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Vous pensez vraiment que dans le documentaire, lorsqu’on est filmé, on dit la vérité ? On dit sa vérité. Le cinéaste documentariste ne filme pas la vérité, lui aussi filme sa propre vérité, sa relation au sujet, ce qui l’intéresse dans le sujet. On ne filme pas le monde tel qu’il est ; on le filme tel qu’on le voit, à partir de soi. Le pôle « instance filmante » est mis en jeu ; le pôle filmé est mis en jeu. Et moi qui reçois ça, il m’arrive quelque chose.

Il m’arrive d’être touché par quelque chose qui rappelle un bout de mon histoire, me touche et m’aide à comprendre, réveillant des choses enfouies. Subitement, je me sens lié à quelqu’un qui est sur un écran. Créer un espace commun. Pour qu’il y ait cinéma, il faut du jeu. Au sens ludique mais aussi mécanique, comme entre deux poulies. L’essentiel de l’industrie ne souhaite évidemment pas qu’il y ait du jeu. Ce qu’il y a de beau dans ce que je viens de vous raconter c’est qu’il y a une utopie concrète, réalisable tout de suite. Le cinéma et l’art sont l’un des derniers lieux sur la planète où les choses peuvent encore se transformer. Ce qui était tel au début ne l’est plus à la fin ; tout s’est légèrement décalé, déplacé. C’est une utopie.

Je vais vous montrer un extrait à présent, et puis on fera une pause. Un extrait où je vais vous montrer que le cinéma sert à filmer du lien, du rapport et pas à filmer un scénario. Entendons-nous bien : je n’ai rien contre le scénario. Je suis contre le scénario qui entrave. Je suis contre la dictature du scénario, et Agnès Jaoui. Agnès Jaoui qui monte sur la scène à Canne pour dire, alors qu’elle râle comme un pet de ne pas avoir eu la Palme mais le prix du scénario : « je suis contente de ne pas avoir eu la Palme mais le prix du scénario. Parce qu’au cinéma, c’est le scénario le principal. » Non, je ne suis pas d’accord : au cinéma, le scénario n’est pas le principal.

Le cinéma commence lorsque l’on dit : Moteur. Le cinéma commence lorsque l’on tourne parce que c’est à ce moment que quelque chose s’enclenche. C’est cela réfléchir à la spécificité d’un art. Qu’est-ce que l’outil caméra, l’outil cinéma permet qu’un autre art ne permet pas ? Quel type de lien construit-il ? Qu’est-ce qui se construit là ?

Je vais vous montrer l’extrait d’un film, tourné quarante fois au moins. Cela s’appelle La Passion du Christ. Vous connaissez l’histoire qui d’ailleurs a été écrite quatre fois. Saint Luc, Saint Matthieu, Saint Marc et Saint Jean. C’était si vous voulez la première guilde des scénaristes. Tout le monde connaît la fin, et cela finit plutôt mal. Quel intérêt de filmer tout le temps la même histoire, le même scénario ? En général, on imite le plan de tableau parce qu’une sacrée bande de lascars sont passé avant : toute la peinture de la Renaissance en particulier. La Passion du Christ est une image vue partout.

Il y a au moins un cinéaste qui en a fait quelque chose de différent. Il n’a pas filmé le scénario, il a filmé autre chose, je ne dis pas quoi. Je voudrais bien que l’on regarde ces 4 minutes-là.

[EXTRAIT de Evangile selon Saint-Matthieu de Pasolini, 1964 – Episode de la Croix]

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