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Cet article fait partie du grand entretien n°02 - la jeune fille Christiane Perret-By de la série des grands entretiens disponible dans la rubrique correspondante du site.

Tu penses que Paul Meyer se posait cette question lui-même : « Comment ces gens font-ils pour vivre dans des conditions pareilles ? »

Ce que j’ai ressenti, il a voulu le faire ressentir à tout le monde. Vous avez vu comment ça se passe ? On lui demande de faire un film pour faire la propagande de l’insertion des immigrés. Or, il fait tout le contraire.

Tu disais : « Il y avait un mur. »

Il y avait un énorme mur qui séparait les gens.

Il y avait quelque chose de pervers. D’un côté, les gens qui vivaient dans des maisons de cité, avec un certain confort. Elles étaient neuves. Des mineurs italiens y vivaient. On voit ces maisons dans le film. Elles ont été refaites. Les gens dans le village rouspétaient. Leurs maisons sont plus belles que les nôtres. C’était des maisons neuves, des briques bien rouges. Nous vivions, nous, dans de très vieilles maisons. Il y avait des jardins. Mais combien y en avait-il ? Combien de personnes à loger et combien de maisons ?

Le temps m’a manqué pour poser toutes ces questions. J’aurais aimé savoir dans quel état d’esprit il a tourné le début du film, avec ces Italiens fraîchement arrivés et contents car bien logés. On voit les enfants qui vont à l’école.

Sont-ils si contents que cela ? Dans le film, quand la famille débarque d’Italie, le premier soir, la femme dit à son mari : « Pourquoi tu nous as demandé de venir dans cette misère ? » Ils se disputent alors que les enfants sont au lit.

Mais cela n’a-t-il pas été fait après coup ? Il a refait les dialogues au moment de la postsynchronisation, peut-être a-t-il voulu ne pas trop édulcorer ? Est-ce que cela n’a-t-il pas été ajouté au début ? Ne l’a-t-il pas fait pour faire passer son message ?

Je ne comprenais pas le film quand je l’ai vu, au début. Je l’ai découvert en 1962, à 18 ans. J’étais très surprise car je n’avais vu moi-même que les bidonvilles. Or, je vois un film avec une belle maison, avec un confort acceptable. Si les émigrés, Siciliens ou autres, pouvaient vivre comme ça en arrivant, ce serait un pays de Cocagne.

Moi, lors du tournage, je n’ai vu que le côté terrible du film.

La dimension de l’enfance, il n’en avait pas parlé avec toi ?

Non. Pour te donner une idée de la manière avec laquelle il me considérait, j’étais à l’hôtel à Jemappes avec toute la troupe. Ils me taquinaient : « A Cannes, tu dois jouer les starlettes ? Tu te promènes en maillot sur la plage ? » « Non. » Je ne comprenais pas ce qu’ils me voulaient. Pourquoi me disaient-ils cela ? Et en fait, c’était leur regard. Il fallait me faire comprendre que j’allais jouer mon propre rôle.

C’était le grand malentendu. Malgré toute l’admiration que j’avais, j’étais irritée. Je n’étais pas la personne qu’il croyait voir et je ne savais comment le dire. Il a fallu attendre 50 ans pour qu’il l’entende.

Il t’aimait beaucoup, quand même.

Oui. Je ne sais pas. Il y a peut-être des choses qui sont passées. On se parlait beaucoup. Il y a eu une grande dispute entre nous. Il voulait que je mette du rouge à lèvre pour le film. Je ne voulais pas. « Tu verras : à l’image, ça ne rend pas maquillée. Il faut absolument que tu mettes du rouge à lèvre. » J’avais l’impression d’être déguisée.

Comment t’a-t-il mis en scène ?

J’étais très empruntée. J’avais le trac. Cette caméra sur moi, c’était terrible. Il me dit : « Tu es au bal. Tu vois le jeune Italien de façon aguichante. » « Comment on fait ? » Je ne savais pas, cela ne me ressemblait pas. « Tu l’aguiches et puis, c’est tout. » J’avoue que je devais être nulle. Il a dû me mimer ma scène. Au début de la scène, on me voit assise, prenant une pose avantageuse et regardant le garçon. Je peux te dire que c’était lui qui m’avait montré comment faire. Je rigolais : Je ne vais quand même pas faire ça.

C’était la première fois, cette relation de désir ?

Ce n’était pas du tout comme ça que je voyais les choses. Ca paraît idiot mais j’avais 15 ans et j’étais très sentimentale, cérébrale. Je n’étais pas consciente de la séduction physique. Je me sentais agressée quand des types plus âgés m’abordaient. Je détestais le rôle qu’il m’a fait jouer. Je ne peux pas me voir. J’ai un mal fou à regarder cette scène.

J’avais 15 ans et il me traitait comme si j’en avais 19. Et en même temps, il me traitait comme une petite fille. Il me taquinait. Il me disait : « C’est comme ça que l’on se comporte. » « Mais, non. » « Mais si, je t’assure, c’est comme cela que ça se passe. » Cette scène n’est pas due au hasard. Elle est cruelle. Pourquoi a-t-il voulu faire cette scène et pourquoi moi ?

Comment s’insérait cet échange avec Geppino dans le bal lui-même, les gens autour, les danses ?

Les deux ont été tournés séparément. Il y avait les danses populaires. C’était la veille. Il y avait une liesse où tout le monde était ensemble. On tapait dans les mains. La scène du bal, c’était le lendemain. Nous n’étions que quelques couples sur le kiosque. On faisait arrêter les danseurs. Paul venait m’expliquer ce que je devais faire. Ca a duré deux jours. « Tu fais ça. » Il a fait énormément de prises.

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