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Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire II / Les groupes Medvedkine / 01 - Autour de la sortie du film « La chute »

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- Le projet de ce séminaire est celui d’un voyage. Nous nous sommes attardés la fois précédente sur la question de l’époque dans laquelle on vit pour penser le cinéma. J’ai parlé du Marché pour le définir et poser la question du cinéma indirectement. Il est difficile de penser frontalement la question du cinéma, de le redéfinir, de voir quels sont ses pouvoirs, quelles sont ces limites sans interroger aussi l’époque dans laquelle nous posons cette question. Une époque qui pèse sur cette idée du cinéma. Le marché, le règne absolu du capital dans lequel nous vivons, cela consiste entre autres à mettre une image à la place d’une autre, un film à la place d’un autre. C’est aussi empêcher que l’idée du cinéma tel que nous le défendons puisse continuer à voir le jour sous une forme publique. Il n’y a plus beaucoup de ce que j’appelle cinéma dans les salles de cinéma. C’est une des raisons pour lesquelles nous faisons ce séminaire. D’autres modes de circulation des films apparaissent et il faut les penser.

Aujourd’hui mercredi sort un film : La chute (Der Untergang d’Oliver Hirschbiegel, 2004, 150 min. n.d.l.r.) qui raconte les derniers jours d’un vieux monsieur plutôt sympathique, Adolphe Hitler. Ce monsieur aime beaucoup les animaux. Il est assez gentil, un peu sénile, gâteux ; il inspire quelque peu de la pitié, de la commisération voire, pourquoi pas, de l’empathie. Pourquoi ce film sort-il aujourd’hui ? Voilà une question qui relève selon moi du marché. Dans une semaine sera célébré l’anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz. Il y a d’un côté Hitler et La chute qui sort sur tous les écrans. De l’autre, les commémorations et quelques films, Nuit et brouillard par exemple, diffusé la semaine dernière sur France 2 englouti dans le flux d’images. Pourquoi cette sortie aujourd’hui ? Ne serait-ce pas par hasard un peu prémédité ? N’y aurait-il pas par hasard cette idée de représenter toutes les parties en présence : un film pour Hitler, un film pour les Juifs.

Nous en serions là, et j’ai une pensée pour le journal populaire le plus lu en Belgique francophone, « La Dernière Heure » puisque aujourd’hui j’ai pu lire en page cinéma que : « ce film mérite mieux, beaucoup mieux que quelques polémiques dépassées visant avant tout à donner bonne conscience à leurs auteurs. Tout simplement parce que la chute ne prétend pas délivrer un message, ouvrir un débat, provoquer qui que ce soit. Non, l’objectif des auteurs n’était autre que de faire un bon film. Ce qu’ils ont d’ailleurs fort bien réussi. Et on en veut pour preuve qu’ils ont choisi en de nombreux endroits du film de privilégier le spectacle plutôt que la vérité historique. » Donc le film est bon parce qu’il est du côté du spectacle, pas du côté de la vérité. Le film est bon parce qu’il nous met dans une position de spectateur otage et captif en train de regarder le spectacle du nazisme.

Ivan Gorre
- Il ne faut pas confondre le film et les propos d’un idiot. C’est un film particulier et avoir son idée avant de le voir est dangereux.

- Je réagis sur un concours de circonstance. Pourquoi maintenant ? Ce film est aussi, qu’on l’ait vu ou non, le prétexte à ce qu’un journaliste, Bernard Gilles, écrive ceci dans un journal tirant à 200.000 exemplaires. Je me dis tout de même : s’il écrit ça, il doit avoir vu un film.

Philippe Simon
- Il ne faut pas oublier qu’un film, c’est 4, 5 ans de boulot. Entre le moment où on l’écrit, on le termine et qu’il sort. Moins innocent que la date de sortie du film est le contexte actuel qui autorise un film comme « La chute ». Il n’y a pas d’innocence. Nous sommes en pleine période de révisionnisme concernant tous les grands faits du 20e siècle. Les Brigades Rouges sont un autre exemple avec Bonjour la nuit (Buongiorno, notte de Marco Bellochio, 2003, 105 min. n.d.l.r.). Il y a une prétention à transmettre, c’est terrible d’entendre des gens raconter : « j’ai appris quelque chose en voyant La chute. J’ai appris une vérité historique que j’ignorais : la fin d’Hitler, comment il est mort, comment était Eva Braun, la trahison des généraux, l’abandon par le peuple allemand. »

-  J’ai du mal à m’intéresser aux 7 derniers jours d’Hitler alors qu’il y a 2 semaines, Le Pen a déclaré que la chute de 6 millions de personnes était sujet à caution. Nous connaîtrons donc bientôt mieux la fin d’Hitler que celle de 6 millions de personnes. Nous reviendrons là-dessus plus tard. Ce genre d’anecdote justifie en tout cas que nous parlions de notre époque avant d’entrer dans le vif du cinéma, comme nous l’avons fait lors du séminaire I.

Alexandra Curcic
- Est-ce que ça ne procède pas plutôt de la volonté de démythifier Hitler : c’est un humain ordinaire qui peut être monstrueux, et pas la figure monstrueuse qui n’a rien à voir avec le commun des mortels.

- Peut-être, mais est-ce que cela démythifie ou simplement la mythification se fait autrement ?

Alexandra Curcic
- Le propos n’est-il pas de montrer que dans une telle situation, nous aurions pu nous conduire comme les Allemands ? N’est-ce pas cela le message, excuser les Allemands ?

Philippe Simon
- Je ne crois pas. L’enjeu du film ne se situe pas spécialement sur la figure emblématique d’Hitler.

- Nous verrons cela lors de la prochaine séance.

R

Séminaire II - les Medvedkine

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