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Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire I / Avoir 20 ans aujourd’hui / 14 - Le geste et l’action

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C’est ainsi, ensemble que j’aimerais pouvoir penser le cinéma. J’ai donné deux, trois idées, placé peut-être des possibilités vers où on peut aller. J’aimerais ne pas terminer sans vos permettre de prendre la parole à votre tour et amener le débat un peu plus loin.

Joseph Coché
J’ai écouté avec beaucoup d’intérêt ce que tu as dit. J’ai quand même l’impression que tout ce que tu as dit ne touche que le cinéma. Tu prends le cinéma comme une architecture globale. Ce que tu dis vaut aussi pour la littérature, la peinture.

Patrick Leboutte
Cela me fait bien plaisir que tu me dises cela parce que le plus souvent, lorsque l’on réfléchit au fait de savoir si le cinéma est un art, neuf fois sur dix on répond qu’il faut faire beau. On renvoie à la question de l’esthétique et non à celle du geste. Pour que le cinéma soit un art, il faut faire de belles images. Il faut bien éclairer, avoir de beaux costumes et cela donne l’académisme contemporain. Cela donne des films à costumes, des films d’Alain Corbeau. Je cite des gens de ma génération parce que je ne vais plus voir ces films-là aujourd’hui. Cela donne Claude Berry, cela donne Germinal. Ce serait le cinéma comme art. On va rivaliser avec la peinture et on va faire de beaux plans tableaux. Cela donne des filles comme on l’a vu récemment au Parc : La jeune fille à la perle. D’après Vermeer, c’est Vermeer qui a écrit le scénario.

Ce que j’essaie de faire, c’est de définir le cinéma comme art. Après, il faut définir l’art. C’est pour moi l’idée d’un geste relationnel. Le rapport entre un individu et un groupe, son outil, une caméra, un pinceau, ce qui lui fait face, la matière. Ce frotti-frotta permet de travailler un rapport au monde. En bout de course, il y la recherche d’une forme qui sédimenterait cette expérience-là. En cinéma, l’expérience qui est sédimentée dans une forme est aussi modifiée par l’expérience du film en train de se faire. L’idée du chemin faisant. Je parle de cinéma comme art et pas le fameux « septième art ».

On te dit : « le cinéma, c’est une belle histoire, un beau scénario ». On te définit le cinéma comme septième art, c’est-à-dire en référence à. La littérature, la peinture,… Ce qui m’intéresse, c’est de définir le geste artistique. Tu peux définir ce geste et parler autant de cinéma que de peinture ou de littérature.

Mais ensuite, il y a une spécificité. L’outil propre du cinéma, c’est une caméra. Ce n’est pas un pinceau. La caméra produit les choses et les capte en même temps. Cet outil force une vérité, qui n’est pas la vérité, produite parce que la caméra l’a produite. Elle produit cette vérité et l’enregistre simultanément. Qu’est-ce qui se passe avec une caméra quand on filme, parce qu’on filme ? Alors que la plupart des films dont on vous parle, tout est déjà joué d’avance avant d’être filmé. Pour moi, cela ne commence que lorsqu’on dit : Moteur.

Cela fait partie d’une réflexion plus globale c’est vrai, sur le geste artistique en tant qu’il produit du commun, au-delà même de la relation d’un peintre et de son huile, de sa couleur.

Anne Penders
C’est le rapport au monde qui est important, plus que la définition. Au-delà de cette question de savoir si le cinéma serait de l’art ou pas, c’est le rapport au monde, ce qu’il nous fait.

Patrick Leboutte
C’est le rapport au monde à ce moment-là. Ce n’est pas le rapport au monde seul, parce que Claude Berry te dira qu’il a aussi un rapport au monde. C’est un rapport au monde que l’on ne va pas seulement mettre en scène. Il va se modifier quand il va être exprimé avec une caméra.

Anne Penders
C’est le processus qui est important.

Patrick Leboutte
J’aime bien cette phrase de Philippe Simon, « c’est toujours la marche qui crée le chemin. » De même que c’est toujours le film en train de se faire, je veux dire le film comme il vous travaille, non comme il était préparé qui permet de se trouver. C’est toujours dans le geste et dans l’action que l’on trouve l’origine et la raison des choses. Le terme important est : le film comme il vous travaille.

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