Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

(pointeur vers le haut pour revenir à la page)

Accueil du site / Grands entretiens / GE n°02 - la jeune fille Christiane Perret-By / 06 - Christiane Perret-By : le film est terminé

Autres articles dans cette rubrique

Recherche

Cet article fait partie du grand entretien n°02 - la jeune fille Christiane Perret-By de la série des grands entretiens disponible dans la rubrique correspondante du site.

Il y a le tournage. Ton histoire avec une mère qui tire d’un côté et un grand-père de l’autre. Et l’expérience comme un moment de prise de conscience politique. Tu y fais référence dans la lettre que tu m’as écrite. Avais-tu des discussions à ce propos avec Paul Meyer ?

Non, c’est venu plus tard. J’avais rencontré quelqu’un pour qui j’avais de l’admiration. C’était un grand prêtre qui officiait. Ses idées politiques, je ne les ai pas découvertes à ce moment. C’est le charisme qui me frappait. De retour en France, je raconte tout cela à mes amis, mes parents… J’en avais plein la bouche. En 1962, je reviens chez mes grands-parents dans le Borinage, à la Noël. Le séjour tirait à sa fin et c’était bête car j’aurais bien aimé retrouver Paul Meyer. Il m’avait dit en 1959 : « J’espère que l’on se reverra si tu viens en Belgique. En tout cas, il faut que tu voies le film terminé. »

J’ai envoyé un télégramme à Paul dont j’avais l’adresse pour le prévenir de ma présence. Il est venu avec Rose, sa scripte. Ca a été une fête de les revoir. Il a proposé à ma mère et moi de nous rendre à Bruxelles voir le film. J’ai découvert La fleur maigre. Nous avons parlé longuement et c’est là qu’il m’a expliqué. J’avais 3 ans de plus à ce moment-là. Il avait alors ses ennuis avec le gouvernement.

Il arrivait en regard de mon prof de philo qui était gauchiste. Sans être extrémiste, j’avais la sensation que ces problèmes sociaux étaient vrais. Quand Paul m’a expliqué ce qu’il voulait faire, j’ai pensé que c’était des gens du bon côté. Quand il a découvert que l’intégration ne se faisait pas, qu’ils n’étaient pas aidés, cela m’a ouvert une conscience politique. C’était la première fois que je voyais quelqu’un agir. Le prof de philo, c’était des idées. C’était pas mal. Mais ce n’était pas concret pour faire changer les choses. Paul avait le culot de le faire. Il avait bravé l’autorité.

Je ne crois pas qu’il était conscient de ce qu’il m’avait révélé. J’étais avec ma mère cette fois-là et comme je l’ai dit, elle avait des idées bien différentes. Elle écoutait Paul raconter ses histoires comme une affaire de l’esprit. Oui, bon, il fallait être du côté de ceux qui souffrent.

Moi, j’étais étonnée de voir ces choses positives dans le film, que celui-ci allait relativement dans le sens qui lui avait été demandé. Je n’ai pas eu le temps de le questionner ce soir-là. Il y a eu une deuxième prise de conscience quand il est venu à Cannes en 1963 pour présenter le film. Il a eu beaucoup de succès. Tout le monde a reconnu ses qualités picturales. Même mon prof de philo l’a acheté pour les rencontres de la jeunesse à Cannes.

Ils se sont parlé. Ils étaient du même avis. Et moi, ma vision des choses, née de cette époque, n’a plus changé. Inconsciemment, elle s’est éveillée quand je suis rentrée dans les bidonvilles. Elle venait de mon grand-père qui m’avait raconté la condition dans laquelle il avait vécu. Et puis l’invraisemblable : ce manque d’humanité et ce confort juste à côté. Et puis, j’ai compris que le monde était comme ça.

Tu as une filiation triple : Meyer, le prof de philo et le grand-père ?

Le prof de philo m’a fait passer de l’instinct au fait de nommer les choses. Il a parlé du marxisme. Après, je me suis interdite de le suivre pour ne pas être cataloguée. Je ne voulais pas adhérer à un parti. Je voulais être libre de mes idées.

Ton histoire avec Paul s’arrête en 1963 ?

Je suis restée presque une semaine avec une partie de l’équipe du tournage qui avait fait le déplacement. Ils sont rentrés en Belgique et il a disparu. Il a complètement disparu de la circulation jusqu’en 1995.

Il avait quand même d’autres projets avec toi ?

En 1962, quand il est venu me voir chez mes grands-parents, nous avons parlé avec ma mère. Il disait qu’il avait des projets avec moi. Je tombais des nues. J’avais un tel mauvais souvenir des péripéties du tournage… « Oui, j’aimerais continuer à te faire tourner. » « Paul, ce n’est pas possible. Je ne suis pas une actrice. Ce n’est même pas ma voix dans le film puisqu’il est postsynchronisé. Je ne suis pas capable de jouer. » « Je sais mieux que toi ce que tu es capable de faire. Et, moi, j’ai envie de te faire jouer dans un film, avec un rôle, un vrai rôle, un rôle principal. Et ce film, je vais sûrement le faire avec Truffaut. »

Truffaut comme producteur ?

Je ne sais pas. Truffaut écrivait aussi et franchement, je ne sais pas. Simplement, c’était un projet discuté en 1962. Il m’en a parlé devant la scripte et peut-être qu’elle, elle pourrait s’en souvenir. Il m’avait raconté l’histoire. Cela devait se passer en Flandre, à la mer du Nord. C’était un homme marié assez jeune et devenu éducateur dans un centre médico-pédagogique. Son épouse était une femme assez frivole – encore une fois ! – et elle suit son mari parce qu’elle n’a pas la choix. Elle se retrouve au milieu d’handicapés. Mais petit à petit, cette femme se prend d’affection pour ces enfants malades et s’implique plus envers eux que son propre mari qui le lui fait remarquer. C’est donc un renversement de situation. « Tu imagines que moi, je suis capable de faire ça ? » « Pas de problème. De toute façon, tu as suffisamment de présence. » C’était pour cela qu’il voulait continuer à jouer avec moi. Un an plus tard, lors du festival, je lui en reparle. Il me dit : « J’ai tellement de problèmes pour rembourser mon film que ça ne sera pas possible. On ne trouve pas de producteur, pas d’argent pour le faire. » Il était vraiment triste.

Précédent

GE n°02 - la jeune fille Christiane Perret-By

Suivant

 

Répondre à cet article