Verviers : carte de Hodimont
Projet « Hodimont en V.O. » par Des Images et Le CAP

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Déplier la vue d’ensemble de la chronique « En avant jeunesse »


La chronique « En avant jeunesse » a pour partie recueilli ces tranches de vie qui rendent de l’épaisseur aux ados : des observations faites en cité (EAJ n°02 : Un atelier couture dans la cité ou EAJ n°13 : Génie du moment) ou s’attaquant à la question de la prise de parole (EAJ n°18 : Mai 68, hiver 1996 et printemps 2009), prétexte à de véritables descriptions.

Au-delà, cette chronique a rendu compte d’animations faites sur le pouce (EAJ n°01 : Se marier à 16 ans ou EAJ n°10 : On a toujours tort, monsieur ou EAJ n°14 : l’avènement d’une société sans Batman), dans le contexte du travail de rue (EAJ n°03 : travailler contre l’impuissance, EAJ n°06 : Première expérience dans la rue et EAJ n°12 : Le collectif, c’est pour combler le vide) ou via une problématique comme l’alcool (EAJ n°04 : Qu’est-ce qui se passe 5 heures avant une soirée ?)

Des éléments de réflexion affleurent à propos, par exemple, du rôle de la prévention au travers de l’affaire Van Hoslbeeck du nom de cet ado poignardé par d’autres jeunes au milieu de la gare centrale de Bruxelles (EAJ n°05 : Vivre dans le même monde) ou à propos de l’image stéréotypée de la jeunesse construite par les médias, la publicité ou les services publics (EAJ n°11 : Les jeunes sont ignorants, alcooliques et mangent dans les bus).

Il y a eu l’envie de parler de l’école expérimentale Pédagogie Nomade de Limerlé qui a besoin d’être soutenue, ne serait-ce que parce qu’elle ouvre des portes pour tout pédagogue, éducateur ou prof désireux de réfléchir sa relation aux adolescents et la place du savoir (EAJ n°09 : Pédagogie Nomade : ça tourne ! et EAJ n°19 : Pédagogie Nomade : ça circule !).

Se retrouvent quelques notes autour de certaines animations plus construites réalisées dans le cadre de mon mandat proprement dit, à savoir une expérience de participation en école (EAJ n°15 : Rendez-nous Maurice ! et EAJ n°16 : A quoi ça sert de parler aux autres ?) et une expérience de débat à partir d’extraits de films (EAJ n°08 : D’Artagnan et Bob l’éponge sont sur un même bateau et EAJ n°17 : Bienvenue chez les p’tits).

Une conclusion enfin, s’il en fallait une : EAJ n°20 – L’envie d’être quelqu’un d’autre.

Bonne lecture.


Il faut apprendre de ses échecs. Pouvoir prendre du recul sur un évènement, le relire pour le parcourir à l’envers et tenter d’en déceler les failles, ce sur quoi l’on peut travailler pour la fois suivante, pour faire mieux. L’expérience de participation des élèves de Welkenraedt n’a pas apporté le succès escompté (Voir En avant jeunesse n°15 : rendez-nous Maurice !).

La proposition était la suivante : travailler avec quelques adolescents dans un cadre scolaire, les amener à réfléchir sur l’environnement de l’école et la commune qui l’abrite. Il ne s’agissait pas de mieux connaître Welkenraedt via un cours sur le sujet, comme on le fait traditionnellement en classe mais plutôt d’ébaucher une réflexion devant aboutir à provoquer la rencontre avec des habitants du coin et tirer de ceux-ci quelques éléments subjectifs sur la cité permettant de mieux cerner un état de la commune, voire au-delà.

Je ne suis pas leur professeur. Je ne les suis pas de manière hebdomadaire. Le projet « Paroles de jeunes » m’amène ici cette fois et dans deux semaines, je serai ailleurs dans la région pour proposer à d’autres de nous mettre au travail. Autrement dit, je viens du dehors et cela peut créer une première réticence. « Qui est ce type et que nous veut-il ? »

Pour ce projet de rencontre d’habitants, je m’appuyais sur des observations notées deux ans auparavant à propos d’un « faux » conseil communal lancé par le prof, Samuel. Deux groupes se faisaient alors face et devaient débattre des affaires publiques. J’avais été frappé cette fois-là par les discours déployés par les intervenants, discours somme toute identiques au monde adulte : la propreté, la sécurité, les demandes limitées à des éléments de confort privé,… La commune comme espace de vie commun apparaissait bien maigre dans les échanges.

Je faisais le constat que les jeunes tout comme les adultes ne pouvaient mobiliser un point de vue de but en blanc sur leur environnement, pas plus d’ailleurs que sur quantité de questions que l’on retrouve au sein d’études statistiques ou de micros-trottoirs. « Que pensez-vous de la guerre en Irak ? » « Que pensez-vous de l’usage des GSM ? » « Pensez-vous qu’il faut réintroduire un service militaire pour éduquer les jeunes ? » Etcetera.

Seulement, face à moi, ce ne sont aujourd’hui plus les mêmes élèves. Ceux-ci ne viennent pas de vivre de pseudo conseil communal. Ils ne peuvent pas me percevoir depuis leur quotidien scolaire. Cela n’enlève pas un enthousiasme possible certes, mais je dois d’abord les convaincre du principe de sortir de l’école et d’aller parler aux inconnus. On ne peut pas parler d’un lieu sans savoir un minimum ce que ceux qui y vivent, travaillent, circulent, en pensent eux-mêmes. La construction d’un avis mérite confrontation.

Je n’ai pas su déjouer leur peur de l’autre, donner assez d’éléments pour encadrer la part hostile que toute rencontre charrie. Ils sont sortis voir, ont rencontré des Welkenraedtois devant qui ils pouvaient hésiter. Ces passants eux-mêmes n’avaient le plus souvent rien à leur dire, ne comprenaient pas l’enjeu de la rencontre ou renvoyaient à leur tour leurs doléances : la propreté, la sécurité, le confort privé,… En cela, les jeunes ont constaté qu’ils font bien partie d’un même état du monde que les adultes. Mais, cela ne fait pas mon affaire.

A quoi ça sert de parler aux gens ?, a confié Sophie, une élève de cinquième. A quoi ça sert de parler aux gens ? A la fois à peu et à beaucoup. C’est surtout que l’on ne fait pas des rencontres tous les jours, que ceux qui offrent quelque chose d’eux-mêmes ne sont pas légion. J’espérais de la confiance et les élèves n’ont enregistré que de la méfiance à leur compteur.

Avant de sortir dans la rue, nous avions réfléchi aux lieux propices à la rencontre : poste, cafés, parcs, administration communale, gare, marché,… Et puis de quoi parler ? Des jeunes et de la politique, avions-nous conclu. Sauf que dans un climat actuel de défiance vis-à-vis de la jeunesse, se faire interrogé par un ado n’aide pas à la confidence. Un peu comme si un Africain demandait à un raciste ce qu’il pense de la société multiculturelle.

Même si de rencontres, il fut effectivement peu question sur le terrain, nous nous sommes quand même réunis une dernière fois pour partager le sentiment de chacun. J’avais convié une travailleuse de rue pour nous épauler, Samuel et moi, lors du débriefing. Plutôt que d’essayer par le raisonnement de les convaincre du bien-fondé de l’expérience, je voulais laisser la place à quelqu’un pour qui la démarche apparaît sensée et nécessaire au quotidien.

Les élèves n’ont pas semblé convaincus par le témoignage de l’éducatrice. Dans le laps de temps qui était le mien, je n’ai évidemment pas eu le loisir de creuser cette impression d’étrangeté suscitée à la fois par ma proposition d’expérience et par les paroles de la travailleuse de rue. Je les ai surtout renvoyés au constat qu’effectivement, parler aux gens ne sert pas à grand-chose. Je vois bien, entre les lignes, que certains élèves ont beaucoup de subtilité derrière un certain silence et qu’ils comprennent bien ce qui est en jeu mais cela ne suffit pas.

Ce sont plutôt d’autres, tout simplement disposés à se lancer dans l’aventure, qui ont mordu à l’hameçon sans se poser trop de question. Enfin, le contexte scolaire est destructeur pour moi qui n’y suis pas habitué.

En ce sens, l’expérience de rencontre avait bien mieux marché avec un autre groupe durant l’été précédent, du côté de Liège. Il faisait beau, les gens se prélassaient au parc de la Boverie. Les jeunes avaient essuyé des refus mais tout de même, il s’était passé quelque chose et leur animateur, Etienne, avait conclu : Ils n’oublieront pas ça de sitôt (voir En avant jeunesse n°01 : se marier à 16 ans).

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