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Accueil du site / Grands entretiens / GE n°02 - la jeune fille Christiane Perret-By / 05 - Christiane Perret-By : « Tu vois. La réalité dépasse la fiction. »

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Cet article fait partie du grand entretien n°02 - la jeune fille Christiane Perret-By de la série des grands entretiens disponible dans la rubrique correspondante du site.

As-tu pu développer un lien avec ces gens que tu ne connaissais pas et qui habitaient derrière un mur ?

Des contacts avec ces gens ? Aucun. Le mur existait.

Mais tu en étais à présent consciente.

Malgré toute ma bonne volonté, j’étais inaccessible pour ces gens-là. Quand je suis arrivée avec Paul, il avait enfin trouvé la personne qu’il cherchait. J’ai eu l’impression d’être un star. J’étais un trophée. Tout le monde me regardait la bouche ouverte. Je faisais des sourires à droite et à gauche mais aucun ne m’approchait hormis Giuseppe.

Il ne l’a pas fait exprès mais peut-être Paul avait établi une distance. J’étais la Belge, cette fille qui ne se laisse pas fréquenter par eux. C’était le rôle qu’il voulait que je joue. J’ai lu un article quelque part, dans Télérama je crois… Il était écrit que la jeune fille du bal était invitée par le héros. Mais pas du tout ! Il n’aurait jamais fait cela. C’est moi qui vais le chercher. C’est troublant car je me rends compte en te le racontant que je suis arrivée là-bas comme une intouchable. Comme une caste différente.

La jeune fille ne se laisse pas fréquenter par le jeune homme. Elle s’en amuse. Ca fait penser aux jeux dans les cours de récréation, les enfants… « Tu viens jouer avec moi ? » « Oh, tu es nul. Va-t-en. » C’est un peu cela.

Dans la manière de filmer, Paul Meyer insistait-il sur certains éléments ?

Il était accroché à l’idée qu’il fallait que ce soit compris comme ça. D’abord, je le regarde de loin en lui montrant qu’il m’intéresse. Comme il n’a pas l’air de beaucoup bouger, c’est moi qui vais vers lui. « Tu danses avec moi ? » Ensuite, je le taquine tout en dansant. « Tu ne parles pas français, c’est quand même embêtant. » Des petites histoires comme ça. La danse se termine. Il commence sa manœuvre d’approche, de séduction. Arrive une nouvelle danse. On descend de la piste. Je me retrouve à marcher avec lui. Il m’accompagne. Il espère une suite. Je le trouve un peu collant. Il me fait des déclarations en italien. Et il cherche à m’embrasser. C’était épouvantable. Il n’était absolument pas question que je me laisse embrasser.

Tu sais ce que Paul m’a dit à cet instant ? « Tu vois. La réalité dépasse la fiction. » « Tu veux dire quoi ? Je ne suis pas attirée par Geppino ? Ce n’est pas parce qu’il est Sicilien. C’est juste que je ne suis pas attirée par lui ! » C’est cela qui était terrible. Au lieu de me dédouaner, je ne faisais que m’enfoncer. Giuseppe lui-même cherchait à me séduire. J’avais une scène à tourner avec un type que j’avais à éconduire dans la vie. Voilà.

Je me suis sentie mal. Je n’ai pas un souvenir formidable de la scène.

Le cinéma n’était donc plus une magie ?

Non, non. J’ai eu des propositions plus tard, sur la Côte d’Azur. Ma mère envoyait ma photo pour des figurations de film. On m’avait fait des propositions mais cela tournait mal, à la limite de la prostitution. J’ai vu un peu le milieu du cinéma qui n’était pas du tout le milieu de Paul Meyer.

Je me suis rendu compte que le côté spectateur et le côté acteur, ce n’était pas la même chose et que pour tourner une scène, il fallait plusieurs heures. Le jeu des acteurs, mais aussi les éclairages, utiliser le matériel de la bonne manière. Il y avait beaucoup de contraintes. Je me suis dit : « Finalement, l’acteur n’existe pas. C’est le metteur en scène qui est important. » Peut-être que dans le cinéma moderne, il y a plus de liberté. Mais là, c’était évident que Paul ne pouvait pas me laisser faire.

Il n’y avait pas de scénario comme dans les productions classiques, pourtant.

Je n’aurais pas été capable de jouer un scénario. Pour ma scène, je pense qu’il avait néanmoins une idée claire de ce qu’il voulait faire. Il avait longuement cogité. Mais par ailleurs, il prenait parfois des images comme ça, un peu au hasard. Et là, il a fait de très, très belles choses. Il a eu des coups de génie que j’ai retrouvés dans le film. J’adore ce film. Ce n’est pas d’y avoir joué qui m’importe. Si je pouvais enlever les scènes où j’apparais… Avec le temps, je suis heureuse d’y avoir contribué.

Quels étaient ces coups de génie ?

Il y avait par exemple une femme enceinte en conversation avec une autre, qui s’approche à son tour et vient poser ses deux mains sur le ventre de l’autre, sentir les mouvements de l’enfant et à ce moment-là, Paul appelait la caméra pour filmer. C’était magnifique. Je n’ai pas souvenir de cette scène dans le film mais cela aurait pu être très beau. Je me souviens de beaucoup de choses ainsi. « Tiens, prends-moi cette photo ! » « Tiens, t’as vu le bonhomme là-bas. Tu as vu ce qu’il est en train de faire ? Regarde. Prends-le, prends-le comme ça. » Le caméraman plongeait.

Je me disais : « C’est cela la mise en scène. C’est comme un photographe qui prend un cliché parce que brusquement, il se passait quelque chose. » Il avait l’œil tellement aux aguets. Le talent, c’est cela à mon avis. Repérer la chose extraordinaire. La filmer et puis, l’intégrer dans un ensemble. Le film n’est pas construit comme une dissertation. Il a pris des plans. Il a construit avec ces images. Pour le peu que je l’ai entendu parler de son film en 2005, c’est d’ailleurs ce qu’il disait.

Les enfants qui descendent sur leur platine à tarte. C’est quelque chose qui se passait. Ca a existé avant lui. Et, est-ce qu’il a découvert cela en arrivant sur place ? Je ne sais pas. Et je ne suis pas convaincue qu’il ait eu l’idée avant de le mettre dans son film. Ce film, c’est une poésie. Le passage où je suis, c’est une partie du poème un peu triste mais réelle… Ca doit faire partie de la réalité de ces gens-là, du moins à l’époque.

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