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Accueil du site / Geste cinématographique / Qu’est-ce que le cinéma ? / Séminaire I / Avoir 20 ans aujourd’hui / 15 - Faire ne va pas de soi

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Alain Hertay
Tu as défini à un moment donné le voir pour faire comme du côté du cinéma hollywoodien et le faire pour voir qui tourne autour du mot faire. Je me demandais si dans la logique de marché dans laquelle nous sommes, est-ce que la logique du faire pour voir n’est pas aussi devenue une forme du marché, c’est-à-dire, que les caméras vidéo, voire les GSM où certains modèles peuvent servir pour filmer, avec un slogan : « faites des images et envoyez-les », c’est-à-dire, faites des images mais ne pensez pas, envoyez-les.

Est-ce que donc aujourd’hui, il n’y a pas une forme dévoyée du faire pour voir qui est celle du marché et qui est liée à l’immédiateté de l’image dont tu as parlé plus haut ? Faire comme tu l’as défini ici est plutôt une expérience où l’on se filme soi-même dans le rôle de Marie ou trouver son père en filmant un paysan. C’est créer les conditions de cette expérience. Est-ce qu’il n’y a pas une distinction entre la technique, l’acte, le geste pur et l’expérience qui est construite. Lorsque tu parles de faire pour voir, le premier travail ne serait-il pas de définir ce mot « faire » ?

Est-ce que Lola Montès qui est une grosse machine n’est pas un film où le faire pour voir apparaît ? Et donc un distinguo à effectuer entre l’idée d’immédiateté qui peut apparaître avec une caméra vidéo et le fait que l’on peut créer de l’expérience avec du 35 et du 70, avec ou sans scénario ?

Patrick Leboutte
Je t’entends à moitié mais je vois quand même. Dès que quelqu’un vous dit : d’un côté il y ça et de l’autre il y a ça, c’est foireux. C’est un peu caricatural et schématique. Je dis cela parce que nous n’avons que quelques heures et il faut se faire comprendre. Evidemment, il y a des gens entre les deux, qui voyagent de l’un à l’autre. Ce que j’essaie de définir là-dedans, c’est tout de même l’idée de processus. C’est en faisant que l’on va trouver les choses. L’acte de faire est ce qui va révéler pour le cinéaste dans son rapport au monde, une attention au sujet, ce genre de choses.

Je ne dis pas qu’il n’y aurait que l’industrie dans le voir pour faire ainsi que le 35 ou le 70 mm et de l’autre côté, il y aurait les gugusses et entre guillemets un cinéma amateur. Pour preuve, le grand cinéma hollywoodien dans son époque classique, on a aussi des cinéastes qui ont réussi à modifier la relation, à changer le film en cours de route, à filmer leur rapport avec tel ou tel acteur ou telle ou telle actrice. Tu parles de Lola Montès d’Ophuls et effectivement, je pense qu’en cours de route, il a trouvé des choses.

Emmanuel Massart
Ce ne serait pas plutôt simplement un faire pour faire dont parle Alain.

Philippe Simon
Oui, est-ce vraiment faire pour voir ?

Alain Hertay
C’est vendu comme tel même s’il y a confusion.

Philippe Simon
Je ne suis pas sûr que les deux pôles dans ce dispositif-là sont définis pareillement. Dans le marché, c’est plutôt faire pour faire, s’occuper et même occuper. Il y a une partie du champ public qui est occupé par des images. On produit de l’image et on s’occupe. En tant que consommateur ou en tant que producteur d’images, c’est comme si on occupait le terrain en définissant une nouvelle idée de la socialité. C’est la médiatisation du monde par des images. On est sans cesse en train de se représenter.

L’exemple du GSM qui fait des photos ou la permanence de certaines images par le Net, c’est plus une représentation de soi-même plutôt que de faire pour voir autre chose que ce qui précède déjà. Dans le faire va surgir, pas forcément une image, car le faire ce ne sont pas uniquement des images, mais aussi une découverte, une appréhension de soi.

Alain Hertay
En 1962, Jean Rouch filme La punition qui est un film où une jeune fille rencontre trois personnages masculins, dans des situations qui ne sont pas préparées. Le film a fait débat aux « Cahiers du cinéma », autour de cette notion de créer une expérience - en regard de Moi, un noir ou Jaguar qui sont des films très riches - dans ce cas-ci peu intéressante. On se rend compte que ces gens n’ont rien à se dire. Chez Rouch, dans son dispositif, n’y a-t-il pas le risque de dire : « Il suffit de mettre devant la caméra ». Rouch , lui-même est assez auto-critique. On a beau créer les conditions de l’expérience mais elles ne se produisent pas forcément.

Patrick Leboutte
Je n’ai jamais dit que c’était lié à une technique. C’est le fameux slogan : « Tu l’as rêvé, Sony l’a fait ». Mais cela n’est que de la technique. Le marché cherche toujours à récupérer, y compris les possibilités différentes. Dans l’idée du faire, il n’y a pas l’idée de technique. C’est vrai qu’en étant moins nombreux, avec un outil plus léger, les choses peuvent être plus faciles. Si tu fais un travelling sur rails avec une caméra 35mm lourde comme un buffet Louis XVI, et qu’il faut 15 personnes pour la pousser, cela va être un peu compliqué de travailler sur le surgissement. Mais ce n’est pas une question d’outil.

Il y a une confiance dans le faire qui va produire quelque chose que je ne vais pas forcément maîtriser. Lorsque l’on fait, ce qui surgit, c’est de l’impensé. C’est cela qui m’intéresse. Un peintre ne va pas passer son temps à recopier son modèle mais il va apprendre de lui-même de ce geste-là. Quelque chose qu’il ne savait pas auparavant. Cela peut même l’effrayer. C’est toujours un risque, une souffrance. Il faut se préparer, ranger son bureau, boire 5 cafés. C’est se préparer, se mettre en peinture, en cinéma.

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