? Qu’espérais-tu ?

Pas grand-chose. J’étais lycéenne. J’étais Jemappienne jusqu’à quelques mois auparavant. J’avais déménagé à Cannes en janvier avec mes parents. Mon père était Français et ma mère rêvait d’aller là-bas. La Côte d’azur, c’était le miroir aux alouettes. Elle était peintre et espérait trouver de la lumière, lumière qu’elle ne trouvait pas dans ce pays noir qui avait tous les défauts.

Une fois là-bas, nous avons vécu dans des difficultés car nous n’arrivions pas à trouver de logement fixe. Cela a donné lieu à des scènes épouvantables entre mes parents. Nous étions dans un environnement louche. On m’accostait dans la rue. La police judiciaire avait prévenu mes parents de faire attention. Ils m’ont dès lors pour ainsi dire cloîtrée, m’interdisant de sortir. J’ai demandé pour finir les vacances à Jemappes, chez mes grands-parents. Comme réponse, j’ai reçu une gifle de mon père et j’ai alors décidé de partir quand même.

Mes amis se sont cotisés pour le ticket de train. Je suis partie d’Antibes jusqu’à Mons. Ca a été épique. Au petit matin, j’étais chez mes grands-parents qui voulaient me renvoyer chez moi. Finalement, je suis restée et quelques jours plus tard, j’ai fait la rencontre de Paul.

Ce qui a été terrible, c’est quand il a expliqué ce qu’il attendait de moi. Je ne m’attendais pas à ce qu’il me demande de jouer. Pour répondre à ta question : « Qu’est-ce qu’on attend à 15 ans ? » Eh bien, on attend tout. On attend tout de la vie. J’étais bonne élève mais je ne savais pas ce que je voulais faire. J’aimais plein de choses. J’étais curieuse. L’avenir était rose.

Quand je voyais le cinéma, c’était le festival de Cannes. Il y avait Les 400 coups de Truffaut. C’était l’époque où le festival avait une vraie valeur. Et puis, c’était les stars : Alain Delon, Romy Schneider,… que l’on pouvait voir sur la Croisette aux bonnes heures. Les gens se faufilaient pour les voir. Cela faisait rêver. C’était ça pour moi le cinéma.

Tout cela était loin de moi. C’était irréel.

Précédent

GE n°02 - la jeune fille Christiane Perret-By

Suivant

 

Répondre à cet article